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Présidentielle 2027, bienvenue dans l’ère de la post-vérité : « Le mensonge caractérisé ne disqualifie plus »

Orléans, 24 octobre. Au congrès du Rassemblement national, un militant du parti, interrogé par un journaliste de Mediapart sur l’affaire Bardella, répond ceci : « Il a raison parce que c’est la vérité. » C’est, plus précisément, la vérité de Jordan Bardella, la seule qui compte. Que le président du RN ait ou non tenu des propos antisémites n’est pas important ; ce qui compte, c’est ce qu’ils ont envie de croire. « Ce qui me terrifie, c’est que le mensonge caractérisé ne disqualifie plus. Jusque-là, on ne s’en relevait pas. C’est vertigineux », s’alarme un proche d’Emmanuel Macron.

Nous voilà entrés dans l’ère de la post-vérité, terme forgé en 1992 et désigné en 2016 mot de l’année par le dictionnaire britannique Oxford, qui en donnait la définition suivante : « circonstances dans lesquelles les faits ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles ». C’est un renversement inouï : non seulement toute vérité n’est pas bonne à dire, mais le mensonge est conseillé. Le Washington Post a ainsi répertorié plus de 30 000 mensonges proférés par Donald Trump lors de son premier mandat ; combien de mensonges entendrons-nous dans la campagne présidentielle de 2027 ?

Le réel ne compte plus. Un homme noir de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, a été assassiné dans la rue, à Trappes. Le suspect, Kevin T., a reconnu en garde à vue avoir ciblé des personnes « de type musulman ou africain, nord-africain » – sept autres personnes ont été blessées. Pourtant, sur France info, l’eurodéputée d’extrême droite Sarah Knafo, qui ne s’embarrasse pas de répondre aux questions des journalistes, convoque le racisme anti-blanc. Quand la réalité se heurte à l’idéologie. A l’inverse, dans un débat public polarisé à l’extrême, irrationnel, marqué par une fragmentation inédite de l’information, il devient impossible de rappeler que la ville de Trappes est l’un des principaux foyers de radicalisation islamiste recensés par les services de renseignement français.

La vérité, « premier principe de la démocratie »

Ils ont droit au même slogan. A chaque manifestation, y compris dans les cortèges lycéens, il revient en boucle : »“Tout le monde déteste la police. » Est-ce seulement vrai ? Chaque enquête d’opinion le dément. Un sondage de l’Ifop, réalisé en septembre 2024, montrait que près de trois quarts des Français (71 %) citaient spontanément un sentiment positif – confiance ou sympathie – quand ils pensaient à la police. Dans le détail, il y avait en revanche un fossé, qui demeure, entre les sympathisants des différents partis politiques. 71 % des sympathisants du PS et 89 % des sympathisants de la majorité présidentielle avaient alors une bonne opinion de la police, contre seulement 34 % des sympathisants de La France insoumise. Comment, prétendre, dès lors, que « tout le monde déteste la police » ? Peu importe, pour Jean-Luc Mélenchon, puisque ses militants le croient. Il se croit par conséquent fondé à affirmer que “ »a police tue » et à qualifier de « groupe factieux » le syndicat de police Alliance. « C’est l’obsession ultime de notre espèce que de plier le réel à ses aspirations », relève Gérald Bronner (chroniqueur à L’Express) dans son livre A l’assaut du réel. Et le sociologue d’ajouter cette précision : « Ce qui change, ce n’est pas le réel, c’est l’état mental qui nous persuade que nous avons choisi le bon réel. »

« La vérité, c’est le premier principe de la démocratie », disait Manuel Valls lors de sa déclaration de politique générale, en avril 2014. Aujourd’hui, les candidats du bloc central n’avancent qu’en tâtonnant. Quand Edouard Philippe estime qu’il serait peut-être judicieux que le président fasse une courte pause après une campagne présidentielle harassante, un clip sur « Edouard le flemmard », réalisé à l’aide de l’IA, est aussitôt mis en ligne. « Rien ne prend, si ce n’est le spectaculaire ou le mensonge », se lamente un stratège LR qui a, par curiosité, consulté le fil Instagram de sa fille, qui est à l’exact opposé du sien. L’expérience l’a amené à cette conclusion : « On est tous dans des bulles ! »

Réalités parallèles

Faut-il désormais démentir ce qui n’existe pas ? Début octobre, le pseudo-média d’investigation L’Infiltré lance une boule puante. Dans un article subtilement titré « A l’Elysée, Macron tire à vue sur Attal et ses amis », ce « média » raconte qu’en privé, le président de la République aurait surnommé la députée Renaissance Prisca Thévenot, proche de Gabriel Attal, « la Paki » – l’élue est d’origine mauricienne. Est-ce vrai ? Peu importe. Sur X (anciennement Twitter), plusieurs élus Renaissance demandent des comptes au chef de l’Etat, sommé de s’expliquer. « Il faut qu’il y ait un démenti rapide », presse la députée Violette Spillebout. Emmanuel Macron s’en assure en envoyant un SMS à l’intéressée mais l’Elysée ne réagit pas publiquement, pour ne pas donner corps à L’Infiltré. Son fondateur, Erik Tegner, peut remercier Donald Trump, qui est le premier à s’être servi du concept de suspension volontaire de l’incrédulité. « Beaucoup ont pensé au milieu des années 2010 que ce culot serait forcément puni par le bon sens collectif : on ne peut nier le réel en toute impunité. Au contraire, il est possible de le faire si l’on convoque la complicité du public par la suspension volontaire de l’incrédulité », explique Gérald Bronner. Dans ces conditions, on retient la boule puante, et non le démenti.

Vivent-ils dans deux réalités parallèles ? Il y a deux semaines, Bruno Retailleau participe à une émission organisée par LCI. Le candidat à l’élection présidentielle est invité à partager un moment avec une famille que tout oppose à lui. Rendez-vous est donné à Marseille, chez une famille franco-algérienne. Le déjeuner se passe bien jusqu’à ce que le nom de Mohammed Merah soit évoqué. « Mohammed Merah ? Mais tout le monde sait que c’est un agent du gouvernement », affirme la mère. Bruno Retailleau en est resté pantois. « J’en suis sorti déprimé. On s’est heurté à l’impossibilité de convaincre », raconte un proche du président des Républicains.

Comment débattre, quand on n’est pas d’accord sur les faits ? Comment faire campagne quand le réel n’offre plus de prise ? A l’Elysée, on note, à juste titre, qu’il n’y a plus un seul lieu d’échange, une agora, alors que c’est le fondement de nos démocraties. « Je plains les candidats. Ils ont très peu à gagner, relève un conseiller d’Emmanuel Macron. Les bulles n’éclatent qu’en négatif. » Comment ne pas les plaindre ?



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Author : Sébastien Schneegans

Publish date : 2026-10-30 12:34:00

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