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Edouard Philippe le « flemmard » : les leçons accablantes d’une polémique risible

Sa longue digression a accouché d’un surnom : « Edouard le flemmard ». Le Rassemblement national (RN) étrille Edouard Philippe depuis la diffusion d’un podcast dans lequel le candidat à l’élection présidentielle suggère l’octroi d’un temps de « repos » à chaque nouveau chef de l’Etat, après son élection. Musiques et montages dopés à l’intelligence artificielle dépeignent le maire du Havre en roi fainéant, aussi soucieux de son temps de sommeil que d’augmenter l’âge de départ à la retraite des Français. Et tant pis si les propos originaux d’Edouard Philippe sont tronqués et caricaturés.

Dans le podcast de l’entrepreneuse Pauline Laigneau, l’ancien Premier ministre revient sur son arrivée à Matignon et l’obligation constitutionnelle de former au plus vite un gouvernement. Il regrette cette course de vitesse – « Vous mettez toutes les chances de votre côté pour vous planter » – mais la justifie aussitôt au nom de la « continuité de l’Etat ».

« Faut que ça bouge, tout de suite »

Le président d’Horizons défend alors – en pure théorie – un système dans lequel le président élu aurait le « temps de se reposer après une élection hyper usante et fatigante ». Pourquoi ne pas prendre une ou deux semaines de vacances pour « consulter plus lentement les partenaires sociaux » ou « constituer ses équipes » ? Douce utopie. « Le système ne fonctionne pas comme cela. Il faut faire avec le système tel qu’il fonctionne », admet-il.

Le propos est justifié, mais sa déformation est facile. L’extrême droite se jette sur cette déclaration, à coups de messages offensifs sur X. « Je considère que la France n’a plus une minute à perdre. (…) Faut que ça bouge, tout de suite », embraye Gabriel Attal lors d’un déplacement le 11 septembre, à Metz. Voilà Edouard Philippe caricaturé en partisan de la paresse au travail. L’apôtre de la rigueur… pour les autres.

Des observateurs plus cléments soulignent une faute de communication. « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire », glisse un cadre LR. Comme si chaque candidat portait la responsabilité de la lecture fallacieuse de ses propos. Le débat médiatico-politique tourne parfois à la caricature ? À chaque élu de l’intérioriser et d’éviter les longues digressions théoriques, qui seraient autant de chausse-trapes. Et tant pis si le conseil a des airs de capitulation intellectuelle.

A l’issue du podcast d’1h40, Edouard Philippe fait l’éloge de cette conversation longue. « J’aime bien avoir le temps d’échanger. Cela manque dans le débat public. (…) On parle beaucoup et souvent trop. On a très peu le temps d’exprimer des nuances, des doutes. » La longueur de son propos a pourtant joué contre lui. Il pensait avoir été subtil ? Ses longs développements sont en réalité une mine d’or pour ses détracteurs, qui peuvent d’autant plus picorer dans ses mots pour mieux les travestir.

« Je n’ai pas le droit de dire que je suis fatigué »

La polémique est d’autant plus vive que son terreau est fertile. Le mythe de l’hyperprésident a été renforcé par l’avènement du quinquennat. Les disciples d’Emmanuel Macron n’ont cessé de vanter sa disponibilité permanente, entrecoupée d’un sommeil minimal. La fatigue du chef de l’Etat est un impensé. Voire un tabou. « Je n’ai pas le droit de dire que je suis fatigué. C’est quelque chose qui n’existe pas, pour un chef de l’Etat digne de ce nom. Je dois porter, incarner ce pays », assurait Nicolas Sarkozy le 20 septembre 2007, quatre mois après son arrivée à l’Elysée.

L’extrême dureté des campagnes présidentielles est pourtant connue. Leur quotidien, ponctué de déplacements et d’interventions médiatiques, est documenté. « Pendant cinq ou six mois, j’ai dormi deux heures par nuit. Le corps résiste, puis il flanche après », confiait en 2017 Christian Taubira, candidate en 2002, à France Info. « J’étais très fatiguée », a avancé en 2018 Marine Le Pen pour expliquer son échec lors de son débat télévisé face à Emmanuel Macron. Mais pourquoi ces élus auraient-ils un droit au repos ? La fonction politique a une teinte sacerdotale. « Dans l’imaginaire national, on n’accède à la présidence qu’après avoir souffert, analyse le vice-président de LR Julien Aubert. Avec la crise, cela s’est accentué : les gens ne supportent pas que les politiques ne partagent pas leur souffrance. »

Les élus nourrissent cette intransigeance de l’opinion. Ou, a minima, l’accompagnent par facilité. A l’été 2017, le chef du gouvernement Edouard Philippe transmettait lui-même des consignes strictes à ses ministres pour leurs vacances estivales. Des règles évidemment portées à la connaissance de l’opinion. Après avoir soumis les conseillers ministériels à des tests anti-drogue, Sébastien Lecornu songe aujourd’hui à réduire la rémunération des ministres, mesure symbolique en pleine préparation du budget. « Cela n’apportera pas une once de confiance supplémentaire envers les élus », tance une ministre. L’offensive contre Edouard Philippe – décuplée par le contexte électoral – est une déclinaison supplémentaire de cette raideur des élus envers eux-mêmes. Avec une interrogation : où s’arrêtent l’intransigeance et l’exigence de disponibilité des responsables politiques, signe d’une attente positive ? Où commence la défiance envers la politique elle-même ?



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Author : Paul Chaulet

Publish date : 2026-09-15 17:05:00

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