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Midterms : comment « l’effet El-Sayed » a fait plier Donald Trump sur Israël

Quelques jours avant les élections, Donald Trump avait planté le décor politique du Michigan : « Je suis là pour empêcher un membre djihadiste (Abdul El-Sayed) des Frères musulmans de devenir sénateur ». Pendant toute la campagne, ce fils d’immigrés égyptiens de 42 ans, représentant l’aile gauche des démocrates, était devenu la bête noire du président américain. Il a pourtant déjoué tous les pronostics lors des midterms du 3 novembre, en sauvant le seul siège détenu par la gauche qui était menacé dans cette élection – il a obtenu plus de 52 % des voix contre 45 % pour l’ex-agent du FBI Mike Rogers.

Ce médecin de formation, farouchement pro-palestinien, a concentré ses attaques sur un thème, martelé durant toute la campagne : les aventures militaires du président américain avec Benyamin Netanyahou au Moyen-Orient. « Un allié (Israël) qui prend votre argent pour vous pousser dans des guerres que vous ne devriez pas mener n’est pas un allié (…) Nous voulons que nos impôts soient dépensés ici, pour nos écoles, notre système de santé et nos infrastructures. Nous ne voulons pas que notre argent serve à financer l’apartheid, le génocide ou la guerre », a-t-il lancé. Un message simple et efficace, qui a d’abord séduit localement dans une région des Etats-Unis frappée par des décennies de désindustrialisation, avant d’imprimer plus globalement dans une opinion publique américaine totalement désorientée par la politique étrangère du locataire de la Maison-Blanche.

L’annonce faite par Donald Trump – le jour même du vote – d’un arrêt, dès la fin de l’année 2026, de l’aide militaire américaine à Israël (« ce pays très prospère ») n’a donc rien d’anodin. Côté israélien, cette déclaration tonitruante et impromptue – le Pentagone et le Trésor américain n’ont pas été prévenus – est un séisme, puisque le protocole d’accord actuel signé avec Washington s’élève à près de 38 milliards de dollars sur la période 2019-2028. Netanyahou lui-même s’était déjà préparé à l’éventualité d’une restriction des livraisons d’armes américaines en présentant, en juin dernier, un plan de 90 milliards d’euros pour financer sa propre industrie militaire, mais il ne pensait sans doute pas que cela serait aussi brutal…

Dans une interview à Fox News, le président américain n’a d’ailleurs pas caché le lien entre sa décision et la candidature d’El-Sayed dans le Michigan : « Pourquoi devrions-nous subir les attaques de fous furieux comme El-Sayed alors qu’ils n’en ont pas besoin [de l’aide américaine] ? C’est un mauvais argument », s’est-il emporté. Pourtant, au lendemain des midterms, une chose est certaine : sa proximité affichée avec Benyamin Netanyahou, qu’il a soutenu lors des législatives en Israël, ainsi que l’opération conjointe contre l’Iran en février ont considérablement desservi le camp républicain dans cette campagne. L’idée, récurrente chez ses détracteurs, que Netanyahou et le Mossad auraient entraîné le président américain dans la guerre – provoquant une flambée des prix du pétrole – a trouvé un large écho chez les Américains.

Accusé d’antisémitisme

Malgré les polémiques et les nombreuses accusations d’antisémitisme – les Israéliens seraient « assoiffés de sang » -, El-Sayed a réussi à se maintenir à flot, avant finalement de creuser un écart conséquent face à son adversaire républicain. En mars 2026, lorsqu’un terroriste – dont les membres de la famille ont été tués lors d’une frappe israélienne au Liban – a attaqué la synagogue Temple Israel dans la banlieue de Detroit, le candidat démocrate, qui a condamné l’attaque, s’est fendu d’une phrase qui a provoqué une vive indignation de la communauté juive : « Les personnes blessées blessent à leur tour ». Le 29 août, à quelques semaines des élections, Abdul El-Sayed avait dû présenter ses excuses devant une organisation politique qui représente les électeurs juifs démocrates du Michigan. « J’ai fait une erreur », avait-il concédé.

Les attaques répétées de Donald Trump n’auront donc pas réussi à enrayer la machine el-Sayed. L’irruption au premier plan de cette personnalité du mouvement démocrate traduit aussi la dégradation considérable de l’image d’Israël chez les Américains. Selon un sondage du Chicago Council on Global Affairs, plus de la moitié de la population souhaite réduire voire carrément supprimer l’aide militaire à Israël. Netanyahou, en pleine quête pour sa survie politique en Israël, va devoir en tirer les conséquences.



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Author : Charles Carrasco

Publish date : 2026-11-04 14:40:00

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