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« Heated Rivalry » : Rachel Reid, la romancière derrière la série phénomène

« Heated Rivalry » : Rachel Reid, la romancière derrière la série phénomène

La déclaration avait fait sensation le 25 janvier. Alors qu’une tempête de neige s’abattait sur New York, le maire de la ville, Zohran Mamdani, avait conseillé à ses administrés de rester chez eux bien au chaud, et d’en profiter pour faire une bonne sieste ou lire Heated Rivalry, disponible gratuitement en livre numérique et livre audio via la New York Public Library (NYPL). Heated Rivalry ? Tout le monde a entendu parler de la série phénomène, créée par Jacob Tierney sur la plateforme Crave au Canada, et visible en France sur Canal + et HBO : une romance homosexuelle entre deux hockeyeurs stars, Ilya Rozanov et Shane Hollander, leaders de deux équipes rivales. Si les scènes érotiques sont un peu répétitives, le thème du « placard » est très intelligemment traité (notamment dans le cinquième épisode, sans doute le meilleur). La série a complètement relancé les ventes des romans dont ils sont adaptés, écrits par Rachel Reid et sortis entre 2018 et 2022. La vie de cette dernière, quadragénaire atteinte de la maladie Parkinson, a été transformée depuis qu’elle a cédé les droits et que ses livres se vendent à des centaines de milliers d’exemplaires aux Etats-Unis et au Canada…

Le succès télévisuel peut-il se convertir en carton en librairie ? Julie Cartier, directrice de la maison d’édition Chatterley, publie ces jours-ci Game Changer, en attendant Heated Rivalry mi-juin. Elle n’a pas manqué de flair : « Un week-end de décembre 2025, sur mon fil Instagram, je repère des images de hockeyeurs issues de la série. En fouillant un peu les réseaux, je me rends compte qu’il s’agit d’une adaptation d’une série de livres écrits par Rachel Reid. Je me procure et lis très vite les deux premiers tomes en anglais. C’est un coup de cœur absolu, car ces livres sont très fins, très sexy, à la fois profonds et émouvants. Le lundi matin, j’écris à une agente à qui j’ai déjà acheté plusieurs séries de romance, et lui demande si c’est elle qui détient les droits. Elle me répond qu’elle allait justement envoyer un mail à tous les éditeurs pour leur parler de cette série. Je lui demande d’attendre quelques heures le temps de faire une offre préemptive. Mon offre était suffisamment élevée pour qu’elle soit acceptée. Je n’ai donc pas eu besoin de me battre. Quelques jours plus tard, HBO annonce qu’ils vont diffuser la série à l’international, et le phénomène mondial est enclenché… Je me suis alors rendu compte que nous avions acquis les droits d’une série majeure. »

Comment Julie Cartier explique-t-elle l’emballement général ? « Ce sont de magnifiques histoires d’amour gay. Rachel Reid a un talent fou pour décrire les émotions, pour créer des personnages à la fois très crédibles, complexes et attachants. Son écriture est directe et sensible. Ce sont des livres qui offrent une visibilité à la communauté LGBTQIA+, des histoires qui montrent les difficultés qu’elle peut rencontrer : l’homophobie, la difficulté de faire son coming-out par exemple, mais aussi l’importance d’un entourage soutenant. Ce sont aussi des livres qui explorent et dénoncent la masculinité toxique qui peut sévir dans le milieu du sport de haut niveau et spécifiquement dans le hockey sur glace professionnel en Amérique du Nord. Les livres de Rachel Reid parlent aussi de racisme, de déracinement. Les scènes de sexes y sont explicites, le consentement y est exprimé verbalement systématiquement, avant, pendant et après les relations sexuelles. C’est assez rarement le cas et je trouve ça très réjouissant. »

Il faut aussi dire un mot du charisme des acteurs de la série, Hudson Williams (qui interprète le timide Canadien Shane Hollander) et surtout Connor Storrie (qui incarne le hâbleur Russe Ilya Rozanov). Inconnus il y a un an, ils sont désormais iconiques : ils ont porté la flamme olympique aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, ont été invités dans tous les grands talk-shows et au Met Gala, ils ont aussi remis un prix aux Golden Globes, tournent des publicités et ont été engagés comme égéries de marques de luxe (Balenciaga pour Shane Hollander, Yves Saint Laurent pour Connor Storrie). Bref, à part Jacob Elordi, plus personne ne leur tient tête dans leur génération de vingtenaires, et ce n’est que le début.

Pour avoir l’œil d’un connaisseur de ce sport peu médiatisé en France, on a fait lire le premier livre (et regarder la série) à François-Henri Désérable, qui fut hockeyeur en Division 1 (à Montpellier) avant de devenir l’un des meilleurs écrivains de sa génération. Avec son habituel esprit critique, il décoche d’abord un coup de crosse : « Rachel Reid mérite de remporter haut la main le Bad sex in fiction award, remis annuellement à l’auteur de la pire scène de sexe en littérature. Quant au hockey, il n’est là qu’en décor interchangeable : tout sonne comme une projection fantasmatique du sport plutôt qu’une immersion crédible dans son univers. Si l’on veut lire un vrai bon roman avec le hockey en toile de fond, mieux vaut ouvrir Connemara de Nicolas Mathieu, qui écrit par ailleurs d’excellentes scènes de sexe. »

N’a-t-il pas été sensible aux personnages d’Ilya Rozanov (inspiré de Jaromir Jagr selon Rachel Reid) et de Shane Hollander (inspiré à la fois de Wayne Gretzky, Sidney Crosby et Paul Kariya) ? « Le Russe Rozanov inspiré de Jagr ? Cela paraît étrange. Jagr est mon héros d’enfance, mais surtout un Tchèque né dans une Tchécoslovaquie encore hantée par l’écrasement du Printemps de Prague. Il a toujours arboré au dos de son maillot le numéro 68, référence explicite à 1968 et à l’invasion soviétique : on ne peut pas dire qu’il portait les Russes dans son cœur… Et puis Jagr a toujours traîné une réputation de grand séducteur ostensiblement hétéro. Non, s’il faut chercher un modèle à Rozanov, il faudrait plutôt regarder du côté d’Alexander Ovechkin, joueur russe qui a battu l’année dernière le record de buts en NHL, et dont la rivalité avec le Canadien Sidney Crosby est légendaire. Mais ni l’un ni l’autre ne sont gays. » Il reconnaît quand même que les acteurs Hudson Williams et Connor Storrie, mais aussi François Arnaud, ont été bien choisis : « Ils pourraient tout à fait être hockeyeurs professionnels, ils en ont les attributs physiques, à commencer par le cul. Le hockey est une fabrique à fessiers antiques. Je suis d’ailleurs persuadé que la série doit une part non négligeable de son succès à cela : aux culs de ses acteurs principaux. »

Trêve de plaisanteries ! Plus sérieusement et en guise de conclusion, François-Henri Désérable voit un point positif à la large diffusion de l’œuvre de Rachel Reid : « La NHL, qui est la meilleure ligue de hockey au monde, a été fondée en 1917. Plus de 8 000 joueurs y ont joué. Combien à votre avis ont fait leur coming-out en plus d’un siècle ? Aucun. Statistiquement, c’est absurde. Et cela dit moins quelque chose sur les joueurs eux-mêmes que sur la violence symbolique des vestiaires. L’homophobie est l’une des innombrables manifestations de l’éternelle et universelle connerie humaine, et elle n’épargne pas les vestiaires – pas seulement de hockey, mais aussi de foot, de rugby, de basket… Peut-être la série aura-t-elle au moins pour vertu de rendre certains coming-outs moins impensables. »

Game Changer par Rachel Reid. Traduit de l’anglais (Canada) par Eléonore Kempler avec la collaboration de Pascal Raud. Chatterley, 486 p., 19,95 €.

Parution de Heated Rivalry le 18 juin.



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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld

Publish date : 2026-05-24 14:00:00

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