L’opération de communication avait été rondement préparée avec, en filigrane, un but précis. Sébastien Lecornu a dévoilé, le 17 septembre, dans les colonnes du Figaro, ses pistes pour le projet de loi finances (PLF) 2027. A la clé, un chiffre pour le moins colossal : 54 milliards d’euros d’économies pour ramener le déficit public, attendu à 5,4 % en 2026, à 5 % l’année prochaine. Le locataire de Matignon avait forcément dans un coin de sa tête le précédent Liz Truss.
En septembre 2022, le gouvernement de la Première ministre britannique avait présenté un plan de relance économique totalement irréaliste – impliquant notamment des baisses d’impôts massives non financées – qui avait provoqué une réaction immédiate et épidermique des marchés. La Banque d’Angleterre avait dû, par la suite, intervenir pour faire redescendre des taux d’emprunt à 30 ans qui avaient atteint des sommets. Liz Truss, elle, n’avait eu d’autre choix que de démissionner après seulement 45 jours au 10 Downing Street.
Le message n’est pas passé
En annonçant un budget d’une telle ampleur, « le plus rigoureux depuis très longtemps » selon ses mots, Sébastien Lecornu espérait envoyer un message pour le coup positif aux investisseurs. 54 milliards d’euros, c’est 10 milliards de plus que ce qu’avait proposé l’année dernière son prédécesseur, François Bayrou, renversé ensuite par une motion de censure. Bien mal lui en a pris. Ce vendredi 18 septembre, le spread – l’écart de taux entre l’Allemagne et la France – a franchi la barre des 100 points de base, une première depuis la crise des dettes souveraines en 2012. Les marchés ont su lire entre les lignes. D’abord, parce que ce chiffre paraît bien trop ambitieux. Il y a moins d’une semaine, le ministre de l’Economie Roland Lescure évoquait plutôt, dans Le Parisien, un effort de 30 milliards d’euros. Dans leur rapport, remis à Bercy à la mi-juillet, les économistes Xavier Jaravel, Xavier Ragot, Jean-Luc Tavernier et Natacha Valla chiffraient, quant à eux, à 126 milliards d’euros les économies à réaliser d’ici 2032 pour redresser les finances publiques, soit environ 25 milliards d’euros par an.
Ensuite, les marchés n’ont pas non plus oublié l’ornière politique dans laquelle se trouve la France. A quelques mois de la présidentielle, on voit mal comment Sébastien Lecornu parviendra à obtenir un accord sur un tel PLF, que les partis d’opposition ont déjà pour la plupart vilipendé. Le Premier ministre compte sans doute sur la mansuétude du Rassemblement national, à qui il a déjà donné quelques gages, comme le délai de carence pour l’accès des étrangers aux prestations sociales non contributives. Sauf que le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, a d’ores et déjà annoncé qu’il détricoterait le budget Lecornu à son arrivée à Matignon, en cas de victoire en mai prochain. Et ça, les marchés l’ont bien sûr déjà intégré.
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Author : Thibault Marotte
Publish date : 2026-09-18 15:59:00
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