Depuis le début, en février, de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, le marché pétrolier évolue au rythme des tensions au Moyen-Orient. Mais désormais, l’attention n’est plus focalisée uniquement sur Ormuz. Un autre détroit, celui de Bab-el-Mandeb, passé sous contrôle houthiste il y a quelques semaines, offre à Téhéran un nouveau moyen de pression sur les routes maritimes, et en particulier sur la Mer Rouge. Parallèlement, les rebelles multiplient les attaques de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, notamment contre ses installations énergétiques, et menacent désormais de s’en prendre aux navires associés au royaume.
L’Iran et ses alliés estiment donc avoir mené un coup de maître. Mais « la question est désormais de savoir s’ils ne sont pas allés trop loin », pointe le quotidien libanais L’Orient-Le Jour. Car si le conflit avait jusqu’à présent surtout touché les économies asiatiques – qui dépendent fortement du Golfe pour leurs hydrocarbures -, l’offensive des houthistes élargit désormais la portée de la crise, en bloquant une route maritime stratégique pour les exportations vers l’Europe.
Les Européens prêts à s’impliquer pour défendre leurs intérêts économiques
Les ministres des Affaires étrangères du G7, réunis à New York cette semaine, ont condamné les attaques houthis contre l’Arabie saoudite et appelé l’Iran à cesser de soutenir le mouvement yéménite, accusé de menacer la navigation commerciale et la stabilité mondiale. Dans le même temps, à Bruxelles, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a jugé que des renforts navals et aériens étaient nécessaires pour sécuriser davantage la circulation en mer Rouge.
Plusieurs gouvernements européens n’ont d’ailleurs pas tardé à faire des annonces individuelles ce sens. A commencer par le Royaume-Uni qui a déclaré, le 22 septembre, l’envoi d’un avion de ravitaillement pour soutenir les appareils saoudiens engagés dans des opérations défensives. La France envisage également de renforcer son soutien à l’Arabie saoudite et s’est dite prête à participer à des actions de protection des infrastructures énergétiques du port de Yanbu et de l’oléoduc Est-Ouest qui traverse le Royaume.
Une internationalisation du conflit voulue par Washington
C’est justement cette internationalisation de la crise que Washington cherche à favoriser depuis plusieurs mois. Les États-Unis, qui refusent pour l’heure de frapper directement les houthistes, poussent leurs partenaires à isoler la République islamique. Et menacent déjà de sanctionner les pays alliés de Téhéran. Si bien que la Turquie ou encore l’Irak ont même cessé d’accueillir certaines compagnies aériennes iraniennes sur leur territoire par mesure de prévention.
Conscients des risques d’une confrontation élargie, les houthistes cherchent à éviter un affrontement direct avec Washington. Lors de discussions à Mascate, ils auraient même assuré aux responsables américains que l’accord de cessez-le-feu conclu en 2025 restait en vigueur. Ils affirment également ne pas vouloir s’en prendre aux navires américains ou au commerce maritime international, mais uniquement aux bâtiments associés à l’Arabie saoudite. Une position qui contribue pour l’heure à maintenir les États-Unis en retrait, Washington se limitant à fournir à Riyad des renseignements et un appui au ciblage.
Vers une large coalition contre les rebelles houthistes ?
Dans le même temps, la crise favorise un rapprochement militaire entre plusieurs pays de la région. Des responsables américains, israéliens et arabes se sont récemment réunis en Allemagne pour discuter du renforcement de leur coopération sécuritaire. Des échanges auraient notamment porté sur un éventuel soutien israélien à Riyad en matière de renseignement et de surveillance contre les houthistes, selon le média américain Axios.
Cette dynamique touche également les États du Golfe. Le Qatar défend une nouvelle organisation de la sécurité régionale, fondée sur des garanties réciproques entre l’Iran et ses voisins. Les Émirats arabes unis plaident eux aussi pour une approche plus coordonnée. Pour Abou Dhabi, les décisions concernant l’avenir de la région ne peuvent plus être prises uniquement entre Washington et Téhéran, alors que les États arabes en subissent directement les conséquences.
Si aucune coalition formelle contre les houthistes n’a encore vu le jour, la multiplication des contacts militaires et diplomatiques traduit néanmoins une évolution importante. Car si ces rapprochements débouchaient sur une réponse commune permettant de contenir les houthistes, l’Iran pourrait perdre une partie des avantages qu’il tirait jusqu’ici des divisions régionales…
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Publish date : 2026-09-26 15:43:00
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