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Île Seguin : pleins phares sur le Large


Dès l’entrée dans le vaste hall d’accueil, les grandes Peintures en frise de Julio Le Parc, une œuvre cinétique monumentale réalisée au début des années 1970 pour la cafétéria de l’usine Renault, donne le ton. Là où des milliers d’ouvriers venaient prendre leur pause, elle accueille désormais les visiteurs du Large, le nouveau centre d’art contemporain de l’île Seguin. Le bâtiment de 5000 mètres carrés, aux volumes puissants et aux reflets cuivrés, conçu par l’agence catalane RCR Arquitectes avec le cabinet français Calq, vient d’ouvrir à la Pointe des arts, à l’extrémité est de l’île.

C’est ici que le fleuron de l’industrie française s’est installé en 1919 pour se vouer, des décennies durant, à la production automobile. Sa fermeture, en 1992, avait laissé une friche immense qu’il s’est agi de réinventer sans effacer ce qu’elle raconte du pays. En 2005, François Pinault renonce à y installer sa fondation au profit de Venise. D’autres projets échouent ou se transforment. L’ouverture de la Seine musicale, en 2017, amorce une reconversion, aujourd’hui prolongée par le Large, porté par Laurent Dumas, le fondateur du groupe Emerige, et dirigé par Paula Aisemberg.

Le bâtiment de 5000 mètres carrés a ouvert à la Pointe des arts, à l’extrémité est de l’île.

A l’étage, une salle d’exposition culminant à quatorze mètres de hauteur offre aux artistes un terrain d’expérimentation adapté aux installations grand format. C’est ici que le visiteur découvre l’exposition inaugurale Moteur imaginaire, pour laquelle la commissaire Cecilia Alemani, par ailleurs directrice artistique de High Line Art à New York, a réuni 120 œuvres de 55 artistes issus de 23 pays, dont 17 commandes inédites. Déroulé en cinq chapitres qui explorent les relations entre l’humain, la machine et la société, le parcours fait dialoguer des pièces de la collection Renault (Arman, Tinguely…) avec des créations contemporaines, qui détournent ou se réapproprient les codes de l’automobile.

Ainsi, R12 cathédrale, de Mohamed El Khatib, Renault 12 croulant sous les valises bon marché, évoque les départs en vacances sur fond de migration et de vie modeste. Dans la vidéo muette de Clément Cogitore, l’usine devient le théâtre d’une réflexion sur les corps, les identités et la mémoire ouvrière, tandis que les Souvenirs cassés de Zhenya Machneva forment une œuvre textile sur laquelle les motifs racontent la fragilité de ce qui subsiste. Citons enfin R23-F1, de Bertrand Lavier, qui a repeint de sa célèbre « touche Van Gogh » une Formule 1 jaune et noir pour en faire, au-delà de l’engin de compétition, un objet à regarder, dont la présence sculpturale tient autant à son histoire qu’à sa carrosserie.

Mohamed El Khatib, « R12 cathédrale », 2026.

Au-delà de l’exposition, le Large participe à une recomposition de la géographie culturelle francilienne. Sa situation, à proximité de pôles économiques importants et d’un réseau de transports appelé à se renforcer avec le Grand Paris Express, constitue un atout. 450 millions d’euros ont été investis dans l’ensemble de la Pointe des arts, qui, outre le centre d’art, abrite un cinéma multiplexe et un hôtel. Pour l’île Seguin, Pierre-Christophe Baguet, le maire de Boulogne-Billancourt, avance un objectif de deux millions de visiteurs par an. Un pari considérable, dont le succès dépendra de l’attractivité culturelle du site, mais aussi de sa capacité à faire vivre ses commerces et ses équipements, une fois l’effet de nouveauté passé. Pour l’heure, le moteur tourne : sur cette bande de terre, l’industrie a laissé la place à l’imagination, sans que la mémoire des chaînes de montage et des grandes luttes sociales ne disparaissent tout à fait.



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Author : Letizia Dannery

Publish date : 2026-10-24 08:27:00

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