Avant d’être des icônes traquées par des hordes de fans, les Beatles sont quatre garçons qui attendent dans des chambres d’hôtel, regardent défiler le paysage depuis un train ou blaguent avant d’entrer sur scène. Parmi eux, un jeune bassiste garde toujours un appareil 35 mm à portée de main. Il s’appelle Paul McCartney et le millier de clichés qu’il prend alors, redécouverts dans ses archives en 2020, racontent de l’intérieur l’explosion d’un phénomène mondial. Aujourd’hui, le musée Granet d’Aix-en-Provence en expose plus de 250, réalisés au moment où le groupe cesse d’être un phénomène britannique pour devenir une déferlante mondiale. Organisée par l’ex-Beatle avec MPL Communications – le label qu’il a fondé en 1969 – et la National Portrait Gallery de Londres, cette étape française s’inscrit également dans la programmation des Rencontres de la photographie d’Arles.
Chez Paul McCartney, le médium est un vieux compagnon : enfant, il s’y initie avec son frère Mike grâce au Kodak Brownie familial et continue de photographier tout ce qu’il a sous les yeux lors des tournées avec ses acolytes. Les tirages argentiques et les planches contact présentée ici couvrent une période brève, quelques mois à peine, mais une éternité dans l’histoire de la pop. Venus de Liverpool, leur ville natale, les Beatles s’imposent dans la capitale britannique à la fin de l’année 1963. En janvier 1964, ils traversent la Manche pour se produire à Paris dans un Olympia surchauffé. Quelques semaines plus tard, ils débarquent aux Etats-Unis où l’hystérie collective atteint une ampleur inédite. Le 9 février 1964, leur prestation dans l’émission The Ed Sullivan Show est suivie par 73 millions de téléspectateurs, un record qui marque le véritable coup d’envoi de la British Invasion outre-Atlantique. Les photographies de McCartney accompagnent cette accélération vertigineuse, comme un journal de bord tenu depuis l’intérieur du cyclone.
Paul McCartney, « John et George », Paris, janvier 1964.
C’est précisément ce point de vue qui en fait toute la valeur. La petite boîte noire de Paul saisit John (Lennon), George (Harrison) et Ringo (Starr) dans les voitures, les coulisses, les loges, sur un lit au cours d’une bataille d’oreillers improvisée. Les regards fatigués succèdent aux éclats de rire, les moments d’intimité contrastent avec les foules compactes qui attendent le quatuor derrière les barrières. Cette proximité donne aux clichés une authenticité qu’aucun reportage de l’époque ne pouvait offrir. L’exposition échappe ainsi à la simple nostalgie, même si les visages des Beatles réveillent inévitablement la mémoire collective. Et ces photographies, dont plusieurs autoportraits, séduisent aussi par leurs qualités plastiques, le bassiste jouant avec les reflets, les contre-jours, les vitrines, les silhouettes, les cadrages spontanés.
Au fil du parcours, c’est surtout l’avènement de la célébrité moderne qui se dessine : les gares envahies par les admirateurs, les aéroports transformés en forteresses, les conférences de presse tenues sous une pluie de flashs. Bien avant l’ère des réseaux sociaux, les quatre garçons expérimentent déjà une surexposition permanente dont McCartney mesure intuitivement les effets : ses photos racontent autant l’euphorie du succès que la disparition progressive de toute vie ordinaire. L’exposition du musée Granet trouve d’ailleurs une résonance particulière dans le cadre du bicentenaire de la photographie, rappelant que les plus belles images sont souvent celles qui documentent une page d’histoire avant même qu’elle ne soit écrite.
Paul McCartney, photographe, 1963-64 : Eyes of the Storm, musée Granet, Aix-en-Provence, jusqu’au 3 janvier 2027.
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Author : Letizia Dannery
Publish date : 2026-09-05 08:30:00
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