Six mois, et puis plus rien ? Depuis Bruxelles, ce mercredi 14 octobre, la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, a prévenu : si elle remporte la présidentielle au printemps prochain, elle arrêtera l’aide financière accordée par la France à l’Ukraine.
« Nous cesserons l’aide financière car nous n’avons plus les moyens de le faire », a-t-elle justifié devant les caméras de la télévision flamande VRT News en marge d’une réunion à Bruxelles avec ses alliés européens d’extrême droite, le groupe des Patriotes. Elle a par ailleurs indiqué qu’elle laisserait un répit à Kiev, pour ne mettre personne « au pied du mur ». De six mois donc, après son éventuelle accession à l’Élysée.
C’est la première fois que la candidate du RN précise un délai avant l’arrêt des aides. Son message, en revanche, n’est pas nouveau. Depuis plusieurs semaines, Marine Le Pen affirme que la France ne peut plus financer le soutien à l’Ukraine. Le 16 septembre, sur LCI, elle distinguait déjà les formes d’assistance qu’elle accepterait de maintenir de celles qu’elle entend supprimer. « On peut continuer à former leurs soldats, leurs armées, on peut continuer à leur apporter du matériel pour pouvoir se défendre. Mais financièrement, nous ne pouvons plus parce qu’on ne peut pas dire d’un côté ‘il n’y a pas un euro pour indexer les retraites’ mais en revanche il y a des milliards pour la contribution européenne ».
Des lignes rouges militaires à la contrainte financière
Si la volonté de désengagement français sous la présidence de l’extrême droite était donc connue, les raisons invoquées, elles, ont quelque peu évolué ces derniers mois. Longtemps, Marine Le Pen a contesté certaines livraisons d’armes au nom du risque d’escalade. En avril 2022, deux mois après le début de la guerre, elle déclarait : « Je suis plus réservé quant aux livraisons d’armes directes. Pourquoi ? Parce que […] la frontière est mince entre l’aide et le fait de devenir cobelligérant ». À l’époque, la dirigeante du parti à la flamme invoquait le danger d’une escalade susceptible d’entraîner d’autres pays dans le conflit et plaidait pour un rapprochement stratégique entre l’Otan et la Russie, une fois la guerre terminée.
Deux ans plus tard, à la veille du second tour des élections législatives anticipées de 2024, la même ligne rouge structurait encore son discours. Dans un entretien à CNN, le 5 juillet 2024, elle promettait qu’un gouvernement RN empêcherait l’envoi de soldats français en Ukraine et reviendrait sur l’autorisation d’utiliser des armes françaises de longue portée contre des cibles en Russie.
Le changement de ligne semble intervenir depuis la rentrée politique 2026 tout au plus, pour une majorité de cadres du parti d’extrême droite. Le 3 septembre, Louis Aliot, vice-président du RN, proposait ainsi de « couper le robinet » des aides à Kiev. Quelques jours plus tard, c’est le député Laurent Jacobelli qui oppose ce soutien aux efforts demandés aux Français sur leurs retraites ou leurs soins, évoquant une France en « quasi-faillite ». Enfin, Marine Le Pen reprend elle-même la mise en concurrence entre solidarité extérieure et dépenses nationales. Ce 14 octobre, elle décrit un pays « au bord du défaut » de paiement et invite d’autres États européens à assurer la relève. Kiev pourrait se tourner vers « d’autres pays de l’Union européenne qui sont dans une situation financière meilleure que la France et qui pourront très certainement prendre le relais », a-t-elle déclaré à Bruxelles, sans préciser lesquels. Une ligne défendue depuis un peu plus longtemps par Jordan Bardella, député européen et président du RN, pourtant davantage pro-ukrainien que sa mentore. « Aider l’Ukraine, oui », affirmait-il dans un entretien au magazine Le Point en mai 2026, mais sans lui « envoyer […] l’argent que la France n’a pas et qui manque cruellement pour financer sa propre économie ».
Une goutte d’eau dans les finances publiques
Reste à mesurer l’économie promise par les dirigeants du RN. Est-elle substantielle ou n’est-ce qu’une promesse populiste ? Selon les données de l’institut de Kiel reprises par Le Monde, la France a alloué 26,2 milliards d’euros à l’Ukraine entre février 2022 et juin 2026, aides bilatérales et contribution aux dispositifs européens comprises. Soit environ 6 milliards par an : moins de 2 % des dépenses de l’Etat et l’équivalent de quelque 4 % du déficit budgétaire de 2025.
Et ce total ne correspond pas uniquement à des transferts financiers. Il comprend aussi les équipements militaires, dont Marine Le Pen dit vouloir poursuivre certaines livraisons. Le périmètre du « robinet » à fermer reste donc à préciser : transferts financiers directs, contribution aux mécanismes européens, ou les deux ?
Le ministre actuel des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a dénoncé, dès le 17 septembre, une position « irresponsable », reprochant à Marine Le Pen de placer Kiev et Moscou à « équidistance ». « Ce que cela signifie, c’est que si Marine Le Pen avait été élue en 2022, l’Ukraine aurait sans doute été contrainte de capituler et nous aurions une Russie surarmée et menaçante à nos frontières », avait-il déclaré sur LCI, en estimant que le Rassemblement national « fait le jeu » du Kremlin. Même constat pour Gabriel Attal, ancien Premier ministre et actuel candidat Renaissance à la présidentielle, crédité de 11 %. « On le sait qu’elle veut laisser les Ukrainiens se faire trucider, ça ne lui pose absolument aucun problème », a-t-il dénoncé au micro de franceinfo ce jeudi 15 octobre. Et d’ajouter : « On le sait qu’elle défend les intérêts de la Russie ».
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Author : Célia Cuordifede
Publish date : 2026-10-15 11:07:00
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