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Dans la « boîte à outils » de Donald Trump : ses ficelles pour tromper l’adversaire


Dix années de Trump, déjà. Une décennie entière depuis sa première élection ! Presque 4 000 jours haletants (dont deux tiers à la Maison-Blanche) à regarder ce chef d’Etat comme on suit une télé-réalité. Cela devrait suffire pour tout savoir sur le 45e et 47e président des Etats-Unis, ses provocations, son mépris des normes, son goût du clinquant, ses tweets scandaleux, ses procès, ses rencontres avec Kim, Vladimir et Volodymyr, l’insurrection du 6 janvier 2021, et on en oublie. Une conclusion ? Quand sa survie est en jeu, Donald Trump ne renonce jamais. Alors que les sondages prédisent au Parti républicain une déculottée aux midterms du 3 novembre, le président parcourt le pays de meeting en meeting pour tenter de limiter la casse électorale et faire ce qu’il fait de mieux : galvaniser ses supporters mécontents de l’inflation et de la guerre en Iran.

« S’il perd la majorité à la Chambre des représentants ou au Sénat (ou les deux), Donald Trump sera, comme tous les présidents en fin de mandat, affaibli pour les deux années restantes, note l’expérimenté Dan Balz, un ancien du Washington Post. Mais attention, un Trump blessé est un animal dangereux. » Qui ne lâchera rien. Pour comprendre ce qui attend l’Amérique – et le monde – mieux vaut donc consulter le « mode d’emploi » trumpien proposé par Jeffrey Sonnenfeld, qui a publié avant l’été Trumps’ Ten Commandments : Strategic Lessons from the Trump Leadership Toolbox (Les dix commandements de Trump ; leçons stratégiques de la boîte à outils du président ; non trad.) où l’auteur dresse la liste des trucs et astuces (dix en tout) dont le président use et abuse afin de maintenir au pouvoir : diviser pour régner, monopoliser l’espace médiatique, flatter les uns, abandonner les autres, séduire lorsqu’il le faut, insulter la terre entière si ça peut servir, etc.

Trumps’ Ten Commandments : Strategic Lessons from the Trump Leadership Toolbox (Les dix commandements de Trump ; leçons stratégiques de la boîte à outils du président ; non trad.), par Jeffrey Sonnenfeld, avec Steven Tian. Éditeur : Worth. 2026.

« Là où les médias, commentateurs et adversaires politiques se trompent, c’est qu’ils voient en lui un être stupide, incompétent et impulsif alors qu’au contraire sa façon d’exercer le pouvoir répond à une technique bien rodée, pas du tout improvisée, mais mûrement réfléchie et appliquée avec constance depuis dix ans », affirme Jeffrey Sonnenfeld, qui fréquente l’animal depuis les années 2000.

L’art (subtil) de se tirer dans le pied

Consultant en leadership, ce professeur en management à l’université de Yale a conseillé des centaines de PDG et cinq présidents américains dont Donald Trump, avec lequel il est depuis brouillé (et le livre qu’il lui consacre n’arrangera pas les choses). Or pour Jeffrey Sonnefeld, qui connaît Donald Trump depuis plus de vingt ans, une qualité, chez ce dernier, domine toutes les autres : son aptitude à fabriquer des « breaking news » à répétition. « En matière de diversion d’attention et d’écran de fumée, le magicien Harry Houdini [1874-1926] ne lui arrive pas à la cheville, explique-t-il à L’Express. Cas unique dans l’histoire, il est le seul responsable politique ayant jamais existé et, sans doute, que nous ne connaîtrons jamais, capable d’aller jusqu’à se ‘tirer une balle dans le pied’ droit afin que les gens cessent de regarder son pied gauche. Confrontés à un bad buzz, les autres politiques cherchent toujours à contrebalancer une séquence médiatique négative par des bonnes nouvelles. » Pas Trump. Pour lui, une mauvaise publicité vaut mieux que pas de publicité.

« Effacer » Stormy Daniels, l’ex-playmate de Playboy

Ainsi, en février dernier, il publie une caricature générée par l’IA du couple Obama représenté en singes sur son réseau Truth Social. Une gaffe ? « Absolument pas, répond Sonnenfeld. Le timing de ce message raciste n’avait rien de fortuit. Donald Trump savait ce qu’il faisait : c’était calculé pour couvrir le bruit médiatique causé par la publication, quelques jours plus tôt, des dossiers Epstein (5 300 documents contenant 38 000 références à Trump, à son épouse et à sa résidence de Mar-a-Lago). » Un autre exemple ? En 2019, alors que son conseiller Michael Cohen doit témoigner contre Trump devant un tribunal de New York dans l’affaire Stormy Daniels, le président organise une rencontre le même jour avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Résultat, la couverture du scandale sexuel impliquant le président et l’ex-playmate de Playboy passe au second plan. Et l’on pourrait allonger à l’envi la liste de ces subtils manœuvres.

Donald Trump est le ‘sultan de l’insulte’

Jeffrey Sonnenfeld

Récemment, Donald Trump a lancé la construction d’une arche de triomphe en plein Washington, déclarant soudain qu’elle pourrait servir… de base pour des drones ! Une folie. Qui fait dire à Anthony Scaramucci, éphémère dircom de la Maison-Blanche voilà dix ans, aujourd’hui revenu de ses illusions : « Evidemment qu’il s’agit d’une diversion. L’objectif est qu’à Washington, l’on parle moins de la guerre en Iran, de l’inflation et du prix de l’essence, mais davantage des projets immobiliers du président », explique-t-il dans un podcast.

Expert en la matière, Donald Trump est aussi un « sultan de l’insulte », selon Sonnenfeld. « Trump manie cette arme avec un certain génie, à la manière d’un humoriste. Les gens sont tellement surpris par la rupture des règles et des conventions sociales qu’ils tendent l’oreille. Cette méthode, connue des spécialistes de la psychologie cognitive, est hyperefficace pour surnager dans le brouhaha médiatique », pointe encore l’auteur des Dix commandements. Après Crooked Hillary (Clinton, la malhonnête), Sleepy Joe (Biden l’endormi), Camarade Kamala (la communiste) et tant d’autres, le président a une nouvelle cible : James Talarico, le candidat démocrate bien placé pour ravir le poste de sénateur du Texas aux républicains – ce qui serait historique dans cet Etat conservateur. Donald Trump l’a rebaptisé « Talafreako », soit Tala-le-taré.

Village People, Rolling Stones… Il soigne ses playlists

Autres facettes, moins connues du chef de l’Etat : son charme et son sens – calculé – de l’autodérision. « Je l’ai vu à l’œuvre. Avec les visiteurs qu’il veut séduire, sa technique consiste à leur montrer l’envers du décor. Il leur fait comprendre que sa vie de président n’est qu’un jeu et, qu’en réalité, il joue un rôle sans tout à fait y croire lui-même. En la jouant modeste et faussement complice, il donne l’impression à ses interlocuteurs que ceux-ci pourraient facilement prendre sa place. C’était aussi le principe de son émission de télévision The Apprentice. Il faisait entrer les spectateurs dans les coulisses de son entreprise. Et c’est ainsi que les gens s’identifiaient à lui. »

Infiniment soucieux de toujours prendre son monde à contre-pied, Donald Trump veille aussi personnellement à l’élaboration des playlists de ses meetings. Pour le moins inattendue venant d’un rouleur de mécanique, celle-ci inclut le tube gay Y.M.C.A., des Village People, et la chanson des Rolling Stones You Can’t Always Get What you Want dont les paroles expriment l’idée que « l’on ne peut pas toujours obtenir ce que l’on veut », soit l’exact inverse de ce qu’il pense et qu’il fait. « Ces dissonances cognitives participent à l’effet déstabilisant qu’il recherche en permanence », décrypte Sonnefeld.

Quoique réputé souffrir de trouble de l’attention et d’une capacité de concentration limitée, Donald Trump serait toutefois un bon « écouteur » et un bon « apprenant ». « Certes, il ignore beaucoup de choses théoriques dans de nombreux domaines – l’histoire, la géopolitique, etc. –, mais il n’est pas stupide. Lorsqu’il veut apprendre quelque chose, il s’en donne les moyens. Ignorant ne signifie pas idiot. Par exemple, il ne savait rien du « gerrymandering » [NDLR, le découpage des circonscriptions électorales]. Lors de son premier mandat, je lui ai présenté des experts du sujet et j’ai constaté qu’il était très sophistiqué et appliqué dans son écoute. »

95 % de ce que les médias écrivent à son sujet est faux

J.D. Vance, vice-président des Etats-Unis

Autre paradoxe : si Donald Trump déteste être contesté en public, il accepte les opinions divergentes dès que les caméras sont éteintes. Il n’aime rien tant que rallier à lui d’anciens adversaires, y compris ceux qui l’ont étrillé dans le passé, comme le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, le vice-président J.D. Vance ou Jeffrey Sonnenfeld lui-même. Ce dernier a en effet fait la connaissance de Trump au début des années 1990 à la suite d’un article critique sur l’émission The Apprentice publié dans le Wall Street Journal. Trump a alors appelé le consultant afin d’exiger des excuses publiques. Mais après une longue conversation, il a surpris Sonnenfeld en lui proposant un emploi. Plus tard, lui et sa femme ont accepté de jouer au golf avec Trump et ils se sont liés d’amitié.

En somme, le personnage privé serait très différent de l’homme public, ainsi que l’assure aussi J.D. Vance. En 2021, lui qui, quelques années auparavant, avait traité le président de « Hitler américain », demande à le rencontrer… et tombe sous le charme. « Passer dix minutes avec lui, c’est se rendre compte que 95 % de ce que les grands médias écrivent à son sujet est faux », assure le vice-président dans une récente interview à Vanity Fair. « Il n’est tout simplement pas cette personne-là. Il est bien plus chaleureux. » Ajoutons tout de même : ça dépend avec qui. Car pour Trump, le monde se divise entre winners et loosers, au-delà de toute affiliation partisane.

Un « winner » de gauche vaut mieux qu’un « looser » de droite

Ainsi, il respecte davantage les « gagnants » démocrates que les « perdants » républicains. « Ce qui compte à ses yeux, c’est le nombre de supporters que telle ou telle personne est capable de mobiliser. » Avec la boussole du succès comme seul critère, il nourrit du respect pour le sénateur Bernie Sanders et le maire de New York Zohran Mamdani. A l’inverse, l’ancienne gouverneure de l’Alaska Sarah Palin et l’ex-maire de New York Rudy Giuliani, qui furent pourtant ses premiers soutiens, ne méritent plus la moindre attention. Chez Donald Trump, l’exigence de loyauté est à sens unique.

Dépourvu d’idéologie et de convictions solides, celui qui fut naguère démocrate (lorsque ce parti avait le vent en poupe, sous Bill Clinton) ne peut même pas être classé dans la catégorie des conservateurs. « Avant de se lancer sous l’étiquette rouge du Parti républicain, Donald Trump avait initialement envisagé de le faire sous celle, bleue, du Parti démocrate, en se positionnant comme un populiste de gauche, encore plus à gauche que Bernie Sanders, révèle Jeffrey Sonnenfeld, présent à son côté lorsque le promoteur immobilier réfléchissait à se lancer. Puis il a rencontré Steve Bannon qui l’a fait changer d’avis. » Rouge, bleu, violet ou autre : depuis dix ans, le président en aura fait voir de toutes les couleurs.

(*) Trumps’ Ten Commandments : Strategic Lessons from the Trump Leadership Toolbox (Les dix commandements de Trump ; leçons stratégiques de la boîte à outils du président ; non trad.), par Jeffrey Sonnenfeld, avec Steven Tian. Éditeur : Worth.



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Author : Axel Gyldén

Publish date : 2026-10-14 05:00:00

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