Face à la menace russe, un appel à l’aide. Les ministres de la Défense du Monténégro et de l’Albanie ont déclaré, dans un article publié ce mardi 3 novembre sur Politico, souhaiter le soutien de l’Otan pour lutter contre la désinformation russe grandissante dans leurs pays. « La Russie mène continuellement des campagnes d’information visant les vulnérabilités des Monténégrins et d’autres sociétés des Balkans occidentaux », a affirmé Dragan Krapovic, invitant les responsables de haut niveau de l’alliance à venir visiter son pays pour en témoigner.
Mais outre les voyages diplomatiques, c’est l’envoi d’experts de l’alliance militaire qui intéresse les auteurs de la requête. Le ministre de la Défense albanais, Ermal Nufi, a assuré que l’Otan devrait être « plus active dans l’identification des moyens de contrer les acteurs malveillants en ligne ». D’après des diplomates de l’alliance, interviewés par Politico, envoyer une équipe d’experts nécessiterait un consensus entre les membres. Une possibilité qui pourrait être examinée par les alliés.
Une influence étrangère grandissante
Ce ne serait pas la première fois. En 2019, l’Otan avait accepté d’envoyer des équipes d’intervention dans la lutte contre les pratiques hybrides au Monténégro. La Lituanie avait, elle aussi, bénéficié de ces effectifs en 2021. L’année suivante, en 2022, c’est l’Albanie qui avait accueilli ces experts, après qu’une cyberattaque iranienne a paralysé le gouvernement.
Si Podgorica et Tirana souhaitent réitérer ce partenariat, c’est que Moscou intensifie les attaques hybrides sur le sol européen. Depuis mai, le gouvernement albanais reproche à la Russie d’avoir encouragé l’organisation de manifestations anti-corruption. A l’origine de cette contestation, un projet de complexe hôtelier de luxe dans une zone naturelle protégée en 2024, lié à Jared Kushner, le gendre de Donald Trump. Mais c’est deux ans après, en mai, avec l’installation de clôtures de barbelés autour des plages de Zvernec, à environ 150 kilomètres au sud-ouest de Tirana, que la colère a officiellement gagné les rues. Depuis, le mouvement n’a cessé de s’étendre, dénonçant plus largement la corruption du gouvernement. A la mi-octobre, des étudiants et des lycéens ont à leur tour rejoint les manifestations, toujours en cours, pour protester contre leurs mauvaises conditions d’études.
Outre la Russie, le chef du gouvernement accuse l’Iran d’avoir cherché à alimenter la contestation. Il dénonce notamment une activité coordonnée sur les réseaux sociaux, évoquant des milliers de profils activés depuis le territoire iranien pour peser sur les débats publics albanais. Le ministre de la Défense a également mis en cause des « organisations indirectement liées à la Russie », affirmant avoir observé « leurs interactions en ligne ». Ces accusations restent toutefois à prendre avec précaution. Si des campagnes de désinformation liées à Moscou ont bien été documentées en Albanie, aucune preuve publique ne permet, à ce stade, d’étayer les accusations d’Edi Rama concernant une implication russe ou iranienne dans les manifestations. Les deux pays ont d’ailleurs démenti toute ingérence.
L’influence russe dans le pays ne serait cependant pas nouvelle. Selon un rapport du Réseau balkanique d’investigation journalistique (BIRN), Moscou diffuse depuis plusieurs années des récits hostiles à l’adhésion du pays à l’Union européenne et attise les divisions sur des sujets de société, notamment les droits des personnes LGBTQ+.
Des adhésions à l’UE en jeu
La lutte contre cette désinformation est d’autant plus urgente pour ces pays des Balkans, que des scrutins seront bientôt organisés. Au Monténégro, des élections législatives se tiendront à l’été 2027. Dans le second pays, des élections locales auront lieu en mai.
Tous deux souhaitent également activement rejoindre l’Union européenne. Le pays de Jakov Milatovic, lui, est sur la bonne voie et espère adhérer à l’instance d’ici 2028. Mercredi 4 novembre, la Commission européenne a d’ailleurs présenté les perspectives d’adhésion des quatre Etats candidats, à savoir le Monténégro, l’Albanie, l’Ukraine et la Moldavie. A l’heure actuelle, le Monténégro a provisoirement clôturé 21 des 33 chapitres de négociation ouverts, permettant à l’instance européenne d’envisager la signature de son traité en juin 2027. Une procédure qui reste toutefois soumise aux négociations, et à l’accord des Vingt-Sept.
De son côté, l’Albanie devrait être en mesure de terminer l’an prochain ses négociations avec Bruxelles, selon la Commission. Cette dernière lui demande toutefois, en parallèle, de poursuivre un dialogue politique inclusif, les réformes judiciaires initiées et la lutte contre la corruption. Des chantiers dont devra donc se saisir le pays de Bajram Begaj, s’il souhaite, comme espéré, rejoindre l’Union européenne d’ici la fin de la décennie.
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Author : Aurore Maubian
Publish date : 2026-11-05 16:59:00
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