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Entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, une rentrée sous tension : « Si ça commence comme ça, ça va être dur »

L’amour dure trois ans. Au Rassemblement national, l’idylle entre Marine Le Pen et Jordan Bardella aura même tiré jusqu’à quatre. Depuis que la patronne du parti d’extrême droite a laissé les rênes à son poulain, lors du Congrès de novembre 2022, et jusqu’à ce qu’elle décide finalement de se porter candidate à l’Elysée, malgré une condamnation de la Cour d’appel (elle s’est pourvue en cassation), le 7 juillet dernier. Mauvais timing. A quelques mois de l’élection présidentielle, la fin de la lune de miel entre les deux vedettes frontistes n’a échappé à personne. « C’est vrai qu’en voyant ce début de campagne, on s’est dit ‘put*** si ça commence comme ça, ça va être dur’ « , lâche un député dépité par la piteuse rentrée du parti.

Discours contradictoires sur le voile, les retraites, l’Ukraine. Agendas dissociés, représentations déséquilibrées dans les médias, publications en cascade d’images de Jordan Bardella menant la grande vie aux côtés de sa princesse de compagne. « Elle est sur l’horaire d’Hénin-Beaumont, et lui sur celui de Monaco ! », s’esclaffe le même élu. Les violons de la potentielle candidate et de son Premier ministre putatif sont soudain désaccordés. Et Marine Le Pen plus que jamais résolue à jouer sa propre partition.

Reprise en main

Un après-midi rue Cortambert (XVIe arrondissement). Manettes à la main, une poignée de trentenaires se presse devant un écran, happés par les décors colorés et réalistes du dernier jeu vidéo en vogue. C’est l’heure de la pause pour l’équipe de Jordan Bardella, qui ne cache pas sa passion pour le petit écran. Depuis peu, la pratique fait railler en interne, et le passe-temps des bardellistes est pointé du doigt par des amis qui leur veulent du bien. « Il paraît même qu’ils étaient en train de commander GTA 6 au moment où la Cour d’appel rendait sa décision… », glisse-t-on pernicieusement dans les rangs.

Reprise en main, mode d’emploi. Première étape : réaffirmer son autorité sur le groupe. Exit, donc, la garde rapprochée de Jordan Bardella. « Ces mecs-là, je les connais par cœur. Ils se pointent et sont persuadés qu’ils vont révolutionner la ligne du parti en moins de deux. » La sentence est ciblée, et signée Marine Le Pen. Dans son viseur : François Durvye, qui l’a un temps conseillée avant de se rapprocher de l’eurodéputé, pour l’inciter à prendre des positions plus libérales. Et qui, surtout, selon Libération, l’aurait invité à couper l’herbe sous le pied de sa mentor en déclarant sa candidature à la présidentielle le soir du 7 juillet. Voici donc François Durvye écarté sans autre forme de procès. « Je ne regrette pas son départ, puisque je l’ai souhaité », a tenu à souligner Marine Le Pen. Seconde victime, un eurodéputé à la fibre identitaire, ami, conseiller et plume de Jordan Bardella : Pierre-Romain Thionnet, également directeur du mouvement jeune du parti, débarqué en septembre. « Je suis très content, se félicite un député peu désireux de voir la ligne radicale de l’élu prendre plus de place en interne. Il y a avec lui un problème de fond depuis qu’il a été nommé. »

Troisième conseiller à faire les frais de ce nouveau climat : l’attaché de presse et proche de Jordan Bardella, Victor Chabert. Celui-ci conserve son rôle auprès du président du parti, mais devra faire de la place à Renaud Labaye, bras droit de Marine Le Pen, qui s’occupera désormais « de tout ce qui est lié à la candidate », ainsi qu’à un nouvel attaché de presse. Là encore, les commentaires vont bon train. Un mariniste va jusqu’à estimer qu’il bénéficie presque d’un traitement de faveur : « Si on avait voulu l’humilier, il ne serait plus là, et ce n’est pas le cas. » Seul survivant bardelliste au sein de l’équipe de campagne : le conseiller économique du président frontiste Charles-Henri Gallois, qui assistera aux réunions programmatiques.

Soirée à Montretout

Samedi 5 septembre, les lumières brillent encore à Montretout. Le manoir historique de la famille Le Pen – vendu cet été -, niché au cœur de Saint-Cloud, vit ses derniers instants. Pour l’occasion, Yann Le Pen a lancé les invitations. A la bonne franquette. Quelques dizaines de personnes et des pizzas sur le sol. Des jeunes, surtout. Des petites pousses de l’écosystème identitaire qui gravite dans les médias de Vincent Bolloré et à l’ISSEP, l’école de Marion Maréchal ; des camarades de la fratrie, d’anciens soutiens de Marine Le Pen, restés proches de la famille. On parle de la campagne, on repart avec des souvenirs. L’ambiance est à la nostalgie. Pas de Jordan Bardella à l’horizon. Marion Maréchal, elle, est de la partie avec son mari Vincenzo Soffo. Elle sait qu’elle aura un rôle à jouer dans la campagne de sa tante – malgré sa trahison de 2022 -, c’est Marine Le Pen elle-même qui l’a réclamé. Provoquant d’ailleurs, selon Libération, la colère de Jordan Bardella, qui entretient depuis toujours des relations plus que houleuses avec la nièce de la candidate. « C’est elle ou moi ! », aurait-il lancé à la patronne lui faisant part de son désir de voir Marion Maréchal prendre une place plus importante dans le dispositif de campagne.

Il faut dire qu’une autre nièce a déjà fait son retour dans le giron frontiste. Nolwenn Olivier, la fille de Marie-Caroline Le Pen et de Philippe Olivier (conseiller et plume de Marine Le Pen), également ex-compagne de Jordan Bardella. Cette dernière était présente au début de l’été dans le restaurant du XVe arrondissement qui a accueilli les députés RN pour leur fête de fin d’année. On l’aperçoit désormais régulièrement dans les couloirs du siège, puisqu’elle a été nommée directrice de la communication de la campagne. « C’est comme ça que ça fonctionne chez les Le Pen, tance un proche de la famille. C’est le clan qui prime sur tout. C’est comme la présence de Philippe Olivier : il casse les pieds de tout le monde, mais c’est le beauf de Marine. Elle est partie quinze jours avec lui en voilier cet été, et rien ne pourra jamais rivaliser avec ça. »

Côté Bardella, silence radio

Les marinistes, eux, peinent à cacher leur joie. La saison des persiflages est officiellement lancée et certains s’interrogent à voix haute sur la suite du duo, prenant parfois leur désir pour une réalité. « Evidemment qu’il y a un monde où Jordan Bardella n’est plus le Premier ministre de Marine Le Pen », assure un élu comme une quasi-certitude. Le président du parti, jadis adulé publiquement à l’unanimité, est désormais l’objet de critiques de plus en plus nombreuses. « Son problème, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’il pense, grince un député. Il ne s’exprime que par des tournures interrogatives, ne tranche jamais clairement, ce qui est malin parce qu’en interne on ne sait jamais vraiment jusqu’où il veut aller. » Une figure de l’écosystème se marre : « C’est vraiment les 22 humiliations de Bardella ! ». Côté Bardella, en revanche, silence radio. Ses équipes le répètent : elles refusent de nourrir « le petit jeu des off », préférant brandir la parole officielle de leur héraut : un soutien plein et sincère à Marine Le Pen, ânonné à chaque prise de parole médiatique.

Un autre signal fait tiquer quelques observateurs. Les domaines traditionnellement réservés à Jordan Bardella le sont de moins en moins. C’est Marine Le Pen, le 5 septembre, qui a animé le séminaire des délégués départementaux au siège du parti. Le Congrès du RN, qui se tiendra les 24 et 25 octobre, censé reconduire le président à la tête du parti, n’est désormais évoqué que comme un « sacre de la candidate » destiné à lancer sa campagne. Même le Parlement européen, fief de Jordan Bardella, subirait l’interventionnisme de la patronne, intervenue à plusieurs reprises sur la ligne, obligeant parfois les élus RN à voter de façon contradictoire entre la commission et le vote final du texte. « Je ne sais même pas comment ils vont finir la campagne ensemble. Ils veulent l’humilier ! C’est de moins en moins un ticket, c’est une prise d’otage », se régale un élu de droite.

Obsolescence du ticket

En interne aussi, on s’interroge sur l’obsolescence programmée du « ticket », et la place que le président du RN occupera dans la campagne. Le chemin est étroit entre sa volonté d’exister en dehors de l’ombre de la patronne sans pour autant subir de procès en déloyauté. « Ils étaient partis sur un tandem mais on a retiré les pédales et le guidon à Bardella, qui se retrouve sur le porte-bagage », résume un ancien conseiller.

Depuis deux semaines, Jordan Bardella a tranché. Il n’était pas présent aux côtés de Marine Le Pen pour son oral devant le Medef, fin août. Il a multiplié les déplacements solitaires, en Europe et dans les foires françaises, et partira bientôt sur les routes pour une nouvelle tournée à l’occasion de la publication de son troisième ouvrage chez Fayard, courant novembre. Il a même été question qu’il déambule, ou pas, aux côtés de Marine Le Pen, lors de sa rentrée nordiste, ce dimanche 13 septembre, dans son fief d’Hénin-Beaumont. Il sera finalement aux côtés de la candidate, mais ne prendra pas la parole publiquement. Remarque d’un cadre qui assiste au délitement progressif du binôme : « On est en 2026, le polyamour ça existe, on n’est pas obligés d’être exclusifs. »



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Author : Marylou Magal

Publish date : 2026-09-11 15:11:00

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