Une bataille après l’autre. Fort de ses 66,17 % des voix dès le premier tour, Raphaël Glucksmann a roulé sur la primaire. A-t-il pour autant éliminé Olivier Faure, premier secrétaire balayé et piqué au vif ? Réduit à néant les espoirs de François Hollande l’embusqué ? Inquiété Jean-Luc Mélenchon, l’insoumis en dynamique ? Officiellement candidat à la présidentielle, le co-président de Place publique poursuit donc son ascension de l’Himalaya… des difficultés.
La victoire tactique sur François Hollande
La vie est une histoire vraie. Dimanche 11 octobre, 18h30, François Hollande dîne-t-il des grives ? Son triomphe stratégique – la consécration de la ligne anti-LFI pour la présidentielle au PS – a des allures de défaite tactique. Sans doute aurait-il préféré autre chose qu’un plébiscite de Raphaël Glucksmann en guise de primaire, comme une victoire un peu plus conventionnelle, en deux tours… Comment, dès lors, prétendre « débrancher » un candidat aussi puissamment légitimé par les militants et sympathisants du PS, de Place publique et de ces autres micropartis affiliés au processus ?
D’ailleurs, pour qui a voté celui qui promettait de donner le nom de son champion, avant de se murer dans le silence ? Glucksmann ? Jérôme Guedj ? Le mystère reste entier, car son entourage esquive désormais la question, même s’il admet qu’il a effectivement choisi un bulletin. Beau joueur, l’ancien président s’est tout de même fendu d’un message de félicitations au vainqueur… parfumé à la mise en garde. S’il a, en substance, salué « la large victoire » de l’eurodéputé, « qui clarifie une ligne et engage une démarche qui doit donner de l’élan », il voit surtout cet événement comme une « première étape », dit son entourage. Jusqu’à décembre, François Hollande continuera donc de donner dans cette bienveillance qui le caractérise : « S’il est haut, je ne vais pas l’empêcher, sinon, on verra », répète-t-il en petit comité depuis près de six mois.
Le dangereux déni d’Olivier Faure
Le poids des mots. Olivier Faure n’a jamais cru aux miracles. « Tout score a une valeur pour l’avenir », le rassuraient ses amis pour le convaincre de participer à la primaire. Sa défaite, le premier secrétaire du PS l’avait donc déjà acceptée ; le chantre de l’union, qui n’a pas renoncé à tendre la main aux insoumis durant les débats, s’arrogerait alors une autre mission. « Si Raphaël Glucksmann l’emporte, je ferai sa campagne en pesant un max pour qu’elle ne soit pas déconnatoire (sic) », confiait-il à l’été. Distancié de plus de 50 points par son rival, le maître de la vieille maison s’est dimanche soir adressé aux 14,48 % qui l’ont choisi. « Vous toutes et tous, avez dit une chose : nous gagnerons cette présidentielle par la gauche unie, la gauche socialiste, écologiste, communiste, la gauche syndicale, la gauche associative » – le vainqueur n’y compte pas que des amis…
« Aujourd’hui, les électeurs qui ne sont pas fixés sur Jean-Luc Mélenchon ont besoin de sentir que le candidat désigné par cette primaire a un positionnement au cœur de la gauche, et qu’il a l’intention de rassembler cette gauche, dit Laurent Baumel sur BFM TV. Ça reste un chantier que Raphaël Glucksmann devra prendre à bras-le-corps. Et on sera là pour l’aider ». Perfide main tendue d’une direction aux abois, toujours détentrice de l’appareil socialiste et de sa trésorerie.
Auront-ils les moyens de leurs pressions ? « Je rappelle qu’on a 41 % du PS avec nous depuis le dernier congrès : si on joue aux cons, on se fait débarquer la prochaine fois par les 59 % restant. Alors on se fait violence et on fait campagne », songe un intime d’Olivier Faure. Le PS se rappelle quelques mauvais souvenirs : après sa victoire à la primaire de 2011, François Hollande avait dû cohabiter avec Martine Aubry à la tête du parti et cela ne l’avait pas aidé au cours des mois suivants, y compris après son entrée à l’Elysée.
Le retard structurel avec Jean-Luc Mélenchon
Le choc des photos. Au pupitre du Solaris, dans le XXe arrondissement de Paris, Raphaël Glucksmann s’est triomphalement proclamé « candidat de la rupture avec l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche française ». Mais l’insoumis aime signifier qu’il n’y a que lui à bâbord. Plus tôt dans la journée, le tribun accueillait 10 000 personnes à Clermont-Ferrand, réservant sa salive pour la jeunesse, les éco-régions, la VIe République, et quelques flèches pour Edouard Philippe ou Marine Le Pen. Le quadruple candidat dicte ainsi le tempo de la campagne, à coups de polémiques, de mesures radicales et autres grands rendez-vous avec le public.
À six mois du premier tour de l’élection présidentielle, Raphaël Glucksmann souffre, lui, d’un retard structurel. L’ancien essayiste tente toujours de « démentir le récit d’une tripartition de la vie politique », de démontrer la pertinence de sa candidature et desserrer la tenaille d’Édouard Philippe et de Jean-Luc Mélenchon. Glucksmann parviendra-t-il à incarner, avec autorité lors des débats, d’innovantes propositions, planche de salut de son existence lors des prochains mois ? Les joutes organisées durant la primaire de la galaxie socialiste n’ont pas vraiment permis de lever l’hypothèque. La formule appartient à la mythologie de la gauche : enfin les difficultés commencent.
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Author : Mattias Corrasco
Publish date : 2026-10-12 05:18:00
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