K.-O. debout depuis le fiasco, voilà deux ans, de la candidature de Joe Biden, remplacé in extremis par Kamala Harris, battue à plate couture par Donald Trump, les démocrates sont à nouveau sur le ring. Galvanisés par leur triomphe électoral de ce mardi 3 novembre (ils n’avaient pas remporté les deux chambres du Congrès américain d’un seul coup depuis 2006, en pleine guerre d’Irak sous George W. Bush), les voici prêts à repartir au combat, avec la présidentielle 2028 en ligne de mire.
D’ici là, le parti de Bill Clinton et Barack Obama doit résoudre deux problèmes. Premièrement, définir une ligne politique capable de mettre d’accord la génération Z et les millennials (hypersensibles à la question palestinienne), les élites intellectuelles et économiques des deux côtes (Boston, New York, Los Angeles, San Francisco) ; les Afro-Américains (14 % de l’électorat) et les Latinos (20 %) ; et, last but not least, la classe populaire dont une bonne partie a viré trumpiste. Autant dire que l’équation, résolue par Barack Obama puis Joe Biden, n’est pas simple. La clé : le Parti démocrate, dont l’électorat est hétérogène, doit trouver quelqu’un qui fasse consensus.
C’est précisément le second défi : parmi les candidats potentiels et ceux que l’on ne connaît pas encore, y a-t-il des figures capables de construire des passerelles entre toutes les sensibilités et, comme l’on dit dans l’industrie de la musique pour désigner un mélange des genres, réaliser le cross-cover. Voici une première liste de prétendants possibles.
Gavin Newsom, 59 ans, gouverneur de Californie depuis 2019
Son mandat à la tête du Golden State se termine en janvier 2027. Le timing est donc parfait pour se lancer dans la course aux primaires. Il dirige le plus peuplé, plus grand et plus riche Etat du pays – si la Californie était un pays, son PIB le situerait au quatrième rang mondial. Toutefois, à l’exception de deux républicains (Richard Nixon en 1968 et Ronald Reagan en 1980, qui n’était d’ailleurs pas né de Californie mais s’était installé à Hollywood a l’âge adulte), il est rare que les Américains envoient à la Maison-Blanche un natif de cet Etat, aujourd’hui considéré comme trop libéral et « woke » par de nombreux compatriotes.
Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, prend la parole lors d’une journée de présentation à la presse organisée au California Science Center à l’occasion de l’inauguration de son nouveau Samuel Oschin Air and Space Center, à Los Angeles, en Californie.
Autrefois marié à une présentatrice de Fox News devenue par la suite la compagne de Donald Trump Jr (dont elle s’est ensuite séparée), cet ancien maire de San Francisco (2004-2011) né dans une famille privilégiée appartient depuis toujours à l’establishment de la ville. L’année dernière, il a mené une campagne d’opposition à Donald Trump sur les réseaux sociaux et via son podcast. Actuellement en tête des sondages, il est le plus connu des candidats potentiels parmi les démocrates.
Alexandria Ocasio-Cortez, 37 ans, représentante du Bronx (New York) au Congrès
Elue dans le quartier le plus pauvre de New York, cette femme d’origine portoricaine a surgi sur la scène politique voilà huit ans, portée à la fois par son talent, son charisme et la vague MeToo. « Je ne partage aucune de ses idées, mais je dois dire que c’est une excellente politicienne », a un jour confié à L’Express Steve Bannon (autrefois proche conseiller de Donald Trump) au sujet de celle qui fut en 2019 la plus jeune parlementaire jamais élue au Congrès des Etats Unis, à 29 ans.
Membre des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), à gauche de l’échiquier politique, « AOC » – c’est son surnom – a pris plusieurs initiatives ces derniers mois démontrant qu’elle voit loin. Elle s’est rapprochée de Bernie Sanders qui est sans doute le personnage le plus influent à gauche de la dernière décennie. Au printemps 2025, elle a rejoint ce dernier pour une tournée à travers les Etats-Unis intitulée « Fighting Oligarchy » (Combattre l’oligarchie). Certains meetings, où elle attaquait directement Elon Musk, ont attiré 30 000 personnes. Habile dans le maniement de sa com’ sur les réseaux sociaux, elle a annoncé en août, sur Instagram, qu’elle faisait congeler ses ovocytes. Une initiative qui lui laisse la possibilité d’avoir des enfants plus tard, sans que ce calendrier personnel ne dicte ses choix politiques.
Elle réfléchit, dit-on, à une éventuelle candidature à la présidentielle de 2028 ou au Sénat, peut-être contre le démocrate Chuck Schumer, qui détient le siège de New York. Enfin, elle a nuancé ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien. Après avoir qualifié de « génocide » les attaques d’Israël sur Gaza en mars 2024, elle a voté en faveur d’une aide militaire à l’Etat hébreu l’année suivante, s’attirant les critiques du mouvement DSA dont elle s’est éloignée.
Pete Buttigieg, 44 ans, secrétaire aux Transports sous Joe Biden
S’il n’a rien dévoilé de ses intentions, l’ancien ministre sous Biden et ancien maire de South Bend (Indiana) est unanimement considéré comme un candidat potentiel brillant. Lors des primaires de 2020, déjà, il avait remporté le caucus de l’Iowa – ces assemblées d’électeurs du parti réunis pour désigner leur candidat – avant de se retirer et d’apporter son soutien à Joe Biden. Excellent communicant, polyglotte, il intervient régulièrement sur Fox News et dans des podcasts à tendance conservatrice, où il défend les positions de son parti auprès d’un public qui n’y est généralement pas exposé. Il figure systématiquement parmi les favoris des sondages sur les primaires, derrière Gavin Newsom.
Ancien officier du renseignement dans l’US Navy, il a été en poste en Afghanistan en 2009 et parle huit langues, plus ou moins bien (anglais, maltais, arabe, norvégien, italien, français, espagnol, dari) Son point faible : il est marié à un homme, ce qui explique en partie le modeste soutien dont il bénéficie auprès de l’électorat afro-américain, globalement conservateur sur le sujet de l’homosexualité.
J.B. Pritzker, 61 ans, gouverneur de l’Illinois depuis 2019
Réélu triomphalement, ce mardi, au poste de gouverneur de l’Illinois avec 60 % des voix, cet héritier de la famille qui possède les hôtels Hyatt et décerne le fameux prix d’architecture Pritzker est un poids lourd du Parti démocrate.
En 2024, il figurait sur la short list de Kamala Harris pour le poste de vice-président. Sa troisième victoire dans l’Etat où se trouve Chicago (la ville, très politique, de Barack Obama) renforce son profil de candidat potentiel. Son énorme fortune, de plus de 4 milliards de dollars, lui donne toute latitude pour financer ses ambitions. En lançant sa campagne pour sa réélection l’année dernière, il a refusé de dire s’il terminerait son mandat de gouverneur et prévenu que son vice-gouverneur, élu sur son ticket, devait « se préparer à tout ».
Mark Kelly, 62 ans, sénateur de l’Arizona depuis 2020
Cet homme-là a l’étoffe des héros, même s’il est réputé calme – trop calme, peut-être – ce qui est probablement un prérequis pour voyager dans l’espace. Pilote de chasse ayant mené plusieurs missions de combat pendant la guerre du Golfe, Mark Kelly a aussi été astronaute à la Nasa. Il a passé plus de cinquante jours en orbite lors de quatre missions spatiales de 2001 à 2011. Par ailleurs, il est marié à l’ancienne représentante du Congrès des Etats-Unis, Gabrielle Giffords, qui vit en fauteuil roulant depuis qu’elle a été touchée à la tête lors d’une fusillade à Tucson, faisant six morts en 2011.
Comme J.B. Pritzker, son nom a circulé pour accompagner Kamala Harris en tant que vice-président sur son « ticket » présidentiel en 2024 même si certains jugent qu’il ne souffre pas d’excès de charisme. Finalement, il fut écarté au profit de Tim Walz, le gouverneur du Minnesota. Il y a un an, le sénateur Mark Kelly (successeur au fauteuil de feu John McCain), qui fut jadis capitaine dans l’US Navy, s’est élevé publiquement contre le ministre de la Défense Pete Hegseth. Avec cinq autres élus du Congrès, il a dénoncé dans une vidéo la destruction sans sommation par le Pentagone de navires soupçonnés de se livrer au narcotrafic dans la mer des Caraïbes. Ce qui a augmenté sa notoriété. En février, Mark Kelly a déclaré qu’il « étudierait sérieusement » la possibilité de se lancer à la course aux primaires.
Jon Ossoff, 39 ans, sénateur de Géorgie depuis 2020
Et si c’était lui ? On a longtemps comparé Jon Ossoff à un certain Barack Obama. Et indéniablement, l’ancien président fut pour lui une source d’inspiration, au point d’en imiter le style, le phrasé et les poses. A seulement 33 ans, en 2021, ce politicien précoce réussit l’exploit de conquérir un fauteuil détenu jusque-là par un républicain. Arrivé à Washington, celui qui est et demeure le plus jeune élu du Sénat trouve rapidement son style (incisif). Et il gagne en assurance.
En Géorgie (11 millions d’âmes), où se trouve Atlanta, le jeune homme s’appuie, en autres, sur la puissante communauté afro-américaine, laquelle représente 1 habitant sur 3. Il faut dire que, dès le début de sa carrière, il a été adoubé par feu John Lewis. Disparu en 2020, cet élu du Congrès fut une figure majeure de la lutte pour les droits civiques dans cet Etat du sud et au-delà. Ceci explique en partie la réélection triomphale, ce 3 novembre, d’Ossoff avec près de 60 % des suffrages.
En juillet, lors d’une audition au Sénat portant sur la guerre avec l’Iran, Ossoff a passé au gril le ministre de la Défense Pete Hegseth, lui rappelant qu’au 14e jour du conflit, près de cinq mois plus tôt, ce dernier avait déclaré que l’armée iranienne avait été détruite et rendue « incapable de combattre ». Et de lui demander : « Cette affirmation était-elle exacte ? » Il lui demande également si l’annonce faite le 8 mars d’une « capitulation de l’Iran » demeure d’actualité. Hegseth botte en touche. Si l’habileté de Jon Ossoff saute aux yeux, lui soutient mordicus qu’il ne concourra pas aux primaires : « Franchement, j’ai zéro intérêt pour cette compétition. Je ne suis pas intéressé du tout. » A suivre.
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Author : Axel Gyldén
Publish date : 2026-11-04 13:22:00
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