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Plan d’aide agricole : « Une partie du choc est encore devant nous »

Après un été noir, le gouvernement veut panser les plaies d’une ferme France à la peine. Ce vendredi, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a annoncé débloquer un milliard d’euros pour aider les agriculteurs à surmonter le choc provoqué par la canicule et la sécheresse – deux phénomènes qui coûteront 0,1 point de croissance à l’Hexagone cette année, d’après Bercy. Au menu : indemnisations accélérées, prolongation du guichet d’aides à l’achat d’engrais… Pour Vincent Chatellier, économiste à l’Inrae, les effets de la crise sont pourtant loin d’être terminés et des menaces continuent de planer sur la souveraineté alimentaire tricolore.

L’Express : Ces mesures, destinées à soutenir la trésorerie des exploitants, vous semblent-elles à la hauteur des enjeux ?

Vincent Chatellier : Bien qu’en deçà des demandes syndicales initiales, l’enveloppe reste historique et la réponse de l’Etat à la crise est intervenue rapidement. Elle englobe les dommages liés aux épisodes de canicule et de sécheresse d’une intensité exceptionnelle, auxquels se sont ajoutés de nombreux incendies. La sécheresse ne touchait d’ordinaire que quelques départements, ce qui permettait d’organiser plus facilement des compensations ou solidarités entre les territoires, notamment via l’achat de fourrages auprès des zones moins affectées. Cette année, la difficulté réside dans son caractère généralisé.

Pour autant, ce milliard d’euros n’est pas simplement calibré pour faire face au choc de l’été ; il permet aussi d’anticiper les effets de la sécheresse qui ne se sont pas encore matérialisés. L’effet domino des pertes risque de se poursuivre dans les mois à venir et les difficultés accumulées de trésorerie pourraient condamner de nombreuses exploitations.

Qui a le plus souffert de la crise jusqu’à présent ?

Si le coût global reste à chiffrer, le bilan est d’ores et déjà dramatique pour plusieurs secteurs : la production de légumes tels que les salades, les tomates ou les concombres a considérablement reculé. Côté céréales, le blé tendre et l’orge ont plutôt bien résisté (-2 % de production en 2026 par rapport à la moyenne 2021-2025), tandis que les volumes de blé dur ont plongé de 20 % et le maïs grain s’est effondré d’un tiers.

Pour l’élevage de ruminants, le pire est probablement à venir : les réserves fourragères risquent de manquer dans les mois qui viennent pour faire face aux besoins alimentaires des cheptels. Les rendements des prairies et du maïs fourrage sont en effet en chute libre. Une fois les stocks épuisés, les éleveurs concernés devront acheter du foin ou de la paille sur un marché sous tension, ce qui ne manquera pas de faire flamber les prix.

Dans un récent rapport, la Cour des comptes dénonce le ciblage inefficace par la France des aides de la PAC. Comment le gouvernement peut-il éviter un tel écueil avec ces aides d’urgence ?

Une fois le montant fixé, le plus dur commence : il s’agit d’évaluer les pertes et d’arbitrer sur les modalités d’attribution des soutiens, dans un contexte où chacun cherchera à tirer son épingle du jeu. La compétition entre les départements, les filières et les exploitations sera immanquablement forte. L’efficacité des aides peut changer considérablement selon l’approche adoptée : une répartition des fonds sur l’ensemble des 350 000 exploitations agricoles françaises n’apporterait, en moyenne, que 3 000 euros par ferme, contre environ 30 000 euros si l’effort se concentrait sur les 10 % les plus touchées – un chiffre parfois avancé par certains.

Concernant la PAC, le rapport de la Cour des comptes pointe du doigt une insuffisante allocation des aides aux exploitations vertueuses en termes d’environnement. Néanmoins, ce reproche d’une PAC « pas assez verte » intervient à un moment où le Parlement européen prend ses distances avec les engagements du Pacte vert de l’UE.

Dans son plan, le gouvernement affiche l’objectif d’éviter une perte de souveraineté agricole. A quel point ce choc estival risque-t-il d’éroder un peu plus notre souveraineté alimentaire ?

En 2025, notre balance commerciale agricole et agroalimentaire était tout juste à l’équilibre – son plus bas niveau depuis 1978. Si le choc climatique affecte lourdement les récoltes – notamment celles de vins, de maïs grain, de légumes et de lait – il y a fort à parier que cette dégradation se poursuive. D’autant que les prix des produits importés tendent parallèlement à augmenter.

Le sujet n’est pas nouveau : depuis plusieurs années déjà, la France rencontre des difficultés sur les trois secteurs où elle était historiquement en excédent net – les vins et spiritueux, les céréales et les produits laitiers. Pour les fruits et légumes, son déficit commercial a doublé en monnaie courante entre 2010 et 2025. En viande de volailles, la moitié de la demande intérieure est assurée par les importations, surtout en provenance de l’Union européenne, alors que l’on ne peut plus développer de poulaillers en France sans subir les contestations de la société civile. Avec la récente suspension des importations européennes de viande de volailles en provenance du Brésil, une hausse des prix intérieurs pourrait arriver dans les mois à venir.

De quels leviers disposons-nous pour inverser la vapeur ?

La nature du problème diffère selon les filières. Concernant la viande de volaille, par exemple, c’est avant tout une question d’investissement et de renouvellement des bâtiments d’élevage. Pour les fruits et légumes, et du fait de la concurrence, on ne pourra pas relancer l’offre intérieure sans accepter de payer un peu plus cher les produits français. Pour le secteur laitier, le renouvellement des générations et l’arrêt de la perte de valeur des cheptels sont deux priorités essentielles.

A cela s’ajoutent des leviers transversaux, tels que l’amélioration des rendements, l’adaptation des productions agricoles face au réchauffement climatique et la valorisation industrielle des productions issues de notre territoire.

La souveraineté alimentaire est-elle aussi un sujet à l’échelle des Vingt-Sept ?

L’UE demeure l’une des zones les plus excédentaires au monde en termes de produits agricoles et agroalimentaires. Avec un solde proche de 40 milliards d’euros en 2024, elle occupe le deuxième rang mondial, derrière le Brésil et loin devant les Etats-Unis. Mais les situations des pays membres sont très disparates : l’Allemagne connaît elle aussi des difficultés au niveau de sa balance commerciale en produits agricoles et agroalimentaires. Avec des surfaces plus limitées et une population plus importante que la France, elle est devenue nettement déficitaire en 2025. Inversement, les pays européens les plus excédentaires sont les Pays-Bas, la Pologne et l’Espagne.



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Author : Tatiana Serova

Publish date : 2026-09-04 16:56:00

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