« Ce sera un grand accord, il concernera plus que l’Ukraine et je dirais même que cela pourrait englober toute l’Europe », a fanfaronné, jeudi 5 novembre, Donald Trump. Cette annonce survient alors que des pourparlers entre Moscou et Kiev sous médiation américaine doivent se tenir les 10 et 11 novembre à Abou Dhabi. Mais que prévoit cette proposition remplie de superlatifs ? Les contours restent flous, mais elle viserait à instaurer un nouveau dispositif de sécurité à l’échelle européenne incluant la Russie.
Problème : les principaux concernés se montrent sceptiques. « L’Europe observe, une fois de plus, la Maison-Blanche en grinçant des dents », ironisent les journalistes de Politico. Les Vingt-Sept redoutent en effet de se retrouver marginalisés, comme ils l’ont déjà été lors de précédentes négociations de paix. « Nous disposons déjà d’une architecture de sécurité européenne ; l’Otan et l’Union européenne jouent chacune leur rôle », a rétorqué, vendredi 6 novembre, Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie de l’UE. » Le problème demeure que la Russie continue de violer les traités qui en constituent le fondement… Poutine ne dispose pas d’un droit de veto sur la sécurité européenne. »
Par ailleurs, les Européens redoutent que cet accord ne renforce la position du maître du Kremlin sur le volet diplomatique, alors qu’il a accentué la pression militaire sur l’Ukraine ces dernières semaines. Lundi 2 novembre, une frappe russe tirée sur un point de distribution d’aide humanitaire dans le sud de l’Ukraine a fait 50 morts. Dans le même temps, les relations entre Moscou et Washington se sont réchauffées, autour de projets d’importation du diesel russe. Sans compter que le calendrier de ce « grand accord » n’est pas anodin : l’annonce intervient au lendemain d’une rencontre entre Donald Trump et Kirill Dmitriev, PDG du fonds souverain russe, visé par des sanctions, et qui agit en tant qu’émissaire du président russe.
Les alliés de l’Otan n’auraient pas été informés
Selon des diplomates de l’Otan qui se sont entretenus avec Politico, les alliés n’auraient pas été informés au préalable des projets américains, et nombre d’entre eux demeurent réservés quant à cette idée. De son côté, Jared Kushner, gendre et envoyé de Donald Trump, avait lui expliqué que cet accord poursuivait cinq buts précis : « Des consultations permanentes en matière de sécurité, des canaux de communication fiables en cas de crise, une transparence militaire accrue, des mesures réciproques visant à réduire les risques d’escalade, ainsi qu’un cadre durable pour la sécurité et la stabilité à long terme en Europe. »
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a ajouté ne pas connaître les détails du nouveau cadre de sécurité, tout en avertissant qu’un accord entre la Russie et l’Europe ne serait pas chose simple et pourrait s’avérer dangereux. De son côté, Stefan Kornelius, porte-parole du chancelier allemand Friedrich Merz, qui s’était entretenu avec Donald Trump jeudi soir, selon Politico, a lui aussi réagi sur cette proposition d’accord : « Un nouveau sentiment d’urgence a émergé » autour des négociations à la suite des élections de mi-mandat aux Etats-Unis cette semaine, ajoutant que la question serait de nouveau abordée lors d’une réunion informelle des dirigeants de l’UE, prévue la semaine prochaine à Dublin.
Enfin, à l’issue d’une réunion des huit pays nordiques et baltes, vendredi, le président lituanien Gitanas Nausėda, a été plus clair : « L’Europe doit avoir sa place à la table des négociations sur la paix en Ukraine et sur la future architecture de sécurité européenne. » Une chose est sûre : les Européens compte bien rester au centre de la partie, plutôt que de laisser Trump décider à leur place.
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Author : Audrey Parmentier
Publish date : 2026-11-07 16:16:00
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