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Budget : quand les hausses d’impôts servent à payer les créanciers de la France

Comment promettre la stabilité fiscale et faire son contraire ? Comment vanter encore les bienfaits d’une politique de l’offre et l’avoir enterrée presque en cachette ? Voici quelques-uns des tête-à-queue politiques auxquels se livrent les gouvernements successifs depuis quasiment trois ans. La première esquisse du projet de loi de finances pour 2027 présenté ce jeudi 1er octobre ne change guère la donne. Première esquisse tant la copie risque d’être amendée, redimensionnée au cours des débats parlementaires qui vont s’ouvrir dès la mi-octobre.

Sur la table, donc, près de 9 milliards d’euros d’augmentation de prélèvements l’an prochain, les entreprises devant régler une bonne partie de la note. Au menu, la surtaxe sur l’impôt sur les sociétés – certes allégée – devrait encore rapporter quelque 5 milliards d’euros, un gel du barème des allègements de charges sur les bas salaires (2,5 milliards), et une kyrielle de taxes sectorielles pesant notamment sur les autoroutes et les aéroports (800 millions d’euros) ou encore sur les industries agroalimentaires, avec une nouvelle taxe comportementale sur les produits sucrés. S’y ajoute le toilettage de plusieurs niches fiscales, notamment le mécanisme très controversé de l’apport-cession qui permet à un entrepreneur de reporter l’imposition de la plus-value réalisée lors de l’apport de ses titres à une société holding. Un dispositif qui concerne au premier chef les entreprises familiales, dont beaucoup vont devoir passer le flambeau dans les années qui viennent. « Vouloir remettre à plat certains mécanismes d’optimisation fiscale paraît louable, mais il faut tout de même se rappeler que s’ils existent, c’est pour compenser, au départ, une fiscalité bien trop étouffante », remarque Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l’institut Rexecode.

91 milliards d’euros à régler

En attendant, cette nouvelle hausse des prélèvements s’ajoute à celles votées au cours des trois dernières années. Entre 2024 et 2026, ces derniers se sont déjà alourdis de 36,7 milliards d’euros, d’après les calculs de Rexecode. Au total, la progression pourrait donc atteindre quasiment 46 milliards sur les quatre dernières années… Un choc fiscal qui ne permet pourtant pas de réduire significativement le déficit, estimé encore à 5 % du PIB en 2027.

La raison ? Le fameux « effet boule de neige » sur la dette qui s’est enclenché et la dérive extrêmement rapide de la charge d’intérêt qui devient le premier poste de dépenses de l’Etat. « Ainsi, sur les trois dernières années, un peu plus de la moitié des hausses d’impôts ont été mangées par l’alourdissement du service de la dette », calcule Anthony Morlet-Lavidalie. Ce sera pire encore pour 2027.

L’Etat et les administrations publiques devraient régler à leurs créanciers l’an prochain un montant record de 91 milliards d’euros – une hausse de 12 milliards par rapport à 2026 -, d’après les dernières estimations de Bercy. C’est-à-dire davantage que la hausse prévue des prélèvements annoncée dans le projet de loi de finances pour 2027.

Il devient quasiment impossible, dans ce contexte, de rétablir les comptes de l’Etat tout en finançant des dépenses indispensables, dans l’éducation, la transition climatique et la défense, sans réduire le poids des dépenses sociales. L’équation tombe au pire moment, alors que la croissance fait du surplace, le chômage repart à la hausse, le pouvoir d’achat des ménages diminue et la pauvreté, notamment des familles monoparentales, s’accroît. Le résultat de décennies de déni et d’incurie budgétaires.



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Author : Béatrice Mathieu

Publish date : 2026-10-01 04:00:00

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