A première vue, Sars-Poteries doit son nom à une évidence : les arts de la terre. Derrière cette appellation, énigmatique au regard de l’activité verrière qui fait, depuis des décennies, la renommée de la commune, se cache une vieille histoire, presqu’enfouie. Le mot « Sars » viendrait du latin sartum, désignant une terre défrichée, gagnée sur la forêt, un paysage façonné par la main de l’homme. Car, bien avant que le verre n’entre en scène, une activité a longtemps structuré la vie locale : la poterie. Dès le XVe siècle, l’argile abondante du sol avesnois aurait favorisé l’installation d’ateliers dans le village, probablement sous l’influence d’artisans venus de la Belgique voisine. On y fabriquait des objets utilitaires – pots, cruches, plats, tuiles – qui alimentaient les marchés de toute la région. Les fours ont ainsi traversé le temps… jusqu’à sembler s’effacer avec l’essor des verreries au XIXe siècle qui ont redéfini le destin de la modeste bourgade.
Et puis une découverte, il y a tout juste cinquante ans, est venue bouleverser le récit. Au milieu des années 1970, des fouilles archéologiques de sauvetage sont menées à la hâte, à l’occasion de travaux d’aménagement. Sous la surface, les archéologues mettent au jour des fragments de grès, tessons vernissés et traces d’anciens matériaux de cuisson. Ces vestiges de poteries, dites « sarcéennes », modestes en apparence, racontent pourtant une histoire profonde. Leurs formes, leurs décors, leur technique de fabrication témoignent d’un savoir-faire largement antérieur à l’époque industrielle. Désormais, on le savait : Sars-Poteries n’avait pas seulement été une cité de potiers, elle en portait la trace depuis des millénaires.
« Canal historique » dit « Tripode, par Julie Legrand, 2019.
Aujourd’hui, alors que le MusVerre attire les regards du monde entier, la mémoire de ces artisans n’est pas reléguée au second plan. Depuis sa création, le musée abrite, à l’ombre de ses pièces de verre, deux collections de poteries anciennes, comme un rappel discret mais essentiel de l’identité première du village. Et le dialogue entre les matières se poursuit dans la création contemporaine : en 2019, l’artiste Julie Legrand a notamment réalisé pour le musée une série d’œuvres qui associent au verre soufflé à la canne des canalisations en céramique du XIXe siècle, dont Tripode, que l’on peut admirer dans le hall de l’institution.
A Sars-Poteries, le croisement entre les deux disciplines raconte un territoire qui, de la glaise au cristal, n’a cessé d’inventer. Ici, qu’il soit opaque ou transparent, le matériau importe moins que le geste. Et dans le nom même du village, c’est toute une mémoire des mains qui affleure.
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Author : Letizia Dannery
Publish date : 2026-05-24 08:00:00
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