« La CDU expropriée », titre le quotidien de gauche Taz, au lendemain de la victoire du parti Die Linke à Berlin. Le jeu de mots résume la principale promesse de campagne du parti de gauche, mené par Elif Eralp : rendre à la puissance publique une partie des logements détenus par les grands groupes immobiliers, pour lutter contre la crise du logement.
Avec 25,7 % des voix, Die Linke est arrivée largement en tête des élections régionales du 20 septembre, devant la CDU (18,8 %) et l’AfD (16,3 %). Pour le mouvement – issu autrefois du Parti socialiste unifié d’Allemagne, qui gouvernait en Allemagne de l’Est – réussir un tel score dans la capitale est une victoire historique depuis la réunification. Cette victoire pourrait porter Elif Eralp, 45 ans, au Rotes Rathaus, l’hôtel de ville rouge de la capitale, si elle parvient à former une coalition avec les sociaux-démocrates du SPD et les Verts.
Son programme repose sur une promesse : l’accès au logement, dans une ville où les loyers ont pratiquement doublé en une décennie. « Je veux que les gens puissent encore se permettre d’avoir un logement », a-t-elle répété tout au long de sa campagne. Sur son site, elle arbore un pendentif doré portant le mot « Mietendeckel » – plafonnement des loyers, en français. Elle veut également mettre en œuvre le résultat du référendum de 2021 sur la « socialisation » des logements des grands propriétaires immobiliers, approuvé par 59 % des votants mais jamais concrétisé. Environ 220 000 logements pourraient être concernés.
La mesure est controversée, notamment en raison de son coût, estimé selon les hypothèses entre plusieurs milliards et plusieurs dizaines de milliards d’euros, bien que Die Linke affirme que les recettes locatives perçues par la ville permettraient de récupérer progressivement cette somme.
Fille de réfugiés politiques
Le parcours d’Elif Eralp est étroitement lié à son engagement politique. Née à Munich en 1981, elle est la fille de deux socialistes turcs ayant fui leur pays après le coup d’État militaire de 1980. Adolescente, elle participe à des mobilisations antinucléaires ou contre le racisme. Après des études de droit, elle travaille notamment pour le groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag. Elle s’installe à Berlin au début des années 2010 et s’engage contre le racisme, les expulsions de locataires et la gentrification.
Élue au Parlement régional en 2021, elle vit toujours à Kreuzberg, un quartier populaire de la ville, avec son mari et leurs deux enfants. « Des personnes comme moi ne deviennent normalement pas maire dans ce pays », revendique-t-elle d’ailleurs dans un clip de campagne. Si elle accède au poste, elle pourrait devenir la première personne d’origine turque à diriger Berlin.
Une campagne à la « Mamdani »
Pour conquérir les électeurs, Elif Eralp a centré sa campagne sur les thèmes sociaux, et multiplié les opérations de porte-à-porte. Elle n’a d’ailleurs pas hésité à s’exprimer sur des sujets comme l’insécurité ou la saleté, thème sur lequel la gauche prend généralement peu position.
Son style – jeans, baskets, blouson aviateur, créoles et rouge à lèvres – tranche avec l’image traditionnelle de Die Linke. Une transformation qui accompagne celle de l’image du parti : « Die Linke était autrefois un parti de retraités est-allemands, souvent installés à la campagne », explique le politologue Markus Kollberg, dans le Financial Times. « Désormais, son électeur type est une jeune femme citadine. Le parti a complètement changé ».
Eralp revendique aussi l’influence de Zohran Mamdani, élu maire de New York en 2025. « Le succès d’un socialiste démocrate à New York, au cœur du capitalisme, est un exploit remarquable », déclarait Eralp avant le scrutin. « Nous avons beaucoup échangé d’idées ». Les équipes des deux candidats ont échangé et un stratège de Mamdani s’est d’ailleurs rendu à Berlin au printemps pour conseiller Die Linke. Outre le logement, la lutte contre l’extrême-droite a aussi constitué un axe important de sa campagne, au moment de la montée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), dans le pays.
Sa victoire électorale ne garantit toutefois pas à Elif Eralp son entrée à la mairie. Die Linke est arrivée en tête, mais doit trouver des partenaires pour former une majorité au Parlement régional. Le SPD et les Verts pourraient être de potentiels alliés, mais le dossier du logement constitue déjà un sérieux point de désaccord. Steffen Krach, le candidat social-démocrate, s’est opposé au projet d’expropriation des grands propriétaires immobiliers et a laissé entendre que cette mesure pourrait empêcher un accord avec Die Linke.
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Publish date : 2026-09-21 15:29:00
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