Vladimir Poutine poursuit son offensive contre les entreprises européennes. Jeudi 15 octobre, le président russe a signé un décret, qui place sous “administration temporaire” les actifs de cinq entreprises occidentales implantées sur son sol : le fabricant de revêtements de sol français Tarkett, l’allemand spécialisé dans les emballages Menshen, le groupe suédois Sverige International Holdings, le fabricant belge de produits d’hygiène Ontex, et les activités de l’ancien groupe européen Eviosys, désormais détenu par l’américain Sonoco. Selon les informations du média Euronews, ces sociétés pèsent à elles réunies environ 50 milliards de roubles, soit 532 millions d’euros de chiffre d’affaires produit chaque année depuis le territoire russe.
Chacune d’entre elles avait décidé de maintenir son activité en Russie après que cette dernière ait attaqué l’Ukraine. Tarkett, qui y possède deux usines, a confirmé à Reuters avoir perdu le contrôle de ses activités sur place, leur gestion ayant été confiée à des entreprises russes désignées par le Kremlin.
Nestlé, Auchan… L’offensive russe qui dure depuis 2023
Ces nouvelles prises de contrôle viennent raviver une politique de saisie des actifs étrangers lancée par le Kremlin depuis 2023. En avril de cette année-là, un premier décret présidentiel avait créé pour l’Etat russe cette autorisation de placer sous “administration temporaire” les actifs d’entreprises appartenant à des pays jugés “inamicaux”. Dans la pratique, les propriétaires étrangers conservent officiellement leurs titres de propriété, mais perdent le contrôle de leur activité. Les premières entreprises visées étaient alors le groupe français Danone, et le brasseur danois Carlsberg, qui ont depuis été contraints de cesser leurs activités en Russie. En septembre 2026, le Kremlin a aussi placé sous tutelle les actifs d’Auchan (Français), Nestlé (Suisse) et Metro (Allemand).
Le Kremlin assume ouvertement le caractère politique de ces opérations. Vendredi 16 octobre, son porte-parole Dmitri Peskov a expliqué que “leur pays d’origine a été l’un des facteurs pris en compte dans cette décision”, en accusant ces Etats de se livrer à des “expropriations illégales de biens russes”. Moscou dénonce notamment le gel d’environ 210 milliards d’euros d’avoirs de la Banque centrale russe dans l’Union européenne depuis février 2022, décidé en représailles quatre jours après l’invasion de l’Ukraine par le Conseil de l’UE. Ces mesures sont toutefois “réversibles” a explique le même jour le Kremlin, indiquant que les nations européennes de chaque entreprise ont été visées car elles étaient impliquées dans “des hostilités directes sur le champ de bataille” contre la Russie.
Quelle porte de sortie pour les entreprises européennes ?
Si le maintien en Russie devient de plus en plus compliqué pour les entreprises occidentales, leur départ n’est nécessairement pas plus simple. Les conditions de cession d’activité ont été durcies ces dernières années, avec notamment d’importantes décotes imposées sur les prix de vente, une taxe de sortie et la nécessité d’obtenir une autorisation des autorités russes. Lors des précédentes saisies de septembre, Paris avait dénoncé une mise sous tutelle « sans justification » et demandé aux autorités russes de revenir sur leur décision, ce qui n’a pour l’heure pas eu lieu.
Les entreprises concernées disposent-elles encore d’un recours ? Selon Arnaud de Nanteuil, professeur de droit à l’université Paris-Est Créteil, interrogé par le site Le Club des juristes le 25 septembre, ces prises de contrôle peuvent être considérées comme des expropriations illégales.
Les entreprises françaises ont la possibilité de saisir un “tribunal arbitral international” — c’est-à-dire une juridiction indépendante chargée de régler les litiges entre des États et des investisseurs étrangers — pour réclamer une indemnisation à Moscou. Pour autant, obtenir réparation reste très difficile : dans l’affaire Ioukos, du nom d’un géant pétrolier russe démantelé par Moscou au début des années 2000, la Russie a été condamnée en 2014 à verser 50 milliards de dollars à ses anciens actionnaires, qui sont très loin d’avoir reçu la totalité de ces indemnités.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-10-17 13:11:00
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