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Gaz russe : le plan de Donald Trump qui prend l’Europe à contre-pied

L’administration Trump a mis sur la table la proposition d’une reprise, d’ici cet hiver, des échanges commerciaux de gaz naturel entre la Russie et les pays de l’Union européenne en passant par l’Ukraine et ses infrastructures. Un sacré schmilblick rapporté par plusieurs responsables politiques américains, européens et ukrainiens dans un article du Wall Street Journal paru le lundi 2 novembre.

Plus précisément, l’idée a été proposée début septembre par deux émissaires américains, Jared Kushner et Steve Witkoff, lors de leurs voyages diplomatiques à Moscou puis à Kiev dans le but d’obtenir un cessez-le-feu énergétique pour la période hivernale entre les deux pays en guerre depuis février 2022. Selon les négociateurs américains, tout le monde y gagnerait : la Russie en exportant de nouveau aux 27, l’Ukraine en frais de transit et l’Union européenne en économies énergétiques.

Si aucun accord n’a pour l’heure été scellé, ce premier pas permettrait aussi à Donald Trump d’avancer de nouveaux pions dans sa quête d’un accord de paix à tout prix entre la Russie et l’Ukraine dont il devrait rediscuter lors de nouvelles négociations tripartites prévues pour la mi-novembre à Abu Dhabi.

Obstacles de taille

Un accord qui s’annonce d’ores et déjà difficile d’accès. Conformément au désir américain, Kiev n’a pas visé les raffineries russes pendant deux semaines. La Russie ne s’est malheureusement pas mise au diapason. Kiev a donc répliqué après cette courte trêve et, vendredi 30 octobre, Moscou a fait état d’attaques sur trois de ses raffineries.

Auprès de l’agence de presse publique russe, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a commenté la proposition d’un cessez-le-feu énergétique comme « impossible à mettre en œuvre actuellement » au vu de la « la situation sur le terrain ». Le responsable russe a toutefois fait preuve de nuance pour l’avenir attestant que « nous verrons bien » et que cette décision dépendait de la volonté des acheteurs, des vendeurs et des capacités de ces derniers. Dmitri Peskov a néanmoins saisi l’occasion pour rappeler que la consommation en pétrole et en gaz des pays du Sud pourrait croître dans les prochaines années.

Une manière de rappeler que la Russie dispose désormais d’autres interlocuteurs que les pays européens, longtemps les plus grands acheteurs. En 2018, Donald Trump avait même averti la chancelière allemande Angela Merkel qu’avoir construit un gazoduc jusqu’à la Russie, le Nord Stream 2, rendrait son pays « captif de la Russie ». Au lendemain de l’invasion de l’Ukraine, les 27 ont décidé de sanctionner économiquement Moscou et de se passer le plus possible du gaz naturel russe. Alors que la Russie fournissait 45 % du gaz consommé dans l’UE, aujourd’hui ce sont seulement 11 %. Une baisse drastique qui doit même aboutir à une interdiction totale des importations de gaz russe à la fin de l’année 2027. Une stratégie de désengagement inscrite dans le droit européen depuis le début de l’année 2026. Lors d’une interview accordée en octobre dernier au journal hongrois, 444, le commissaire européen à l’énergie, Dan Jorgensen, a assuré que cette mesure devait être permanente, même en cas de paix. « Je ne ferais certainement pas confiance à la Russie. Même s’il y avait la paix demain, ce que nous espérons tous », a-t-il ajouté.

Arguments massues

Conscient des sanctions et des réticences européennes, Washington a tout prévu. Bruxelles ne paierait pas directement Moscou pour leur gaz, mais passerait par un intermédiaire américain chargé de commercialiser les livraisons russes. Une aubaine pour les investisseurs américains qui pourraient jouir de bénéfices économiques. Les recettes russes seraient ensuite placées sur un compte séquestre ouvert dans un pays tiers, afin d’empêcher le Kremlin de les utiliser pour financer la guerre qu’il mène en Ukraine. L’Ukraine y trouverait aussi son compte en touchant des droits de transit pour le passage du gaz sur son territoire. En effet, le réseau de gazoducs hérité de l’époque soviétique et qui traverse l’Ukraine jusqu’en Allemagne, la Slovaquie ou l’Autriche est encore en état de marche, contrairement à Nord Stream 1 (Russie-Allemagne) qui a été endommagé pendant la guerre et à Nord Stream 2 qui n’a finalement jamais été mis en service.

Selon un responsable américain qui a assisté à des négociations et qu’a interviewé WSJ, les Européens auraient exprimé leur intérêt pour cette proposition qui leur donnerait accès à du gaz beaucoup moins coûteux. D’autant plus que les stocks souterrains de gaz naturel en Europe ne sont qu’à 75 %, soit un taux inférieur à la moyenne des neuf dernières années, rapportent les régulateurs de l’énergie de l’Union européenne.

En cause, évidemment la guerre en Ukraine, mais aussi celle au Moyen-Orient dont une des conséquences est le blocage du détroit d’Ormuz. Depuis fin février 2026, les importations de combustibles fossiles ont coûté 100 milliards d’euros supplémentaires à l’Union européenne, par rapport à ce qu’elle aurait déboursé sans cette flambée des prix : seulement 13 milliards. Sans pour autant qu’elle n’augmente ses volumes, a affirmé Dan Jorgensen en septembre dernier. L’administration de Donald Trump pourrait ainsi mettre la pression sur l’UE en maintenant son effort de guerre contre l’Iran.



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/gaz-russe-le-plan-de-donald-trump-qui-prend-leurope-a-contre-pied-VDJPVWGHWFCNDGIHPFTKUKZMNM/

Author : Juliette Garnier

Publish date : 2026-11-03 15:51:00

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