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Cinéma : « Le Chant des oliviers », la voix au chapitre du plus petit pays de l’Union européenne

Ça fait longtemps qu’avec Dora on a envie d’aller à Malte. Le temps passe et l’envie commençait à sécher comme un grain de raisin de Corinthe. Le Chant des oliviers d’Alex Camilleri aura plongé notre grappe dans l’alcool des choses indispensables ; je pense sérieusement que d’ici Pâques, nous aurons fait le voyage. Pèlerinage sur les lieux de ce film.

Je n’aime pas du tout le titre, si ça vous fait le même effet de lieu commun poético-bucolique, bouchez-vous le nez et allez quand même voir ce chant de l’Odyssée de Malte. Impensable comment c’est beau, intelligent et, ce qui aurait pu tout gâcher mais là pas du tout : extrêmement émouvant. Le titre original c’est Żejtune, qui est le nom de l’autre île, plus petite, de Malte ; ce que Porto Santo est à Madère ou Minorque à Majorque. Le point sur le Z de Żejtune signale une langue particulière, la seule sémitique d’Europe, avec des emprunts à l’anglais, au français, à l’italien, et surtout à l’arabe. Le maltais est parlé par le demi-million d’habitants de cet archipel qui, avec ses 316 kilomètres carrés, représente la plus forte densité de population en Europe.

Entre autres records, Malte fut aussi le pays le plus bombardé pendant la guerre de 1940, proportionnellement à sa superficie. Après un passé glorieux qui remonte aux Phéniciens et qui lui a fait connaître à peu près toutes les invasions barbares et coloniales qui ont façonné l’Europe, devenue colonie anglaise après le départ de Napoléon, l’Empire britannique lui a accordé son indépendance en 1964. Elle n’a pas échappé au triste sort des nations livrées à elles-mêmes après le départ de leurs anciens maîtres. Nenu (Nenu Borg) en faisait partie, il avait 20 ans, il en a 80 ans aujourd’hui. Il a fait partie de cette génération de Maltais qui ont dû quitter leur pays pour aller chercher du travail ailleurs, notamment en Australie.

Une voix diégétique

Il arrive à Melbourne une main devant une main derrière, mais avec quelque chose de plus que les autres, le għana. Ce chant traditionnel maltais s’apparente moins au flamenco espagnol ou au fado portugais qu’aux zajals libanais et palestinien ou, pour rester dans les comparaisons insulaires, au chant corse chjam’è rispondi (appels et réponses), aux cantadores de Sardaigne ou aux Tsiattista de Chypre. Et bien sûr au hip-hop de la Jamaïque. Il faut croire que l’insularité préserve mieux les traditions, avant de les exporter sur les continents, et de les réinventer, en l’occurrence sous forme de battles. Terme impropre que bataille et même antithétique puisque c’est précisément un chant destiné à les éviter : hurler pour ne pas se tuer. La parole comme maîtrise de la violence, la musique comme vecteur de mise en harmonie des plaintes. C’est dans cet art qu’excelle Nenu Borg, de retour à Malte dans les années 1990, toujours aussi pauvre, mais avec un répertoire musical enrichi par la nostalgie qui ne l’a pas quitté durant ses trente années d’exil.

Il retrouve une île en plein « boom économique », et qui fait de Nenu Borg le chantre du passé qui ne veut pas passer. Il devient la star du għana, pratiquement sans rival. Peu à peu rattrapé par le temps, la fatigue, il vieillit avec son public, ses fans meurent les uns après les autres, ou s’enfuient avant, son chant s’éteint tout doucement, sombrant dans l’oubli, balayé par le CD, le numérique, l’Internet, l’IA. Il ne chante plus, n’anime plus les mariages, parfois un enterrement… jusqu’à ce qu’un beau jour, Alex Camilleri, à peine 40 ans, ait l’idée de revenir dans sa Malte natale en compagnie de son égérie, l’actrice Michela Farrugia (Mar, dans le film), à peine 30 ans, pour réaliser un film… sur le għana. Ils sont surpris de voir Nenu Borg, assis sur un banc, au soleil, comme s’il les attendait. On ne sait exactement à quel moment il dit moteur ! et quand elle entre dans la peau de son personnage.

Nenu, Alex et Mar construisent alors une fiction qui ne tient que sur la puissance des souvenirs et la voix diégétique de Nenu, sorte de hurlement éraillé, balançant les quatre vérités à celle qui en a autant pour son compte. Entre la plus belle des actrices et le plus pathétique des vieux coqs, un amour impossible et la transmission d’un art.



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Author : Christophe Donner

Publish date : 2026-09-30 05:00:00

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