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Supermarchés piratés, barrages à sec : l’eau, l’énergie et l’alimentation, un triangle vital menacé

C’est une réunion technique passée inaperçue qui s’est tenue le 15 septembre au siège de l’Otan, à Bruxelles. Des responsables de l’organisation en charge des actions de résilience y ont rencontré des représentants des secteurs de l’eau, de l’énergie et des communications. Leur sujet : maintenir les services essentiels en cas de crise ou de conflit. En apparence, c’est une réunion de spécialistes et, pourtant, ces discussions touchent au fondement de nos sociétés : la possibilité de vivre sans devoir, chaque matin, organiser notre survie. Car, de plus en plus, nous sommes rappelés à la fragilité de ce quotidien qui allait de soi jusqu’à peu.

Dernier épisode en date dans ces disruptions à répétition du quotidien, une cyberattaque a déréglé les installations frigorifiques dans plusieurs centaines de supermarchés français. Ce qui se joue derrière les rayons de nos supermarchés, c’est la fragilisation du triangle au fondement de toute société moderne : l’alimentation, l’énergie et l’eau. Sans eau, pas de récoltes, pas de production d’électricité ; sans énergie, pas de pompage, de traitement de l’eau, d’engrais ou de conservation des aliments. Chaque sommet du triangle dépend des deux autres et interagit avec eux. Leur bon fonctionnement nous libère du temps pour travailler, apprendre, créer, débattre. Ce confort matériel, cette sécurité du quotidien sont la condition de l’exercice de nos libertés.

Or ce triangle subit des chocs qui se propagent. La sécheresse réduit la production des barrages et complique le refroidissement des centrales, au moment où la chaleur accroît les besoins de climatisation. L’Europe en fait l’expérience depuis cet été, ce qui continue de nourrir de fortes tensions sur les prix de l’électricité. Selon le transporteur français d’électricité, RTE, les stocks des barrages français ont fini l’été à un niveau historiquement bas.

A ces risques climatiques s’ajoutent les menaces délibérées qui se multiplient, avec l’effondrement de l’ordre international hérité de 1945. L’attaque des frigorifiques n’est pas attribuée à cette heure mais, rappelons-le, la stratégie russe de déstabilisation des Européens est documentée : des sabotages contre l’assainissement et l’énergie en Pologne ont été imputés au FSB, le successeur du KGB. Dégrader le quotidien, miner la confiance dans les institutions, dresser les citoyens les uns contre les autres : la cible dépasse largement l’installation visée.

Un paramètre négligé : le prix de l’énergie

Pour penser ensemble ces vulnérabilités, un mot revient, que son utilisation à tort et à travers semble avoir démonétisé alors qu’il résume le nouveau défi de nos sociétés démocratiques : résilience. La Fontaine en avait donné l’image : le chêne est déraciné quand le roseau plie sans rompre. L’Otan lui donne un contenu très concret : se préparer, maintenir les fonctions vitales malgré le choc et retrouver rapidement ses capacités. Nos réseaux ont besoin de cette souplesse pour continuer à fonctionner lorsqu’un de leurs éléments cède, tout comme nos sociétés.

La résilience ne fournit donc aucune réponse unique. Elle exige des solutions adaptées aux territoires, aux équipements et aux besoins. Elle ne se décrète pas davantage d’en haut : les opérateurs, les élus locaux, les entreprises et les habitants doivent savoir ce qu’ils peuvent attendre les uns des autres. Un groupe électrogène en soi n’est rien, il lui faut du carburant et un technicien pour jouer son rôle de secours. Et la confiance compte autant que les équipements : la résilience est aussi un état d’esprit.

Reste une condition majeure, souvent négligée en Europe : il est compliqué d’être résilient avec une énergie chère. « L’énergie est la seule monnaie universelle », rappelle le chercheur Vaclav Smil. Son prix se retrouve dans l’eau distribuée, les aliments produits, les marchandises transportées. Son renchérissement réduit les marges des entreprises qui doivent sécuriser leurs installations et celles des ménages qui doivent affronter une crise. La résilience se prépare avec une énergie disponible, abondante et abordable. Qui plus est, à l’heure des arbitrages budgétaires, cette exigence devrait guider les investissements : protéger en priorité ce qui permet de tenir face aux aléas climatiques comme aux actions hostiles. Cela comprend l’entretien, les compétences et les capacités de réparation. La sécurité de l’essentiel ne garantit certes pas la liberté mais une société condamnée à consacrer toutes ses forces à sa survie n’a plus guère le loisir de choisir son avenir.



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Author : Cécile Maisonneuve

Publish date : 2026-10-17 06:00:00

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