Nouveau pied de nez. Dans une enquête publiée le mardi 1er septembre, le Wall Street Journal révèle qu’un trafic opéré aux Maldives permet à la Russie d’obtenir des marchandises, sous sanctions occidentales, dont certaines pourraient être destinées à un usage militaire. Un canal de transit insoupçonné, pourtant attesté par des lettres de transport aérien, un manifeste de fret et les courriels échangés entre des entreprises de logistique, qu’a pu consulter le journal américain.
Le déroulé des opérations
Les investigations de nos confrères ont permis d’établir le déroulé des opérations. Concrètement, chaque matin, un vol commercial opéré par la plus grande compagnie aérienne russe, Aeroflot, atterrit à l’aéroport de Malé, la capitale des Maldives. Sur l’île, des intermédiaires locaux facilitent le transit et les formalités douanières de marchandises américaines, européennes et chinoises, qui ne sont jamais officiellement importées aux Maldives. Ici, c’est sans respecter les sanctions émises par les pays exportateurs. Les produits sont discrètement placés dans l’avion qui peut alors repartir vers Moscou, bien chargé. En l’espace de deux heures, les marchandises sont transférées à bord de l’appareil, qui repart ensuite vers Moscou.
Parmi les produits qui ont transité par Malé : des micropuces qui peuvent être utilisées à la fois pour le matériel civil, mais aussi pour un usage militaire, comme les systèmes de guidage de missiles sophistiqués ou encore des instruments optiques nécessaires pour les satellites qui suivent les déploiements de troupes ennemies. Une fois sur place, le butin est distribué à des entreprises russes. Et dans certains cas, ces marchandises seraient destinées à des entités sanctionnées. Parmi elles, le plus grand transporteur national russe, S7 Airlines, et ses filiales de maintenance. Un moyen pour ces entreprises d’obtenir des pièces de rechange pour leur flotte d’avions vieillissants qu’elles ne trouvent pas ailleurs. Preuve que les sanctions occidentales représentent un handicap pour le Kremlin et l’économie du pays.
Le Wall Street Journal a pu établir que ce mécanisme a eu lieu, en 2024, sur une exportation allemande de la société Kraemer Mining. Des pompes, batteries et autres équipements d’une valeur de 9 000 euros devaient être envoyés vers Peretsvo, une société basée au Kirghizistan. Sauf que les marchandises ont été envoyées, via un vol d’Emirates, à Malé, répertorié, sur la lettre de transport aérien, comme le premier contact pour les marchandises. Quelques jours plus tard, cette même cargaison a été chargée à bord du vol Aeroflot à destination de Moscou.
Pourquoi les Maldives ?
Ce n’est pas la première fois que la Russie ruse pour se dérober aux sanctions que lui impose l’Occident depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022. Toutefois, habituellement, Moscou choisit d’autres voies pour s’approvisionner en douce et se tourne notamment vers la Chine, la Turquie et les Émirats arabes unis. À eux trois, ils représentent environ 15 milliards de dollars – soit 12,9 milliards d’euros – d’importations russes annuelles, normalement sous sanction. « Cela montre qu’il existe des canaux efficaces qui existent en dehors des suspects habituels » résume Pavlo Shkurenko, chargé de recherche sur les sanctions à l’Institut d’économie de la Kyiv School of Economics. Si le trafic qui s’opère aux Maldives est moins important, il atteste toutefois des efforts considérables et fructueux mis en place par Moscou pour échapper aux sanctions occidentales.
L’archipel des Maldives, composé d’un millier d’îles souvent très petites, est prise d’assaut par les touristes venus profiter de l’eau turquoise. Parmi les deux millions de visiteurs annuels, les Russes sont les deuxièmes ressortissants les plus nombreux, juste derrière les Chinois. Une économie russe en souffrance affecterait donc cet archipel dont sa propre économie repose en masse sur le tourisme, même si le commerce devient de plus en plus juteux. La bourse de Maldives Airports Company est en effet au beau fixe. En 2024, elle est même devenue la société d’État la plus rentable du pays. En juillet, cette dernière a déclaré avoir expédié un record de 126 tonnes de fret en une journée.
630 millions de dollars d’importations
Autre élément suspect : les incohérences dans les bilans financiers. Selon les données douanières des Maldives, les exportations vers la Russie ont occasionné, entre 2022 et 2025, moins de 2 500 dollars (soit 2 100 euros). Toutefois, la société d’études basée aux États-Unis, Import Genius, a quant à elle accédé aux données commerciales russes qui font état d’importations depuis les Maldives jusqu’en Russie équivalentes à une somme de 160 millions de dollars en 2024. En 2022 – année de l’invasion -, les chiffres étaient montés à 630 millions, contre seulement 7 millions en 2021. Le directeur d’Import Genius, William George, a déclaré que le volume réel des échanges commerciaux entre les deux pays était sûrement plus important. Il a aussi alerté sur un risque de censure sur les prochains bilans annuels. De son côté, le gouvernement de l’île et la compagnie qui exploite l’aéroport, la Maldives Airports Company, n’ont toutefois pas répondu aux questions du journal américain.
Face à ces incohérences, les États-Unis et l’Europe mettent le gouvernement maldivien sous pression pour fermer cet accès trouvé par Moscou. Une partie du problème réside dans le manque de moyens humains au sein du bureau de douane aux Maldives. Autre plaie : les marchandises qui transitent par le pays ne seraient que très rarement soumises à des contrôles. Les autorités se fient à ce qui est marqué sur le papier.
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Publish date : 2026-09-03 16:11:00
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