La Pologne se prépare à faire face à d’éventuelles intrusions russes. Et pour ce faire, le Premier ministre Donald Tusk a annoncé mardi 3 novembre le lancement d’une « opération spéciale » à la frontière nord du pays européen, qui mobilisera policiers antiterroristes, agents du renseignement ainsi que gardes-frontières. En cause : des « mouvements inquiétants » observés de nuit dans l’enclave russe de Kaliningrad — qui partage une frontière terrestre directe de 200 km de long avec la Pologne — où des individus auraient été observés en mouvement, munis de lampes torches.
« Actes de sabotage » ou « incursions armées »
Selon le dirigeant polonais, Varsovie a par ailleurs reçu récemment des avertissements venant des services de renseignements de pays alliés, qui évoquent de possibles « actes de sabotage ou des provocations plus graves » de la part de la Russie à la frontière, ainsi qu’un renseignement laissant craindre des tentatives « dans la première moitié du mois de novembre, y compris des incursions armées » sur le territoire polonais.
Les opérations de sabotage attribuées plus ou moins directement à la Russie en Europe se sont multipliées ces derniers mois, avec par exemple la découverte, en août dernier, d’un drone chargé d’explosifs près de l’aéroport de Leipzig, en Allemagne, lors de ce qui a été présenté comme une tentative d’attaque déjouée. Un des facteurs qui ajoute à l’inquiétude réside aussi dans le fait que l’enclave de Kaliningrad abrite une importante garnison militaire, ainsi que le quartier général de la flotte russe de la Baltique. Cette enclave stratégique est depuis longtemps considérée comme un potentiel point de départ d’opérations militaires contre les pays de l’Otan.
Menace d’une déstabilisation russe pour la Pologne
Certains analystes tempèrent néanmoins les inquiétudes, affirmant que des provocations ponctuelles ou des actes de sabotage sont pour l’heure bien plus probables qu’une véritable incursion militaire. Moscou chercherait avant tout à déstabiliser le gouvernement de Donald Tusk, fervent soutien de l’Ukraine, et à alimenter les divisions politiques polonaises, comme l’en a accusé le Premier ministre Donald Tusk lors de sa prise de parole mardi 3 novembre. Car des incidents intimidants à la frontière pourraient bien avoir pour effet de renforcer les courants politiques hostiles à l’Union européenne et à l’aide militaire fournie par l’Europe à l’Ukraine, dont l’essentiel transite par la Pologne. Un débat qui a déjà déchiré le pays à l’occasion de la dernière élection nationale en Pologne.
Sans compter que le pays vit aujourd’hui un épisode politique explosif lié à l’influence russe. Le gouvernement de Donald Tusk est engagé depuis plusieurs jours dans un bras de fer avec le président conservateur Karol Nawrocki autour du Tribunal constitutionnel, dont le camp Tusk aimerait éjecter son président, trop proche de Karol Nawrocki. Vendredi, le déploiement de policiers antiémeutes autour de l’institution a conduit l’opposition de droite à accuser Donald Tusk de mener un « coup d’Etat ». Le Premier ministre accuse de son côté ses adversaires de contribuer à la déstabilisation du pays, au bénéfice de Moscou. Mardi, il les a appelés à ne pas devenir des « idiots utiles » de la Russie, dont il dénonce plus que jamais les tentatives d’attiser les divisions politiques polonaises.
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/la-pologne-renforce-sa-frontiere-avec-la-russie-redoutant-des-incursions-armees-UJ3FV5KENBAWNCJLB5SYFRIJHI/
Author : Enola Richet
Publish date : 2026-11-04 14:36:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.