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Aux Pays-Bas, Van Gogh grandeur nature


Il y a quelque chose d’intimidant à redécouvrir tous ces Van Gogh réunis dans un même lieu. L’événement pourrait même s’apparenter au déballage de trésors, mais, dans ce village forestier d’Otterlo, au centre des Pays-Bas, il s’agit plutôt de se projeter derrière le mythe du peintre à l’oreille coupée pour contempler un homme au travail qui, tableau après tableau, puise son inspiration autant dans ses luttes personnelles que dans ses aspirations humanistes.

Avant d’être une institution muséale, le Kröller-Müller fut le rêve d’une femme, Helene Kröller-Müller, qui constitua, au début du XXe siècle, l’une des plus importantes collections privées d’art moderne d’Europe, puis en fit don à l’Etat néerlandais, en 1935, avec le souhait de la rendre accessible au plus grand nombre. Vincent van Gogh occupe une place de choix dans ce fonds, enrichi depuis, avec 88 peintures et 172 œuvres sur papier.

Aujourd’hui, pour la première fois depuis 1984, l’ensemble des toiles de l’artiste gardées à Otterlo sont montrées simultanément. Souvent prêtées à l’étranger, objets d’études ou de restauration, les voilà enfin réunies au complet, offertes à tous les regards.

Vincent van Gogh, « Portrait de Joseph Roulin », février-mars 1889.

Pour Renske Cohen Tervaert, femme orchestre de l’exposition, c’est une invitation à regarder Van Gogh dans la durée, autrement qu’à travers le filtre de la légende parfois encombrante d’une icône mondiale : la pauvreté, la folie, la mort à 37 ans, les prix faramineux. Sur les cimaises, pas de génie frappé par une révélation, donc, mais un peintre en recherche, habité par l’empathie. La commissaire a d’ailleurs construit le parcours autour des notions de foi, d’espérance et de charité, qui renvoient aux trois vertus théologales évoquées par l’artiste, alors étudiant en théologie, dans son premier sermon prononcé à Richmond à l’automne 1876. Une fois sa vocation religieuse abandonnée pour se tourner vers l’art avec le soutien de son frère Théo, le jeune prédicateur, fils de pasteur protestant, ne renonce pas à sa quête de sens. Au contraire, la peinture, devient pour Vincent Van Gogh le moyen d’offrir réconfort et espoir à ceux qui la regardent.

Vincent van Gogh, « Quatre tournesols fanés », août-octobre 1887.

Bien sûr, il y a aussi la couleur et, avec elle, une révolution quand les bruns et les ocres des débuts néerlandais cèdent la place aux aplats éclatants, dont le jaune citron devient la teinte signature. Paris apporte au peintre les impressionnistes et les estampes japonaises, tandis qu’Arles lui offre une lumière nouvelle. Sa palette s’épaissit, vibre. La touche, rythmée, devient le sujet même de la peinture. Les Mangeurs de pommes de terre, Le Semeur, le Pont de Langlois, la Terrasse de café le soir ou encore les Quatre Tournesols fanés : les compositions emblématiques sont là, nous racontent ce qui les précède et ce qu’elles annoncent. C’est l’un des mérites de cette réunion, résumé en un paradoxe : désacraliser Van Gogh en le reliant étroitement à son cheminement spirituel.

Le site, fameux, joue aussi son rôle dans la visite en y ajoutant une dimension romanesque. Après les salles, on retrouve les arbres centenaires du parc national De Hoge Veluwe, entre lesquels se déploie le vaste jardin de sculptures du Kröller-Müller Museum, qui voit les œuvres de Jean Dubuffet, Auguste Rodin, Barbara Hepworth ou Jean Arp dialoguer avec le paysage. Une manière de prolonger l’expérience Van Gogh : sortir du musée, mais continuer à voir la création à l’œuvre.



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Author : Letizia Dannery

Publish date : 2026-10-03 08:30:00

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