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IA : Donald Trump à contre-courant des patrons du secteur

Donald Trump a rejeté, dimanche 13 septembre, les appels des plus grands dirigeants de l’intelligence artificielle à ralentir le développement des modèles d’IA. « Celui qui gagne l’IA, gagne », a martelé le milliardaire américain aux journalistes en marge de l’Irish Open à Dublin, affirmant que les Etats-Unis devaient absolument conserver leur avance sur la Chine dans ce secteur. Tous ceux qui alertent sur les risques de cette technologie sont des « forces très négatives », a-t-il tancé, ajoutant que les scénarios noirs évoqués ces derniers jours « n’arriveront pas ».

Une fin de non-recevoir à une série de prises de position particulièrement inattendues au sein de l’industrie. Samedi, Dario Amodei, le patron d’Anthropic, a publié un texte proposant de ralentir le rythme auquel les entreprises améliorent les capacités de leurs modèles d’IA. Il y défend notamment un dispositif permettant à des évaluateurs indépendants de contrôler les mesures de sécurité des entreprises, ainsi qu’une coordination entre les acteurs du secteur et entre les pays. Sa proposition a rapidement reçu le soutien de Sam Altman, patron d’OpenAI, et même d’Elon Musk, fondateur de xAI.

« 10% de chances d’extinctions » pour l’humanité ?

L’inquiétude grandit au sein du secteur, notamment après la démission début septembre d’un chercheur d’Anthropic, Jacob Coxon, qui a dénoncé dans un post sur X la manière dont les entreprises développent leurs modèles et a appelé à une coordination internationale face à ce qu’il considère comme une menace. Evan Hubinger, responsable de la recherche sur l’alignement chez Anthropic, a abondé dans son sens, estimant à plus de 10 % le risque que l’IA provoque la disparition de l’humanité dans les dix prochaines années.

Un rapport d’Anthropic est également venu alimenter ces inquiétudes. Publié le 10 septembre, il documente l’utilisation de ses modèles par des acteurs en Chine, en Russie, en Iran et au Yémen pour mener des cyberattaques, surveiller des dissidents et concevoir des missiles, des bombes et des drones. Le rapport fait aussi état de cas où les modèles auraient été utilisés pour tenter de concevoir des armes biologiques. L’entreprise dit avoir bloqué plusieurs de ces usages.

Le débat s’invite dans la campagne américaine

Le débat a rapidement gagné le terrain politique américain, à moins de deux mois des élections de mi-mandat du 3 novembre. Les démocrates veulent depuis plusieurs mois faire de la régulation de l’IA un sujet de campagne. Selon les informations du Washington Post, l’ancien président Barack Obama a d’ailleurs récemment recommandé en privé aux responsables démocrates de faire de la régulation de l’IA une priorité, notamment sur les questions de sécurité, sur les conséquences économiques et la sûreté pour les enfants. « Cette technologie évolue très rapidement entre les mains d’entreprises privées et, si nous ne la maîtrisons pas, je pense qu’elle peut être dangereuse », a-t-il déclaré, plaidant pour des garde-fous tout en préservant les bénéfices de l’IA, notamment dans le développement de médicaments et les énergies propres.

Des élus démocrates ont demandé cette semaine au président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, de rappeler immédiatement les députés en session afin de légiférer sur les risques liés à l’IA avancée. Ce dernier s’y est opposé, estimant qu’une régulation adoptée dans l’urgence ferait perdre aux Etats-Unis la course technologique face à la Chine : « Si le Congrès se précipite pour réguler l’IA, nous perdrons la course à la Chine, et ce serait une menace pour chaque Américain », a-t-il déclaré dimanche sur CNN. Si leur parti reprend la chambre à l’occasion des midterms, un groupe d’élus démocrate a d’ores et déjà promis la création d’une commission spéciale sur l’IA.

Les élus divisés sur la réponse à apporter

Certains républicains sont toutefois ouverts à un encadrement. Mike Rogers, candidat au Sénat dans le Michigan, a déclaré dimanche soutenir un ralentissement du développement de l’IA. Au Sénat, les républicains Ted Cruz et John Thune négocient également avec la démocrate Amy Klobuchar un texte imposant aux développeurs d’IA un « devoir de vigilance » pour prévenir notamment les risques liés aux armes biologiques et nucléaires.

L’administration Trump reste quant à elle largement favorable à une approche peu contraignante. Dès sa première semaine au pouvoir, le président avait annulé un décret de 2023 de Joe Biden prévoyant une évaluation des risques liés aux modèles d’IA de pointe. Le 2 juin dernier, Donald Trump a tout de même signé un texte instaurant un contrôle de sécurité volontaire de 30 jours pour les nouveaux modèles d’IA de pointe. Un dispositif jugé largement insuffisant, car il exclut les modèles open source, qui peuvent ensuite être adaptés à des usages potentiellement dangereux.

Pour Ben Buchanan, professeur à Georgetown et coauteur d’un livre à paraître sur la superintelligence, le débat ne peut plus être repoussé. Auprès du New York Times, il estime que « nous sommes dans une phase de développement exponentiel et il n’existe que deux manières de réagir : trop tôt ou trop tard. Le monde a déjà raté l’occasion de réagir trop tôt ».



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Author : Enola Richet

Publish date : 2026-09-14 08:40:00

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