IntelliNews

Guerre en Ukraine : la DRM, le service secret français qui doit sauver Kiev

C’est la « remontada » de la décennie. Le 16 juin 2022, la direction du renseignement militaire (DRM) fête ses 30 ans en catimini. « Profil bas », a tranché le nouveau directeur, le général Jacques Langlade de Montgros. Seuls deux de ses anciens directeurs répondent présents au rendez-vous sur la base aérienne de Creil (Oise), les autres se sont désistés.

Janvier 2026. L’ex-service secret mal aimé est devenu un fleuron français. « Aujourd’hui, les deux tiers du renseignement à l’Ukraine sont fournis par la France », assure Emmanuel Macron, le 15 janvier, une prouesse rendue possible grâce aux capacités satellitaires et électromagnétiques de la DRM. Les arbitrages erratiques de Donald Trump pourraient même placer l’agence française au premier plan. En cas de défaut américain, les regards ukrainiens se tourneront vers les espions militaires. « On n’est évidemment pas au niveau des Etats-Unis mais on est très bien placés. Il y a peu de pays qui ont autant de moyens de renseignement dans le monde, que ce soit en matière de renseignement humain, d’origine électromagnétique, ou de cyber », témoigne Jean-François Ferlet, patron du renseignement militaire de 2017 à 2021.

Longtemps, ce service secret a été le parent pauvre du renseignement français. Créé au sortir de la guerre du Golfe pour donner au gouvernement un éclairage souverain sur les théâtres de guerre, il était systématiquement moins bien doté que le « mâle dominant » qu’est la DGSE – l’expression est d’un ancien dirigeant -, moins réputé. Le directeur de la DGSE a un accès direct à l’Elysée sans forcément passer par le ministère des Armées. Impensable pour la DRM. Son patron n’est pas non plus systématiquement invité en conseil de défense.

Faute de stratégie de recrutement cohérente, les meilleurs talents civils l’ont longtemps désertée. « On a longtemps eu une politique de CDD de trois ans avec les civils, même les meilleurs. Évidemment, ils ne restaient pas. En riant jaune, on l’appelait 3,2,1, partez », se souvient un général. Les gradés les plus prometteurs non plus ne s’éternisaient pas plus de deux ou trois ans, mobilité militaire oblige. Résultat, « ils manquaient d’expertise, ce n’était pas terrible », témoigne un ancien cadre de la DGSE.

Une équipe « poil à gratter »

Mars 2022. Le patron de la DRM, Eric Vidaud, est brutalement débarqué, sept mois après sa nomination. Beaucoup d’observateurs attribuent ce limogeage à une mauvaise analyse sur la guerre en Ukraine. Les « sachants » du service secret étaient convaincus que Vladimir Poutine n’attaquerait pas. En vérité, cette disgrâce doit beaucoup à une mésentente personnelle entre Vidaud et Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées. Entre autres griefs, il est reproché au maître espion… d’envoyer régulièrement un subordonné aux briefings matinaux.

Depuis l’Elysée, ordre est alors donné de remettre la DRM à l’endroit. Son budget de fonctionnement augmente de plus de 30 %. L’amiral Nicolas C. est envoyé depuis la DGSE, où il a passé la majorité de sa carrière, pour diriger la sous-direction de l’exploitation du renseignement. Une équipe « poil à gratter », rattachée directement au directeur, doit challenger les certitudes des troupes. Le 15 novembre 2022, la DRM contredit en interne de premiers échos américains : le missile balistique qui vient de tuer un paysan en Pologne n’est pas russe mais ukrainien ; il s’agit d’un dysfonctionnement technique. Sa crédibilité en sort durablement grandie. « C’est l’intérêt du gouvernement d’avoir une DRM forte, pour pouvoir faire contrepoint à la DGSE quand il le faut. C’est la théorie de Montesquieu et de l’équilibre des pouvoirs », jauge un ancien sous-directeur du renseignement militaire. Et non celle du mâle alpha et de sa meute.



Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/guerre-en-ukraine-la-drm-le-service-secret-francais-qui-doit-sauver-kiev-EA6GJZ2VG5GUPDNDIJ2DIB4S74/

Author : Etienne Girard, Alexandra Saviana

Publish date : 2026-10-29 17:14:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Quitter la version mobile