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Etats-Unis : après les midterms, le sort des data centers incertain

Les républicains ne sont pas les seuls grands perdants des élections de mi-mandat : les data centers risquent eux aussi d’être emportés par la vague bleue qui a déferlé sur les Etats-Unis mardi 3 novembre. Des candidats démocrates qui avaient notamment fait campagne pour un moratoire sur ces infrastructures alimentant l’intelligence artificielle ont remporté des postes de gouverneur que leur parti n’avait plus occupés depuis des décennies, comme au Texas ou en Géorgie. Et alors que de nombreux référendums locaux étaient aussi organisés, les électeurs ont approuvé la quasi-totalité des moratoires qui leur étaient proposés sur les nouvelles installations, dans une quarantaine de juridictions réparties dans une dizaine d’Etats.

Un résultat révélateur d’un changement de l’opinion publique à l’égard de l’IA, et qui selon les investisseurs pourrait annoncer un essoufflement du boom qui a dopé la croissance économique et les marchés boursiers des États-Unis. Ces victoires donnent de fait un poids politique considérable aux adversaires de ces infrastructures, qui sont au cœur de l’essor de l’intelligence artificielle mais qui, bruyantes et gourmandes en eau comme en électricité, sont de plus en plus mal vues par les riverains.

Résultat : les valeurs américaines du secteur ont décroché à mesure que se dessinait la déferlante démocrate. Core Scientific a perdu 11,6 % et Iren a plongé de 12,5 %, tandis que d’autres acteurs des infrastructures d’IA, comme Applied Digital, Hut 8 et Cipher Digital, ainsi que des énergéticiens tels que GE Vernova, Constellation Energy et Vistra, ont également enregistré un net recul.

Les investisseurs s’attendent de fait à un durcissement de la réglementation, avec des répercussions possibles sur l’ensemble des marchés. « À nos yeux, ces élections de mi-mandat relèvent davantage d’un référendum sur l’IA que d’un référendum sur Donald Trump », estime ainsi auprès de Reuters Aidan Yao, stratège senior à l’Amundi Investment Institute, le pôle de recherche du premier gestionnaire d’actifs européen. « Si l’IA venait à être soumise à des restrictions, l’économie, l’inflation et la politique monétaire américaines deviendraient toutes extrêmement incertaines », souligne-t-il.

Revers au Texas

Le désaveu le plus spectaculaire est venu du Texas, qui devrait concentrer environ un quart des capacités de centres de données appelées à entrer en service aux États-Unis d’ici 2030, selon les estimations de GLJ Research. Cet État conservateur et pétrolier s’efforce depuis des années de se réinventer en pôle technologique, attirant des entreprises comme SpaceX et des entrepreneurs comme Elon Musk.

Mardi, la démocrate Gina Hinojosa, qui a promis de stopper les nouveaux projets de centres de données, y a battu le gouverneur sortant Greg Abbott, mettant fin à trente ans de mainmise républicaine sur ce poste, tandis que James Talarico décrochait un siège de sénateur face à Ken Paxton, malgré les plus de 150 millions de dollars versés par Elon Musk pour soutenir le républicain. « Les data centers dans l’espace, ça devient franchement tentant », a ironisé le patron de X sur son réseau social après le scrutin.

En Géorgie, où Atlanta est le marché de construction de data centers le plus dynamique du pays selon le spécialiste de l’immobilier commercial CBRE, la démocrate Keisha Lance Bottoms a elle aussi remporté le poste de gouverneur, mettant un terme à plus de vingt ans de domination républicaine.

Même une partie des républicains s’est ainsi retournée contre les data centers, accusés par leurs détracteurs de faire grimper les factures d’électricité, de polluer le ciel nocturne par leur éclairage et de ne générer ni assez d’emplois ni assez de recettes fiscales pour justifier les aides que leur accordent les États.

Vers plus de contrôle ?

Goldman Sachs estime que les victoires démocrates à l’échelon des États et des collectivités locales devraient entraîner des suspensions temporaires de projets, susceptibles de toucher environ 45 % de l’expansion prévue des capacités aux États-Unis, mais juge que cet effet sera de courte durée. « Un scénario possible, et tout à fait plausible, serait non pas une vague de moratoires généralisés, mais plutôt un renforcement de la réglementation et du contrôle, notent de leur côté Max Kettner et Duncan Toms, analystes chez HSBC. Autre hypothèse : les centres de données pourraient tout simplement quitter le Texas pour d’autres États. »

Pour les analystes de Morgan Stanley, l’élection de la démocrate Amy Acton au poste de gouverneur de l’Ohio – où pas moins de 21 moratoires sur la question étaient soumis au vote – fait peser un risque important de retards sur les projets de l’État, dont le plus grand, d’une puissance de 10 gigawatts, associe Nvidia. L’Ohio a d’ailleurs suspendu cette année l’examen de toute nouvelle demande d’exonération fiscale pour des data centers.

Tommaso Leodari fait lui preuve d’optimiste : pour le directeur des investissements du fonds spéculatif Index & Cie, basé à Dubaï, les risques pesant sur les centres de données ne doivent pas être surestimés, compte tenu de leur rôle crucial dans la rivalité entre l’Amérique et la Chine. « Je ne m’attends ni à des restrictions, ni à des hausses d’impôts, ni à aucune autre forme d’opposition au moteur d’une nouvelle révolution industrielle pour les États-Unis. Je pense que les démocrates vont se montrer plus modérés qu’auparavant : leur colère visera Trump et son équipe, pas une industrie naissante capable de sauver l’impérialisme américain », a-t-il affirmé à Reuters.

En juillet, la gouverneure démocrate Kathy Hochul avait fait de New York le premier État à suspendre pendant un an le développement des centres de données de 50 mégawatts ou plus, une décision alors qualifiée de « terrible » par Donald Trump. Ce mardi, d’après un sondage de sortie des urnes réalisé par NBC, 56 % des électeurs interrogés ont déclaré que l’IA et les data centers avaient été un facteur « crucial ou majeur » dans leur vote.



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Author : Par Richard Duclos avec Reuters

Publish date : 2026-11-05 10:42:00

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