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La « nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon m’évoque la Roumanie communiste dans laquelle je suis né, par Nicolas Lecaussin

Le programme que La France insoumise présente pour 2027 s’intitule « L’Avenir en commun ». Le programme de la Nouvelle France. Deux cent vingt-deux pages et mille cent trente-quatre propositions.

Dès l’introduction, Jean-Luc Mélenchon pose l’alternative : « Suprémacisme ou collectivisme ». Quelques lignes plus loin, il revendique son choix : « Cette pensée est celle du collectivisme écologique. » Le développement arrive dans la deuxième partie : elle s’ouvre sur un chapitre intitulé « L’ère d’un nouveau collectivisme » et frappe d’emblée très fort en affirmant qu’il faut « Collectiviser les biens communs fondamentaux ». Le mot figurait déjà dans l’introduction, il réapparaîtra huit fois ensuite, toujours accompagné : collectivisme écologique, nouveau collectivisme, collectiviser les biens communs… Jamais seul. Un chaperon pour rendre la chose bien convenable.

Planification des « biens communs »

Mélenchon rétablit « le monopole de l’Etat sur l’attribution des grades et diplômes ». Il définit la planification (29 occurrences) comme la capacité de « décider ce que nous allons produire, consommer, échanger ; comment nous allons nous déplacer, habiter et vivre ». Et il annonce une liste constitutionnelle des « biens communs », expression employée vingt et une fois, appliquée à l’eau, à l’air, à l’alimentation, à la santé, à l’énergie, à la monnaie, au numérique, aux télécoms et aux transports dont le contenu sera fixé plus tard, par… une Constituante. Une autre statistique est éloquente : dans ces deux cent vingt-deux pages, l’expression « propriété privée » n’apparaît qu’une seule fois. Pour dire qu’il faut empêcher « le droit à la propriété privée de prévaloir sur la protection de l’eau, de l’air, de l’alimentation, du vivant, de la forêt, de la santé et de l’énergie ». Bref, d’à peu près tout.

Le programme mélenchoniste prévoit encore de « rendre effectif le droit de réquisition des usines et entreprises d’intérêt général par l’Etat » ; de créer un « permis de louer » et une « Inspection du logement » pour faire respecter les droits des locataires (étant sous-entendu que les bailleurs n’en ont aucun) ; d’instaurer un plafond de cinq logements transmissibles par héritage, « au-delà, les biens sont réquisitionnés par l’État et redistribués » et si l’héritage dépasse 12 millions d’euros, la transmission passera à la trappe. Et comme il ne néglige aucun des aspects même triviaux de la vie, il prévoit aussi de lancer un plan d’urgence de prévention et d’éradication des punaises de lit avec création de services publics « dédiés » ; et d’assurer « la gratuité des protections périodiques pour tous et toutes, ce qui laisse entendre que, égalité oblige, les hommes nouveaux de la nouvelle France auront aussi leurs règles…

La grande bifurcation

Venons-en au mot le plus employé, probablement le plus significatif et le plus évocateur pour tous ceux qui ont subi des régimes inspirés par les idéaux d’un « avenir en commun » : c’est le mot « bifurcation » (trente occurrences). Bifurquer : prendre un chemin complètement différent. Ô combien différent. Je l’ai connu dans la Roumanie communiste où je suis né. Il ne mène, partout et sans exception, qu’aux pénuries et à la misère. Partout et sans exception, les rêves d’un « homme nouveau » pour un « pays nouveau » se sont terminés dans le cauchemar des dictatures. C’est pourtant ce que veulent Mélenchon et LFI. Faire de la France un pays voué au socialisme et au collectivisme, où la vie de chacun est soumise au pouvoir suprême de l’Etat et du Parti.

On prend les mêmes recettes d’un désastre inéluctable, vaguement et grossièrement remises au goût du jour (l’IA est de la partie, elle sera sous le contrôle d’une « mission nationale » !) pour bricoler un programme de maniaque obsessionnel enivré par un futur entièrement théorique. Mélenchon promet un « changement complet de logiciel économique » sans s’appesantir sur sa viabilité. Plus de bourgeois, plus de riches ? Alors, logiquement, plus d’entrepreneurs, plus de création de richesses, plus d’emplois, plus d’avenir. Plus de libre-échange, de concurrence, de vendeurs et d’acheteurs libres, une économie entre les mains de l’Etat – pardon, du peuple ? Plus d’experts, donc, pour la faire tourner. En revanche, pléthore de fonctionnaires pour fausser les « marchés », vanter des résultats bidon, truquer les chiffres et les statistiques.

Vient ensuite l’argent. Le programme crée ou alourdit vingt-cinq prélèvements : impôt sur le revenu à quatorze tranches contre cinq, ISF rétabli, taxe Zucman de 2 % sur les patrimoines, suppression de la flat tax, TVA grand luxe, taxe sur les superprofits, cotisation sociale universelle, taxe d’habitation rétablie, et une taxe foncière « refondue pour la rendre progressive et que chacun paie à hauteur de son patrimoine total réel », autrement dit un impôt sur la fortune déguisé en impôt local. Et pas une seule estimation, dans les deux cent vingt-deux pages, de ce que tout cela pourrait rapporter. Au fil des chapitres apparaissent encore trois autres mesures : « Instaurer un impôt universel sur les revenus des particuliers » : vous êtes imposé où que vous viviez. « Rétablir une exit tax renforcée » : si vous voulez sortir du pays, vous payez. « Contrôler les mouvements de capitaux » : votre argent, lui, ne sort pas. Imposé partout, taxé à la sortie, capitaux bloqués. On ne vous interdit pas de partir. Mais si vous partez, vous perdez tout.

Un air de déjà-vu

Cours camarade, le vieux monde est devant toi ! « Le goût du futur : aux nouvelles frontières de l’humanité », peut-on lire dans le programme de Mélenchon qui, on le sait, ne recule jamais devant le grandiloquent. C’est ce même genre de formule qu’employait le communisme, et parmi les mesures préconisées par Mélenchon, on relève des similitudes plus qu’inquiétantes dont on s’étonne qu’elles puissent convaincre, sauf à totalement méconnaître les expériences passées. Le régime communiste confisquait lui aussi les biens de ceux qui fuyaient le paradis. Le régime communiste réglementait lui aussi l’occupation des logements : deux pièces pour une ou deux personnes, on estimait cela suffisant. Le régime communiste prétendait lui aussi réguler l’économie à sa manière (il circulait chez nous une formule que l’on se répétait à l’usine : ils font semblant de nous payer, nous faisons semblant de travailler.). Et pendant ce temps, la population s’appauvrissait, la misère s’étendait. J’ai personnellement connu les pénuries, les queues dans les magasins, les cartes de rationnement : un kilo de viande, un kilo de sucre, un litre d’huile, par personne et par mois ; les appartements à 12 ou 13 degrés maximum en hiver ; l’électricité coupée plusieurs heures par jour ; les deux seules heures quotidiennes de télévision, en grande partie consacrées au président Ceausescu, le « génie des Carpates » ; l’essence rationnée, la circulation autorisée un dimanche sur deux en fonction du numéro de la plaque d’immatriculation ; etc.

Une nouvelle France, cela évoque aussi fâcheusement les pays nouveaux du communisme, la collectivisation forcée qui a fait des millions de victimes parmi les paysans, les exodes de la campagne vers des villes sans âme, dans d’horribles immeubles construits à la hâte, sans eau chaude, sans ascenseur, les villages abandonnés vidés, rasés…

Mais tout cela, beaucoup l’ont oublié ou ne l’ont jamais su. Surtout dans ces jeunes générations que Jean-Luc Mélenchon séduit. Que le collectivisme produise mécaniquement de la contrainte, qu’il ne puisse s’exercer puis se maintenir qu’avec un appareil puissant et coercitif, lui-même surveillé par un pouvoir sans contrôle, est évidemment passé sous silence. Mélenchon se réclame du peuple. Il parle du « pouvoir au peuple », il réclame « la justice au nom du peuple ». Cela fait froid dans le dos. Car c’est ce que disaient les dictateurs communistes : tout était fait et décidé au nom du peuple. La plus légère contestation faisait de vous un « ennemi du peuple ». Dans le programme de LFI, il s’agit de « balayer l’oligarchie, abolir les privilèges de la caste ». La haine avec laquelle Mélenchon pointe du doigt ceux – riches, chefs d’entreprise, adversaires politiques…, qu’il considère comme des ennemis qui doivent être remis à leur place peut, sans exagération, faire craindre le pire.

Je ne prétends pas que son programme installerait le régime que j’ai connu en Roumanie. Il n’y a dans ces deux cent vingt-deux pages ni parti unique, ni police politique (juste « Refonder une police républicaine »). Mais les instruments sont les mêmes : un seuil au-delà duquel l’État prend tout, la réquisition érigée en procédure ordinaire, le monopole public dans plusieurs secteurs, un plan qui décide de la production, des prix administrés et une catégorie, les « biens communs », dont la liste sera dressée après l’élection et qui met en danger de fait la propriété privée. L’homme nouveau y figure aussi, sous le nom d’émancipation. C’est bien ce qui m’inquiète. Car vous aurez beau protester, ce serait du pareil au même, si Mélenchon devenait l’homme nouveau de la France !

*Nicolas Lecaussin, directeur du think-tank libéral l’IREF-Contrepoints, est d’origine roumaine et a connu la dictature communiste avant 1989.



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Author : Par Nicolas Lecaussin*

Publish date : 2026-11-07 17:00:00

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