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« Made in Europe » : la France et l’Allemagne s’opposent, l’Espagne cherche un compromis

Le « Made in Europe » divise les Européens. La France, l’Allemagne et l’Espagne défendent des conceptions différentes de la manière dont l’Union européenne (UE) doit favoriser ses entreprises dans les marchés publics, alors que Bruxelles cherche à renforcer l’industrie du continent face à la concurrence chinoise.

Au cœur du débat, l’Industrial Accelerator Act (IAA), présenté en mars par la Commission européenne. Le texte vise à orienter une partie des dépenses publiques européennes consacrées notamment aux technologies vertes, aux industries énergivores et à l’automobile vers les entreprises européennes. Il prévoit d’accorder un traitement préférentiel aux produits fabriqués en Europe dans les marchés publics. Mais six mois après sa présentation, les Vingt-Sept peinent toujours à s’entendre sur les contours de cette préférence.

La France défend une préférence européenne stricte

Paris souhaite limiter au maximum le périmètre du « Made in Europe ». Lors d’une réunion des ministres de l’Industrie à Bruxelles ce jeudi 24 septembre, le ministre français de l’Industrie Sébastien Martin a défendu l’idée que les fonds publics européens doivent bénéficier à la production réalisée sur le continent. « L’argent des contribuables européens doit soutenir les travailleurs et les usines [européens] », a-t-il déclaré à la presse en amont de la réunion.

Interrogé sur le Royaume-Uni, le ministre français a rappelé que le pays avait choisi de quitter l’UE, tout en précisant que cela n’empêchait ni les discussions ni les échanges commerciaux, ni la conclusion d’accords dans certains secteurs. Selon The Guardian, Londres redoute que ses industriels soient désavantagés dans l’accès aux marchés européens, notamment dans les technologies bas carbone et les véhicules électriques.

Le ministre français des Affaires européennes Benjamin Haddad a lui aussi souligné les limites d’une éventuelle ouverture aux pays extérieurs à l’Union. « Si vous ne faites pas partie du marché intérieur et si vous ne contribuez pas à sa capacité financière, vous ne bénéficiez pas du même type de protection », a-t-il déclaré, selon le quotidien britannique.

Berlin veut un « Made with Europe »

L’Allemagne défend une approche plus ouverte. Selon Politico, Berlin souhaite créer un ensemble plus large, qualifié de « Fabriqué avec l’Europe », qui permettrait à des partenaires commerciaux de l’UE de bénéficier eux aussi d’un accès privilégié. Dans son document de position, l’Allemagne propose notamment d’inclure les pays ayant conclu un accord de libre-échange ou un accord sur les marchés publics avec l’UE, ainsi que ceux appartenant à une union douanière. Berlin défend également la possibilité d’intégrer d’autres pays tiers lorsqu’ils accordent un traitement réciproque aux entreprises européennes. « L’UE doit demeurer un partenaire fiable pour ses partenaires de libre-échange et respecter ses obligations juridiques », peut-on lire dans le document allemand cité par Politico.

La ministre allemande de l’Economie Katherina Reiche a estimé que des pays comme la Norvège et la Suisse pourraient être concernés, ainsi que d’autres partenaires, comme le Canada. Cette approche bénéficie du soutien de plusieurs pays nordiques, traditionnellement favorables au libre-échange.

L’Espagne propose trois niveaux

Entre les deux positions, Madrid tente de construire un compromis. L’Espagne propose de répartir les pays en trois catégories, avec un degré de préférence différent. Le premier niveau serait constitué des 27 Etats membres de l’UE. Le deuxième regrouperait les pays de l’Espace économique européen et certains partenaires considérés comme fiables, sous réserve de réciprocité dans l’accès aux marchés publics.

Le troisième niveau comprendrait les pays liés à l’UE par un accord de libre-échange, une union douanière ou certains accords d’approvisionnement. Le document espagnol envisage aussi la possibilité d’intégrer des pays tiers fournissant des composants considérés comme critiques lorsque les capacités de production européennes sont insuffisantes ou qu’il n’existe pas de source d’approvisionnement alternative.

Selon Politico, Madrid estime qu’une approche « plus fine et fondée sur les risques » pourrait améliorer à la fois l’efficacité et l’acceptabilité politique du texte. Le ministre espagnol de l’Industrie Jordi Hereu insiste à la fois sur le renforcement de la base industrielle des Vingt-Sept et sur une « autonomie stratégique ouverte », fondée sur la coopération avec d’autres pays.

L’Italie n’a, pour sa part, pas encore arrêté de position claire. Le ministre italien des Entreprises Adolfo Urso s’est prononcé en faveur d’une préférence européenne ouverte aux « partenaires stratégiques ». Rome souhaiterait partir de la base industrielle des 27 Etats membres tout en intégrant les partenaires stratégiques dans la politique industrielle européenne.

Le Royaume-Uni observe les négociations

Le débat est particulièrement suivi à Londres. Le gouvernement britannique redoute une éventuelle exclusion du dispositif, qui pourrait compliquer l’accès de ses entreprises aux marchés publics européens. Depuis l’arrivée d’Andy Burnham à Downing Street, son gouvernement cherche à relancer les relations avec Bruxelles. Mais les négociations sur le « Made in Europe » pourraient compliquer cette démarche. Un porte-parole du gouvernement britannique, cité par The Guardian, a assuré que Londres continuerait à travailler avec l’UE sur le programme « Made in Europe », en mettant en avant le caractère proche et fiable du partenariat entre les deux parties. Pour l’heure, le statut du Royaume-Uni reste donc indéterminé. Le ministre polonais du Développement économique Michal Baranowski a indiqué qu’il était encore trop tôt pour savoir si le Royaume-Uni, mais aussi la Suisse, le Japon, l’Australie ou le Canada, seraient inclus ou exclus.

L’Irlande, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE jusqu’à la fin de l’année, tente de rapprocher les positions. Dublin espère parvenir à un accord entre le Conseil et le Parlement européen d’ici décembre. Selon Politico, les ambassadeurs adjoints doivent se réunir le 7 octobre prochain et l’Irlande souhaite présenter un nouveau compromis à la mi-octobre, avec l’objectif de parvenir à un accord en novembre. Mais le calendrier reste incertain : le Conseil et le Parlement européen doivent d’abord arrêter leurs positions respectives avant de pouvoir engager les négociations interinstitutionnelles destinées à trouver un compromis final.



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Author : Héloïse Uberti

Publish date : 2026-09-25 09:38:00

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