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« Le plan B, c’était de défendre l’erreur de jeunesse » : affaire Bardella, les jours d’après au RN

« Oh, la circulation de l’information au parti, vous savez… » La déclaration, laconique, est signée d’un élu RN. La transparence, il est vrai, n’a jamais été la culture du mouvement d’extrême droite. Et cela se vérifie depuis quelques jours, alors que Mediapart a révélé, le 28 septembre, des propos antisémites qu’aurait tenus Jordan Bardella entre 2013 et 2015. Au parti, la nouvelle a fait l’effet inverse d’une bombe et a eu pour conséquence de resserrer les rangs. Publiquement du moins.

Retour sur la chronologie. Lundi 28 septembre, Marine Le Pen déambule au salon Batimat. Elle vient de décliner ses propositions sur le logement. Elle est interpellée, au détour d’un couloir, par une poignée de journalistes, l’informant des propos qu’aurait tenus, dans sa jeunesse, son Premier ministre potentiel – qui aurait notamment déclaré que « toutes les banques sont détenues par des juifs » ou que « le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler ». La candidate à la présidentielle ouvre de grands yeux, assure qu’il s’agit « d’une dinguerie » et ajoute : « Je ne sais même pas de quoi vous parlez. » Hic : l’entourage de Jordan Bardella, lui, jure que Marine Le Pen avait bel et bien été mise au courant en amont. « Marine a appris qu’il y avait un truc dimanche soir », assure aujourd’hui un proche de la députée du Pas-de-Calais, ajoutant que cette dernière n’avait pas été informée du contenu de la publication.

Un avertissement pour Bardella

Sortez les rames. Comme il est de coutume, au RN, la crise est gérée à l’étouffée. Aucune réunion n’est convoquée, aucune explication donnée devant les principaux cadres, ni par Jordan Bardella, ni par Marine Le Pen. Les deux têtes du parti se sont entretenues, par téléphone, le lundi soir. Leur discussion n’a pas fuité. Des éléments de langage circulent rapidement sur les boucles à destination des élus, priés d’investir les plateaux de télévision pour assurer la défense du numéro deux, tandis que ce dernier assure son propre SAV sur le plateau de CNews. Les parlementaires devront attendre la réunion hebdomadaire du groupe RN à l’Assemblée, le mardi, pour obtenir l’explication en direct de Jordan Bardella, qui leur affirme à nouveau n’avoir jamais tenu de tels propos et déposer une plainte en diffamation.

Une poignée de cadres, tout de même, lance un avertissement. La ligne de défense choisie par Jordan Bardella est un « aller sans retour ». « Avant de monter au créneau, je me suis personnellement assuré, d’abord, qu’il s’engage à ce que ce soit faux, mais aussi qu’il s’engage à avoir conscience que, si c’était vrai, c’était un truc sans retour, détaille l’un d’eux. Politiquement, tu ne te remets pas de mentir à la France entière. » Car si, officiellement, tous les élus frontistes crient haut et fort au mensonge, l’hypothèse selon laquelle les déclarations exhumées par Mediapart étaient bien celles de Jordan Bardella a été envisagée par certains cadres du parti. « Le plan B, c’était de défendre l’erreur de jeunesse, assure un élu. Tu perds 5 à 10 points d’opinion, tu peux rester à la tête du RN. »

Critique de la défense judiciaire

Ils sont plusieurs, également, à critiquer la défense judiciaire adoptée par le président du RN, qui a choisi de déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction au tribunal judiciaire de Paris pour diffamation, soit le choix délibéré d’une procédure longue. « On peut en effet estimer que ce n’est pas terrible, déplore un cadre. Mais là encore, on n’a eu aucune info. » David Dassa, l’avocat choisi en premier lieu par Jordan Bardella, a d’ailleurs été écarté des plateaux après une piètre prestation télévisée qui a suivi les révélations de Mediapart. Quand il évoque sa plainte en diffamation, le président du RN avance désormais le nom de Pascal-Pierre Garbarini, avocat intervenant régulier sur CNews.

Le parti, pourtant, choisit de faire bloc. Marine Le Pen en premier lieu, qui réaffirme à plusieurs reprises son soutien à Jordan Bardella, le présentant à nouveau, ce mardi, comme son Premier ministre en cas de victoire à la présidentielle. La candidate, toutefois, n’a pas relayé le texte d’explication publié par Jordan Bardella sur son compte X. Tout comme elle a laissé, encore, son poulain répondre aux questions des journalistes à ce sujet. « Oui, elle le soutient, mais elle est candidate à la présidentielle avec 35 % des intentions de vote, commente un lieutenant. Elle ne va pas non plus se suicider. »

« Elle ne va pas non plus se suicider »

C’est d’ailleurs seule que Marine Le Pen défilait, ce mercredi, au sommet de l’élevage à Cournon-d’Auvergne. Jordan Bardella, lui, s’est contenté de publier une vidéo sur son compte X, rendant hommage aux victimes de l’attentat du 7 Octobre. Les équipes dirigeantes s’étaient renseignées sur les hommages organisés, mais la piste a finalement été abandonnée.

En interne, peu admettent aujourd’hui que l’affaire pourrait avoir des répercussions sur le duo formé par les deux dirigeants frontistes. Les cadres bottent en touche, et assurent que Jordan Bardella reste « évidemment » l’option numéro 1 pour Matignon en cas de victoire. Les arguments de défense, eux, commencent lentement à changer de registre. Pour justifier la théorie selon laquelle les informations de Mediapart reposeraient sur un mensonge, un élu avance : « Ça ne colle pas. Je ne vois pas comment quelqu’un d’aussi arriviste aurait pu, à l’époque et même aujourd’hui, prendre autant de risques. » Quand on a des amis comme ça…



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Author : Marylou Magal

Publish date : 2026-10-08 04:45:00

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