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Législatives en Israël : Gadi Eisenkot, novice en politique et adversaire numéro un de Benyamin Netanyahou

C’est la mort de son fils à Gaza, qui, dit-il, est au cœur de son engagement politique. Beaucoup d’Israéliens qui étaient devant leur poste de télévision ce 8 décembre 2023 se souviennent encore, non sans émotion, de l’éloge funèbre prononcé par Gadi Eisenkot pour son fils Gal Meir, réserviste de l’armée israélienne, tué à 25 ans dans un bombardement alors qu’il était mobilisé dans la bande de Gaza. Ce moment est une pierre fondatrice de sa conviction et de son style politique : « Sur la tombe de Gal, j’ai juré que le prix qu’il a payé, lui et ses amis, ceux qu’il connaissait et ceux qu’il ne connaissait pas, ne serait pas vain », écrivait-il dans les colonnes du journal Yedioth Ahronoth en avril 2026. Son parti, « Yashar ! » (« intégrité » ou « droiture » en hébreu), est donné favori pour remporter ce mardi 27 octobre entre 20 et 23 sièges sur 120 à la Knesset, le Parlement israélien, soit plus que le Likoud de Benyamin Netanyahou.

Comme le rappelle CNN, le responsable désigné pour former ensuite une coalition de gouvernement ne sera pas forcément le vainqueur des élections. Mais pour le moment, Gadi Eisenkot, 66 ans, se préoccupe peu de stratégie. Sa campagne est l’antithèse de ce que propose son rival, Benyamin Netanyahou : des positions plus modérées, mais fermes, dans un style qui mise sur la clarté mais ne passionne pas toujours les foules… Les correspondants du New York Times ont raconté comment, alors qu’il parcourait un marché à Tel-Aviv pour se faire connaître, des passants l’ont trouvé « trop discret » voire « timide » : il s’était attablé à un café attenant et discutait en tête-à-tête avec les gens. Ce déplacement n’était pas particulièrement médiatisé, et la plupart des clients du marché ignoraient sa présence.

Gadi Eisenkot a, selon ses partisans, les défauts de ses qualités : certains estiment, sondages à l’appui, que sa discrétion permet à Netanyahou de refaire son retard ; d’autres jugent au contraire que son tempérament modéré est exactement ce dont le pays aurait besoin après les outrances de l’actuel Premier ministre. Alors que ce dernier sature l’espace médiatique, son rival, lui, refuse toute interview auprès de médias étrangers.

Ferme sur ses convictions

Car avant d’être une personnalité politique, il est d’abord un militaire de carrière chevronné, issu des services de sécurité. Dès 2003, il a été commandant en Cisjordanie lors de la Seconde Intifada, et a accéléré la construction d’un mur entre la Cisjordanie et Israël. Tourné vers la défense d’un État israélien avec des positions qui le placent à droite de l’échiquier politique – il affirme publiquement ne pas vouloir d’une solution à deux États -, il s’est forgé une réputation de pragmatique ferme sur ses convictions, parfois à un prix très élevé. En 2008, il est à l’origine de la « doctrine de Dahiya », du nom de cette ville proche de Beyrouth, pour répondre aux attaques du Hezbollah. La riposte de l’armée conduit alors à la mort de milliers de personnes et fait des milliers d’autres déplacés, rappelle le New York Times.

Ancien ministre de la Défense en 2015, il a montré une constance dans son soutien aux institutions, notamment lors de l’affaire Azaria, du nom d’Elor Azaria, un médecin militaire filmé en mars 2016 en train de tirer une balle dans la tête d’un Palestinien, blessé et à terre, qui venait de poignarder un soldat israélien. Un tribunal militaire l’a condamné à dix-huit mois de prison, une sentence dont s’est félicité Gadi Eisenkot, alors que l’opinion publique était largement favorable au médecin.

Origines modestes

Plus récemment, il est passé comme ministre sans portefeuille au sein du gouvernement actuel, au nom de « l’unité nationale » après le 7 Octobre, mais s’en est vite distancié. Le fondateur de « Yashar ! » critique aujourd’hui les « guerres sans fin » dans lesquelles le Premier ministre a plongé le pays, critique sa stratégie sur les otages, et propose notamment de rétablir la mobilisation militaire pour tous. Une mesure impopulaire chez les ultra-orthodoxes juifs, alliés du pouvoir actuel, et dont les membres sont fréquemment exemptés, ce qui oblige à mobiliser des réservistes comme le fils de Gadi Eisenkot a pu l’être.

Sa droiture, disent ses proches, lui viendrait entre autres de ses origines modestes. France Info cite cette anecdote où lui et ses amis d’enfance devaient se partager leurs chaussures pour aller à la mer, faute de pouvoir en acheter suffisamment. Né à Tibériade, au nord, Gadi Eisenkot a grandi dans les quartiers d’Eilat, une ville ouvrière du sud d’Israël, longtemps négligée par les politiques de la ville. Le contraste avec le parcours de Benyamin Netanyahou, issu de l’élite ashkénaze de Jérusalem, est là aussi frappant. Ses parents sont des immigrés juifs marocains, ce qui ferait de Gadi Eisenkot le premier chef du gouvernement dans l’histoire d’Israël issu de la communauté juive séfarade.



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Author : Louan Deniel

Publish date : 2026-10-27 12:30:00

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