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Sur l’IA, Donald Trump et Xi Jinping à la recherche d’un « téléphone rouge » pour éviter l’escalade

En pleine guerre contre l’Iran, au printemps dernier, l’armée américaine s’apprête à intercepter un bateau chinois dans des eaux du Moyen-Orient – des avions ont également été mobilisés. A en croire le rapport d’un analyste, le navire ciblé transporte des composants destinés à alimenter un programme d’armes nucléaires. Seul hic, après vérification, le mémo sur lequel repose l’intervention, en partie rédigé par une intelligence artificielle, se révèle entièrement faux. Si cet épisode, dévoilé tout récemment par CNN, est exact, les deux superpuissances sont passées tout près d’une crise diplomatique, et possiblement d’un conflit armé, par la faute d’une IA négligente.

Donald Trump évoquera-t-il ce jeudi 24 septembre l’incident avec son homologue chinois Xi Jinping, qui effectue son premier déplacement à la Maison-Blanche depuis 11 ans ? Sans doute pas, tant le président américain, fragilisé par la guerre en Iran et la hausse des prix du pétrole, aura à cœur de cajoler son interlocuteur dans l’espoir d’obtenir des avancées commerciales et diplomatiques – fait rare, Donald Trump a même prévu d’accueillir Xi à sa descente d’avion ce mercredi.

Création d’une ligne d’alerte

À l’heure où la rivalité technologique s’intensifie entre les deux superpuissances et où les alertes apocalyptiques sur les dangers du développement fulgurant de l’intelligence artificielle se multiplient (le sujet doit même être débattu ce mercredi au Conseil de sécurité de l’ONU), celle-ci devrait occuper une place bien plus centrale dans la discussion entre les deux leaders que lors de leur précédente rencontre à Pékin, en mai dernier. Et faire partie des sujets majeurs abordés, aux côtés du Moyen-Orient, de Taïwan ou de la prolongation de la trêve commerciale.

Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, a d’ailleurs préparé le terrain avec le vice-Premier ministre chinois He Lifeng, en amont de la visite de Xi Jinping, en annonçant un mécanisme de dialogue entre les deux pays sur l’IA, incluant une ligne d’alerte en cas de situation d’urgence. Pékin a confirmé la conversation, sans se prononcer publiquement sur le dispositif.

Un premier pas encourageant, qui vise à montrer que les deux pays sont prêts à coopérer pour éviter de dangereux phénomènes d’escalade. « Cela peut paraître modeste, mais c’est en réalité essentiel ! Si, par exemple, un système autonome provoque un grave incident de cybersécurité, il est souhaitable que Washington et Pékin disposent d’un moyen de comprendre ce qui s’est passé avant que chaque partie ne présume d’une intention hostile », souligne Lizzi C. Lee, chercheuse au Centre d’analyse sur la Chine de l’Asia Society Policy Institute.

Encore faut-il que ce projet se traduise à l’avenir par des rendez-vous concrets et qu’il soit soutenu politiquement par les dirigeants des deux superpuissances. Quant à l’étape suivante, l’instauration d’un véritable mécanisme de régulation de l’IA entre Pékin et Washington, elle semble peu probable. « Nous sommes à mon avis très loin d’un accord contraignant, compte tenu de l’intensité de la concurrence et de la méfiance profonde entre les deux pays », estime Kyle Chan, chercheur à la Brookings Institution, spécialisé dans le développement technologique de la Chine.

Un nouveau « canular », selon Trump

Il faut dire que Donald Trump s’est montré très clair, en réponse aux appels de plusieurs patrons du secteur – Dario Amodei (Anthropic), Sam Altman (OpenAI) ou Elon Musk (dont le groupe SpaceX détient xAI) – à mettre les développements sur pause afin de se prémunir contre le risque d’une IA hors de contrôle. Le milliardaire ne veut pas entendre parler d’un ralentissement, qui permettrait selon lui à Pékin de rattraper son retard sur les Etats-Unis. « Nous sommes en avance sur la Chine dans l’IA… et, franchement, je veux que ça reste ainsi, parce que celui qui gagne la course à l’IA gagne tout », a-t-il martelé, n’hésitant pas à qualifier de « canulars » comparables aux discours sur le réchauffement climatique les avertissements des Cassandre.

Du côté des autorités chinoises, persuadées que les Etats-Unis utiliseraient d’éventuelles régulations pour freiner l’essor de la République populaire dans l’IA, il n’est pas non plus question de lever le pied. « On observe en Chine un consensus très large sur le fait qu’il faut accélérer le rythme. Les dirigeants craignent de prendre du retard sur les Etats-Unis en matière d’IA. Quant aux salariés, ils pensent que l’IA aidera leur pays à devenir plus forte et plus compétitive », résume Kyle Chan.

Pékin et Washington auront d’autant plus de difficulté à se mettre d’accord que leurs craintes ne sont pas de même nature. Aux Etats-Unis, les déclarations ce mois-ci d’un ingénieur ayant démissionné d’Anthropic, Jacob Coxon, sur la menace que fait peser l’IA sur la survie même de l’humanité, ont frappé les esprits. En Chine, si des craintes commencent à s’élever, elles concernent plus la stabilité du pouvoir du Parti communiste que l’avenir de l’Humanité. Le ministre de la Sécurité d’Etat, Chen Yixin, a listé récemment les dangers identifiés par son pays dans une revue officielle : ils concernent entre autres la sécurité politique, l’espionnage, la dépendance technologique et la déstabilisation de l’ordre social.

Les deux pays restent par ailleurs en désaccord sur de nombreux points. Les Etats-Unis fustigent ainsi le mécanisme de « distillation » auquel ont recours les Chinois : ils sont mécontents que des entreprises chinoises spécialisées dans l’IA utilisent les modèles d’OpenAI et d’Anthropic pour améliorer leurs propres modèles. De leur côté, les Chinois dénoncent les contrôles sur les exportations de technologies clés instaurées par les Américains.

« La Chine comme les Etats-Unis seront davantage incités à s’asseoir à la table des négociations quand ils percevront l’IA comme un problème de sécurité nationale », avance Kyle Chan, de Brookings. La comparaison avec l’époque de la guerre froide est tentante. Ce n’est en effet qu’après la crise des missiles entre les Etats-Unis et Cuba, qui faillit basculer dans une escalade nucléaire en 1962, que se concrétisa un dialogue sur la régulation des armes nucléaires entre l’Amérique et l’URSS, avec la mise en place du fameux « téléphone rouge ».

Aujourd’hui, les risques liés à l’IA sont jugés par certains acteurs du secteur, comme Elon Musk, supérieurs à ceux posés par les armes nucléaires. A Washington, Trump et Xi dîneront jeudi soir en compagnie de grands patrons de l’IA – Jensen Huang (Nvidia) Sam Altman et Elon Musk sont invités. « Pour Xi Jinping, rencontrer ces dirigeants lui offre un aperçu direct de la façon dont le secteur technologique américain perçoit la Chine, les contrôles à l’exportation, l’accès au marché et la sécurité de l’IA, commente Sun Chenghao, chercheur associé au Centre de recherche sur la stratégie et la sécurité de l’Université Tsinghua. Ce dîner peut servir de passerelle informelle entre la diplomatie et l’écosystème technologique. Il ne débouchera peut-être sur aucun accord, mais il peut aider chacun à mieux comprendre les contraintes et les motivations de l’autre ». Tout ce qui peut permettre d’éviter à l’avenir un engrenage funeste est bon à prendre.



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Author : Cyrille Pluyette

Publish date : 2026-09-23 17:00:00

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