Cachez cette Europe qu’on ne saurait voir. Quand Sébastien Lecornu écrit à Ursula von der Leyen, il faut lire entre les lignes. Mardi 15 septembre, le Premier ministre prend la plume pour demander à la présidente de la Commission européenne de « veiller à ce que les recettes exceptionnelles résultant de l’amende infligée à Google […] se traduisent par une réduction des contributions des Etats membres. » Quand il parle d’Etats membres, Sébastien Lecornu pense, bien sûr, à la France. Matignon s’empresse aussitôt de dissiper un possible malentendu et affirme qu’ »il ne s’agit en aucun cas d’une remise en question de la contribution française à l’UE ». Prière d’y croire.
Le lendemain, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, en remet une couche : « Je vous invite à ne pas confondre ce que demande Jordan Bardella et ce que fait aujourd’hui le gouvernement. » L’idée, pourtant, est la même. Et d’autres figures du bloc central, qui ne craignent pas de passer pour le locataire qui se plaint du prix de son loyer, clament tout haut que la France paie trop.
La contribution française au budget européen pluriannuel 2021-2027
Bruno Le Maire, justement, ne s’embarrasse pas de précautions. L’ancien ministre de l’Economie met les pieds dans le plat en proposant « un rabais de la participation de la France à l’UE de 5 milliards d’euros », laquelle se justifierait « au regard de notre situation financière et du niveau de vie des Français ». La sortie ravit le RN et consterne son camp. Une « connerie », grince-t-on dans les couloirs de l’Elysée.
« Bruno fait tout pour exister. Ce qu’il dit invalide tout ce qu’il a fait », abonde une ancienne membre du gouvernement, qui a longtemps siégé en conseil des ministres avec l’intéressé. Marine Le Pen et les siens s’enorgueillissent, évidemment, d’une nouvelle victoire culturelle. « Après Hollande qui valide la baisse de la TVA sur les énergies et l’alimentation, cet alignement sur les mesures du RN autrefois impossibles est fantastique », réagit sur X le député Jean-Philippe Tanguy, accompagnant son message d’un émoji qui rigole. « Ce qui était impossible le devient… C’est la magie des périodes électorales », note en privé l’eurodéputé et beau-frère de Marine Le Pen, Philippe Olivier.
Est-on tombé si bas ? Certes, la France n’a jamais contribué autant – 28,8 milliards d’euros en 2026, contre 23 milliards en 2025 – mais elle est également, en volume, le premier bénéficiaire, ce que beaucoup oublient de rappeler. Mais « le simple fait de rentrer dans cette logique comptable est un problème, regrette-t-on à la Commission européenne, où l’on rappelle que, par rapport au nombre d’habitants, la France paie moins que l’Allemagne ou le Danemark. Cela dit beaucoup de leur conception même de l’UE, qui ne serait qu’une simple tirelire et pas un levier d’investissement pour l’avenir. »
Une fausse bonne idée
« On donne l’impression de racler les fonds de tiroir. C’est désastreux”, fulmine un eurodéputé Renew. Personne ne conteste qu’il faille réaliser des économies mais une baisse de la contribution française à l’UE serait une double erreur. D’une part, cela donnerait le point au RN dont c’est, depuis longtemps, un axe de campagne. D’autre part, le RN serait toujours, sur le sujet, mieux-disant que les modérés : en juin, le président du parti d’extrême droite, Jordan Bardella, proposait ainsi de « réduire de moitié » la contribution de la France à l’UE.
Ce serait, à tous points de vue, un sacrifice inutile. A Bruxelles, nous perdrions encore davantage de crédibilité – alors que celle-ci est déjà sérieusement entamée ; à Paris, le RN tirerait les marrons du feu. Il se trouve pourtant des voix pour adhérer à cette fausse bonne idée. « Je pense qu’il faut payer moins. Il faut chercher des économies partout et 5 milliards d’euros, ce ne sera même pas suffisant », assurait encore une ministre à la veille de la présentation du budget. Mais à force de considérer que l’UE ne serait qu’une charge, et non un atout, ne faudrait-il pas en sortir ? C’est là le dernier écueil de ceux qui croient être raisonnables en affirmant que nous devrions payer moins : ils donnent in fine du grain à moudre aux partisans du Frexit. « Il ne faut jamais aller sur le terrain du RN », résume une députée Ensemble pour la République. Pile, le RN gagne ; face, les modérés perdent.
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Author : Sébastien Schneegans
Publish date : 2026-09-30 14:00:00
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