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Présidentielle 2027 : avec Marine Le Pen en campagne, Eric Ciotti cherche sa place

« Je suis très heureux ! » Comment ne pas croire Eric Ciotti lorsqu’il se confie à un cadre des Républicains ? Depuis qu’il a ravi la mairie de Nice à son éternel rival, l’ex-président de LR, rallié au Rassemblement national, s’épanouit loin de la capitale. Bien sûr, dès qu’il s’agit d’évoquer Marine Le Pen, ses déclarations sont irréprochables. Mi-août, Eric Ciotti fait la une du JDD, hebdomadaire du groupe Bolloré. Dans une longue interview, il s’engage à faire campagne « loyalement et fortement » pour la victoire de la candidate RN, se fait l’avocat de sa vision de l’économie, réfutant les procès en « socialisme », et rêve à bas mot que sa nouvelle alliée revienne à la raison sur la question des retraites.

Mais, pour l’heure, il est loin de ces considérations. Occupé à s’installer dans son nouveau fauteuil d’édile, il fait le tour des associations sportives, défile aux déjeuners de rentrée du Conseil des seniors, serre des mains aux anniversaires d’entreprises niçoises et se consacre, même, aux élections sénatoriales. Il n’a pas assisté à la rentrée parlementaire du Rassemblement national, ni au discours de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, contrairement à Charles Alloncle, député UDR (le parti d’Eric Ciotti) de l’Hérault.

Prière à l’allié de rester au chaud

Le dernier rendez-vous des alliés remonte au 14 juillet. Jordan Bardella et Marine Le Pen avaient fait le déplacement pour la commémoration des 10 ans de l’attentat de Nice. Depuis, Eric Ciotti mène sa vie sudiste, loin des réunions frontistes et du lancement de campagne présidentielle. La situation convient tout à fait aux lepénistes : « Le temps des alliés viendra, promet Renaud Labaye, le directeur de campagne adjoint. Pour l’instant, c’est le temps de la candidate. »

Prière à l’allié de rester au chaud. Non pas qu’il ne soit d’aucune utilité. Pour le parti frontiste, la perspective de brandir une mairie vitrine pendant la campagne, à l’heure où les édiles RN multiplient les sorties de route, reste alléchante. Et sa vie de maire ne suffit pas à faire oublier à Eric Ciotti ses autres ambitions. « Dans le parcours d’un homme politique, il y a des paliers, commente un cadre de droite qui le connaît bien. Ciotti a été secrétaire général du conseil départemental puis député, puis président du conseil départemental, puis président de parti envers et contre tous… Et il n’a jamais été ministre ! »

« Ce ne sont pas les girouettes qui changent, c’est le vent »

C’est que la carrière d’Eric Ciotti se heurte parfois à son propre caractère. L’homme, de son propre aveu, peine à faire confiance, et a acquis la réputation de marcher seul. Un cadre LR repense à ce jour de 2024. Entre quatre yeux, le Niçois lui assure : « On est au clair, hein ? Renaissance va perdre aux européennes, ils auront besoin de nous. Il faut absolument que François Baroin soit premier ministre la semaine prochaine ». Tout cela, avant de rejoindre, avec fracas, le Rassemblement national. « Ce ne sont pas les girouettes qui changent, c’est le vent », commente ce même cadre.

L’ancien président LR suscite la méfiance générale. Y compris au sein de son propre parti, pourtant réduit à peau de chagrin. « Il est réticent à voir émerger de nouveaux profils à ses côtés, assure un député. Il faudra voir comment il envisage l’avenir de l’UDR, s’il consent à le transformer en pépinière, ou s’il veut que l’appareil reste sa chose. » Avec Marine Le Pen, c’est différent, jurent les élus de-ci de-là. Les nouveaux alliés ont appris à se connaître, « s’apprécient », « travaillent très bien ensemble », « en confiance ». La confiance n’exclut pas le contrôle. Sauf qu’Eric Ciotti ne contrôle rien s’agissant du rôle qui lui sera alloué. Surtout depuis la décision du 7 juillet et le retour de Marine Le Pen dans l’arène des candidats. Avec Jordan Bardella, son avenir était plus clair. Du temps où il était certain de prétendre à l’Elysée, le président du RN confiait en privé : « Je travaille beaucoup avec Eric Ciotti, je compte lui soumettre le programme. Il est certain que l’UDR sera associé à la réflexion. »

« Je pense même qu’il a rallié trop tôt »

Marine Le Pen, elle, s’est engagée moins clairement. Et le rôle de Ciotti, en cas de victoire de l’extrême droite, n’est pas gravé dans le marbre. « Je pense même qu’il a rallié trop tôt, se frotte les mains un conseiller de la droite. On sait que dans une présidentielle, les premiers arrivés ne sont jamais les mieux servis. » « Ce qui est certain, c’est qu’il nous faudra des profils d’ouverture à des postes clés », concède un lepéniste. D’autant que le parti à la flamme a toujours eu du mal avec la notion d’allié. « Le RN, c’est un corps qui rejette ses greffons ou finit par les avaler, je ne donne pas cher de la peau de Ciotti », se régale un cadre LR.

Arrimé à la campagne frontiste, Eric Ciotti devra aussi adopter les codes de l’appareil. Notamment ceux d’un rouleau compresseur populiste, qui entretient plus que jamais une relation contrariée avec la presse, pas tout à fait alignée avec le positionnement du maire de Nice, qui n’a jamais versé dans une mentalité d’assiégé. Ni dans le discours étatiste cher à Marine Le Pen. La récente prestation de la députée du Pas-de-Calais devant le Medef a douché les espoirs de ceux qui espéraient la voir fléchir sa ligne économique. « Son positionnement est clair, assure l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy. Elle sort François Durvye de la campagne [NDLR : son ancien conseiller issu des milieux financiers] et réaffirme sa volonté d’un retour à la retraite à 62 ans. Face au Medef, c’est sûr qu’elle ne parle pas leur langue. »

Ceux qui n’ont pas suivi le Niçois se réjouissent de la situation. « Désormais le RN est dans un nouveau monde, qui ressemble plus au nôtre, avec ses ambitions, et ses individualités. » Un député RN abonde : « C’est sûr que désormais on sera confrontés, comme les autres partis, à une forme de polyphonie. » Aura-t-elle raison du bonheur d’Eric Ciotti ?



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Author : Marylou Magal

Publish date : 2026-09-25 15:02:00

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