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Pourquoi plusieurs pays européens, dont la France, s’opposent au statut de « membre associé » pour le Canada

Les mots choisis sont importants. C’est ce qu’ont tenu à rappeler huit capitales européennes, alors que Bruxelles veut octroyer au Canada le statut de « membre associé » pour sceller son rapprochement avec les Vingt-Sept. Loin d’être contre le projet en tant que tel, Berlin, Paris, ou encore Rome, se sont toutefois positionnées contre cette utilisation sémantique, « floue » et « prématurée », selon elles. « Nous avons clairement mis la charrue avant les bœufs », a déclaré un diplomate à Politico. « Nous annonçons quelque chose et nous cherchons ensuite comment le concrétiser ».

La controverse trouve son origine dans le discours sur l’état de l’Union prononcé en septembre par Ursula von der Leyen. La présidente de la Commission européenne avait alors évoqué la possibilité d’accorder au Canada un statut inédit de « membre associé », prenant de court aussi bien Ottawa que plusieurs gouvernements européens.

Plusieurs capitales, Berlin en tête, reprochent ainsi à la Commission d’avoir annoncé une nouvelle catégorie de partenariat sans en avoir précisé les contours juridiques et politiques ni les avoir consultés au préalable.

Et les Etats membres ne sont pas les seuls à s’interroger. Le Parlement européen lui aussi émet des réserves sur cette terminologie. S’il soutient l’approfondissement des relations avec le Canada, Bernd Lange, président de la commission du commerce international confie ainsi à Politico craindre que la notion de « membre associé » ne soit confondue avec les accords d’association existants.

Un partenariat inédit

La Commission cherche désormais un compromis rédactionnel. L’objectif de Bruxelles est de reconnaître la place particulière du Canada parmi ses partenaires internationaux, sans lui ouvrir la perspective d’une adhésion à l’UE. Et sans non plus se calquer sur les relations établies avec le Royaume-Uni, la Suisse ou les pays de l’Espace économique européen, largement structurées autour de l’accès au marché intérieur.

Car Ottawa ne cherche ni à rejoindre le marché unique ni à adopter les quatre libertés de circulation européennes. Le rapprochement concernerait certains secteurs en particulier, stratégiques pour les intérêts de chacun des partenaires.

Parmi eux figurent notamment une participation accrue du Canada aux programmes Horizon Europe et Erasmus, la construction d’infrastructures sous-marines, la sécurisation des approvisionnements en matières premières critiques et d’éventuels investissements dans un dispositif européen de fonds de pension. Si les avancées sont jugées suffisantes d’ici le prochain sommet UE-Canada en Europe prévu dans un an, le Canada pourrait alors devenir le premier pays à bénéficier de ce statut.

Une réponse aux pressions américaines

Une manière pour les deux parties de rester compétitives dans un contexte tendu. Pour le Canada, l’enjeu est de réduire sa dépendance commerciale vis-à-vis des États-Unis, accentuée par les droits de douane et les pressions politiques de Washington. Le premier ministre Mark Carney entend diversifier les partenaires économiques du pays et moderniser ses infrastructures, notamment énergétiques, historiquement tournées vers le marché américain.

De son côté, l’Union européenne poursuit une ambition comparable de diversification stratégique. Confrontée aux pressions américaines, à la concurrence chinoise et aux tensions avec la Russie, elle cherche à consolider ses relations avec des partenaires jugés fiables.

Un accord renforcé avec Ottawa pourrait notamment favoriser la coopération industrielle, énergétique, technologique et militaire, tout en contribuant à sécuriser certaines chaînes d’approvisionnement.

Des divergences sur le nucléaire

Les négociations sur la déclaration finale restent néanmoins difficiles. Outre la question du statut canadien, les États membres divergent sur la place à accorder à l’énergie nucléaire dans leur future coopération. L’Autriche, par exemple, refuse toute référence à un approfondissement des relations dans ce domaine, tandis que la France, la Roumanie, la Slovaquie et plusieurs autres pays souhaitent maintenir cette possibilité.

Les ambassadeurs européens doivent poursuivre leurs discussions lundi dans la perspective du sommet UE-Canada qui se tient les 29 et 30 octobre à Montréal.

Au-delà des divergences sur la terminologie, le défi pour Bruxelles sera de définir concrètement les contours de son partenariat avec Ottawa. Mais pour l’heure, la création d’un statut de « membre associé » reste très incertaine…



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Author : Juliette Laffont

Publish date : 2026-10-24 15:20:00

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