Dans les 461 titres à paraître en cette fin août, ce sont eux qui se détacheront en priorité. Si Baignade surveillée de Laura Kasischke sera à juste titre porté aux nues, on a plus de réserves sur La Solitude des professeurs est infinie de Yannick Haenel, dont certains parlent pour le prix Goncourt. On pourra s’étonner de la surreprésentation dans notre sélection de la maison Gallimard, mais c’est ainsi : sauf surprise, elle va écraser la rentrée.
Baignade surveillée, de Laura Kasischke
L’enfant du grand bain
« Cet après-midi-là, la maître nageuse ne vit pas Richie Manning, le petit garçon qui se noyait au milieu de la piscine. » Ainsi commence Baignade surveillée, le roman de l’Américaine Laura Kasischke, de retour treize ans après la parution du saisissant Esprit d’hiver (Christian Bourgois). Aucun suspense, on connaît dès la première page la fin du récit, et pourtant, quel exercice virtuose que celui dans lequel nous entraîne la romancière, fouillant, creusant, explorant chaque détail, chaque strate, chaque faille, chaque émotion de cette journée fatidique, tissant de l’ordinaire (la conjonction de destins entrechoqués) une époustouflante tragédie.
À Mission Hills, ville moyenne du Michigan, le matin du 16 juillet 1969, tous attendent les premières images de la fusée Apollo décollant vers la Lune. Chez les Manning, le petit Richie se fiche de l’événement, il lui tarde de retrouver la piscine bleu lagon du club Jolly Rogers, bondée en cette chaude journée. L’enfant a le niveau « têtard », suffisant pour nager seul dans le petit bain, pas pour le grand. Sur sa chaise haute, jambes bronzées, queue-de-cheval, lèvres brillantes de gloss à la fraise, l’étudiante surveille-t-elle vraiment la baignade derrière ses lunettes de soleil ? A-t-elle vu que la corde séparant les deux zones de baignade n’a pas été tendue ? Revenant sans cesse en arrière, l’autrice explore, scrute, excave, plongeant dans les vies minuscules des témoins clés, comme la petite Becca et sa bicyclette, Madame Bouchelard et ses mouches ou la voisine égotiste, Madame Friedlander… Une lecture vertigineuse, signant le retour de l’immense écrivaine. Emilie Lanez
Baignade surveillée, par Laura Kasischke. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy. Gallimard, 315 p., 23 €.
L’Adolescence du perroquet, d’Amélie Nothomb
Drôle d’oiseau
Dans ce qui reste son meilleur livre publié ces dernières années, Psychopompe (2023), Amélie Nothomb faisait l’éloge de différents volatiles, de la grue du Japon au casoar casqué, sans oublier l’engoulevent oreillard ou la bergeronnette grise. Au cours de cet émouvant autoportrait en oiseau, elle s’identifiait surtout à l’alouette (pour le chant) et au merle (en raison de la noirceur de son plumage et de son insatisfaction chronique). « Désormais, écrire, ce serait voler », notait-elle en se souvenant de la révélation de sa vocation de romancière. Les fans de la Belge aristo-gothique ne seront pas surpris de la voir mettre en scène un gris du Gabon dans son nouveau livre.
L’Adolescence du perroquet est une curiosité. Il y est question d’un homme indécis, chroniqueur radio de son état, qui aime surtout flâner au Louvre, notamment pour y contempler Singes et perroquet auprès d’une corbeille de fruits de Frans Snyders. Ayant hérité l’appartement de ses parents, il y vit sans rien oser toucher. Un jour, un voisin lui confie Jo, ledit gris du Gabon. Il serait clairement plus agréable d’avoir chez soi une corneille empaillée. Très remuant, le perroquet rend la vie impossible à l’antihéros kafkaïen de Nothomb : il l’insulte et saccage le salon dès qu’on le laisse sortir de sa volière. Pourquoi ne pas se débarrasser de ce fâcheux oiseau qui répète des insanités ? Malgré l’enfer qu’il lui fait subir, le célibataire endurci s’attache à l’animal de compagnie. On n’ira pas jusqu’à parler d’une relation toxique, mais il n’est pas interdit de lire dans L’Adolescence du perroquet une métaphore du masochisme avec lequel nous laissons l’amour nous dévorer. Paul Léautaud aurait aimé ce roman, lui qui vivait reclus avec ses chats et sa guenon… Louis-Henri de La Rochefoucauld
L’Adolescence du perroquet, par Amélie Nothomb. Albin Michel, 155 p., 18,90 €.
L’inconnue du quai de Javel, de Philippe Jaenada
Maigret et la jeune morte

La recette est désormais aussi connue que celle de la blanquette de veau qui inaugure son nouveau livre : depuis une dizaine d’années, Philippe Jaenada s’empare d’un fait divers, rouvre le dossier, réhabilite si possible une femme et démontre que journalistes, enquêteurs ou magistrats se sont trompés. L’inconnue du quai de Javel, c’est Louise Cansot, retrouvée morte sur les berges de la Seine le 6 septembre 1949. Rhabillée et déplacée, cette modèle de peintres de Montparnasse était nue au moment de son assassinat par étranglement. La police n’a jamais retrouvé le coupable, mais l’inspecteur Jaenada reprend l’enquête, fidèle à sa méthode : fouille obsessionnelle dans les archives, visite des lieux pour tenter de remonter le temps et whisky pour stimuler l’inspiration.
On peut compter sur le génie jaenadaesque de la digression pour nous occuper tandis que l’investigation patine. L’écrivain s’interroge sur un autre mystère, celui de la disparition des pamplemousses jaunes, nous réserve des caméos surprises (le jeune Léon Zitrone) et rend un hommage émouvant à sa voisine Émilie Dequenne, morte l’année dernière. Impossible de ne pas avoir un fou rire à l’évocation d’un souvenir de jeunesse, quand le futur auteur et ses camarades, désireux de découvrir le Paris coquin, ont guetté sans succès des couples exhibitionnistes en face du Palais de Justice, ayant confondu porte et place Dauphine. Après Patrick Modiano, Philippe Jaenada se place ici sous le patronage de Georges Simenon et de son commissaire Maigret, avec qui il partage le goût des parenthèses et des bistrots, mais pas de la concision (la barre des 500 pages a une nouvelle fois été dépassée). Ce sont ces allers-retours entre réalité et fiction qui donnent une saveur particulière (de pipe et de blanquette) à ce millésime 2026.
L’inconnue du quai de Javel, par Philippe Jaenada. Flammarion, 523 p., 23 €. Thomas Mahler
Le Palais, de François-Henri Désérable
Un grand cru littéraire
Il faut savourer ce Désérable 2026 comme on déguste une bouteille de Romanée-Conti 1945 : cela nettoie la bouche de toutes les piquettes vinaigrées dont nous saoulent régulièrement les éditeurs. En s’inspirant de l’histoire vraie de Rudy Kurniawan, faussaire de génie qui fut condamné par la justice américaine en 2014, François-Henri Désérable imagine la vie d’un certain Arun Kumar, orphelin indien adopté par un couple bourguignon en 1998. Elevé au milieu des vignes, doué d’un palais absolu, le jeune homme va se former à l’œnologie avant de réussir à s’infiltrer dans la haute société américaine, où il vendra à des gros poissons des bouteilles subtilement contrefaites…
Bien que fanatique de Pierre Michon (nul n’est parfait), Désérable évite les afféteries chères à son maître : c’est un styliste qui mesure ses effets et édite toujours parfaitement ses manuscrits, évitant les longueurs et dosant très bien les tanins (poésie, humour, érudition, suspense). Le Palais est un roman pointu mais potentiellement grand public, vivant et riche en rebondissements, que l’on peut servir aux connaisseurs comme aux profanes. On pense à Roman Gary pour la mise en scène de la mystification, à Dumas pour l’esprit de vengeance très Monte-Cristo qui anime Arun Kumar, et enfin à Roald Dahl, auteur de savoureuses nouvelles dans lesquelles il tournait en dérision les pseudos experts du vin. Le Palais est aussi un voyage qui enivrera ceux que dépayse la lecture des récits de Sylvain Tesson : au fil des 400 pages, on va des bidonvilles de l’Inde aux plus célèbres vignobles de la Côte-d’Or, puis à New York, d’un taudis d’Alphabet City jusqu’au très chic Knickerbocker Club. Une lecture grisante, idéale pour oublier la gueule de bois de la rentrée. L.-H. L. R.
Le Palais, par François-Henri Désérable. Gallimard, 401 p., 23 €.
Chronique d’un royaume perdu, d’Ananda Devi
Bouchon, le refuge fantastique
Au Bouchon, campement isolé de l’île Maurice, quatre générations se succèdent depuis le temps de l’esclavage, en passe d’être aboli. Les cinq fondateurs viennent d’une plantation sucrière, de l’autre côté de la forêt. Trois sont nés de la passion entre la blanche Madame Dumontais et son esclave priapique le Vieux Bouc, les deux autres furent conçus par l’aigre Monsieur Dumontais et sa domestique noire, Zélie. Aucun des cinq n’est franchement noir, ou nettement blanc, aussi sont-ils bannis pour leur couleur inclassifiable. Demi-frères et sœurs, ils se lient d’amitié et s’établissent dans ce lieu perdu dont ils font leur colonie, que dévastent cyclones, incendies, agressions des colons voisins, et même la tentation capitaliste. Le narrateur, jamais nommé, s’adresse à Virginie, la fille muette de la dernière génération à laquelle il conte la vie de leur minuscule refuge.
Dans son nouveau roman, Chronique d’un royaume perdu, l’écrivaine mauricienne, Ananda Devi, également ethnologue et traductrice, imagine ainsi une mythologie ensorcelante inventant une galerie de personnages (très) fantastiques : Willie expiant tous les péchés de l’humanité, Mylène, la morte-vivante dont la bouche parle en papillons, Paul qui vit avec les oiseaux, et Frédéric parmi les poissons, Mary fécondant les plantes, Alceste qui viole et tue, quand Licien, le neveu monstrueux, dort avec les cabris. La chapelle crucifie sur l’autel le prêtre venu marier, le moulin pleure ses esclaves tués à la tâche. Le Bouchon, lieu sans présent, ni passé, brouille les alliances, transgresse les tabous de l’inceste, abritant durement ces existences luttant contre l’oubli. Pour les amateurs de magie débridée. E. L.
Chronique d’un royaume perdu, par Ananda Devi. Grasset, 464 p., 24 €.
JE, de Lilia Hassaine
La prisonnière de Thornfield
Trois ans après Panorama, prix Renaudot des lycéens 2023, la journaliste et écrivaine Lilia Hassaine publie son quatrième roman, paresseusement titré JE, pour la promotion duquel elle a mis fin à son émission littéraire hebdomadaire sur les ondes de France Inter. Après L’Œil du paon et Soleil amer, la romancière, douée d’une plume habile, s’y essaie à un genre nouveau : elle écrit une préquelle, soit une œuvre précédant une œuvre antérieurement créée. Ici donc l’histoire d’Antoinette Cosway, figure fantomatique de Jane Eyre, le chef-d’œuvre de Charlotte Brontë. Nous voici en Jamaïque dans les années 1830, à l’heure de la rébellion des esclaves. La jeune et ravissante Créole de bonne famille, dont le fiancé a disparu, tombe amoureuse d’un Anglais mutique et sensuel, Edward Rochester, qu’elle épouse, au grand soulagement de son demi-frère, inquiet de sa réputation. Dans le domaine familial de Coulibri, la mère d’Antoinette a en effet sombré dans la folie avant de mourir, quand son frère Pierre, décédé dans l’incendie de leur habitation, était né handicapé. Le jeune couple Rochester quitte les Caraïbes et s’installe en Angleterre. Enfermée dans le manoir lugubre de Thornfield, sous la surveillance de domestiques, Antoinette se voit attribuer un nouveau nom, Bertha Manson, et perd progressivement sa liberté, soumise à l’emprise perverse de son bourreau distingué.
Placé au centre de la scène, le personnage secondaire de Jane Eyre retrouve « une voix, un corps et une histoire », le tout porté par l’écriture bien troussée d’une romancière audacieuse. On profitera de cet agréable roman pour relire le puissant et voluptueux La Prisonnière des Sargasses de Jean Rhys, l’autre préquelle de Jane Eyre, publiée en 1966. E. L.
JE, par Lilia Hassaine. Gallimard, 250 p., 21 €.
L’architecte de Notre-Dame, d’Aurélien Bellanger
Entre Victor Hugo et Dan Brown
Il y a deux ans, nous avions dit tout le mal que nous pensions des Derniers jours du Parti socialiste (Seuil), roman à (grosses) clés qui imputait à la gauche républicaine la responsabilité de la montée de l’extrême droite. Dans L’architecte de Notre-Dame, Aurélien Bellanger quitte la politique pure et dure pour revenir à ce qu’il fait de mieux : bâtir des fictions à idées à partir d’un sujet apparemment théorique, ici l’architecture. Le roman est centré autour de la figure d’Eugène Viollet-le-Duc, restaurateur de Notre-Dame, de la basilique de Vézelay ou de la cité de Carcassonne, longtemps raillé pour son goût du pastiche annonçant Disneyland, et revenu au cœur de l’actualité avec l’incendie de la cathédrale parisienne. Aurélien Bellanger réhabilite largement ce génie anachronique, rationaliste obsédé par les chimères, qui fut un précurseur de la modernité tout en réinventant un Moyen-Age fantasmé. Il entrelace deux récits, l’un centré sur le dernier voyage (inventé) de Viollet-le-Duc avant sa mort en 1879, l’autre sur un jeune tailleur de pierre qui, un siècle plus tard, a grandi dans un manoir (lui aussi inventé) conçu par l’architecte.
Le goût du romancier Bellanger pour les théories du complot crispait quand il s’agissait de l’actualité récente de la gauche française. Il enchante quand il revient sur le temps long des cathédrales gothiques. Faisant de l’Histoire une lutte entre pierre et béton, francs-maçons et Eglise catholique, Aurélien Bellanger passe des pyramides à la Manif pour tous, du Second Empire à Daech, suggérant que le Moyen-Age est bel et bien de retour dans la France du Puy du fou et des ZAD. Il résout au passage le mystère de l’incendie de Notre-Dame. C’est souvent fumeux, mais toujours brillant et divertissant. On se dit qu’on tient là une réponse française aux idioties de Dan Brown. T.M.
L’architecte de Notre-Dame, par Aurélien Bellanger. Actes Sud, 279 p., 22 €.
La Solitude des professeurs est infinie, de Yannick Haenel
Moins de la moyenne
Le nouveau roman de Yannick Haenel se termine par cette phrase : « Nous nous sommes regardés tous les deux et avons éclaté de rire. » C’est un des grands mystères de ce livre nébuleux à plus d’un titre : le narrateur passe son temps à s’esclaffer et à partir dans des fous rires alors qu’il n’est pas drôle une seule fois en 314 pages. Haenel met en scène son alter ego Jean Deichel, ici professeur stagiaire dans un collège de Mantes-la-Jolie au cours des années 90. Pour donner une idée du personnage, précisons qu’il est capable de passer des vacances entières à écouter non-stop un album de Björk (au secours !) et s’identifie en toute simplicité à Stendhal et au héros de L’Idiot de Dostoïeveski – les livres de Haenel sont toujours très référencés.
Après une première moitié bien monotone enchaînant les divagations solipsistes (au cours desquelles Deichel rit souvent tout seul sans que l’on comprenne pourquoi), il se passe enfin quelque chose page 177 : une collègue de Deichel, prof de musique, est agressée en plein cours alors qu’elle faisait écouter du Bach à ses élèves. Après cette acmé, dès qu’il monte dans le RER, Deichel se répète en boucle que « la solitude des professeurs est infinie ». Il finira par se faire arrêter pour surmenage suite à un accrochage avec un collégien, et par quitter l’Education nationale… Dans l’épilogue, Haenel/Deichel explique que c’est l’assassinat de Samuel Paty, en 2020, qui lui a donné envie de se lancer dans des confessions sur son expérience de prof. Le parallèle paraît pour le moins hasardeux, pour ne pas dire indécent, mais passons. Face à un tel pensum, où l’ennui du lecteur est aussi infini que celui des enseignants, une seule solution : on se lève et on se casse comme l’autre Haenel (Adèle). L.-H. L. R.
La Solitude des professeurs est infinie par Yannick Haenel. Gallimard, 314 p., 21,50 €.
Une histoire d’amours, de Serge Joncour
La chapelle des amants
Franck, Léa et leurs deux enfants ont fui la ville pour un hameau aux confins du Morvan, où ils s’installent dans un moulin délaissé, sur les anciens marécages, nommés autrefois les Terres d’eau. Léa, malheureuse à la campagne, fait la navette avec Paris, dont elle rentre de méchante humeur. Les enfants s’amusent dans le potager. Franck, illustrateur pas débordé par les commandes, se lie avec les voisins : le vendeur de carpes volées, Joss, bricoleur louche à la main leste, et sa compagne, l’excitante Kelly, dont la robe séchant sur la corde à linge lui ravit les sens. Profitant des absences de son épouse insatisfaite, le néo-rural Franck flirte bientôt avec Kelly, se piquant d’exhumer en son affriolante compagnie le passé de la mystérieuse chapelle des Amants, dont le blason l’intrigue. Il décide d’en raconter l’histoire oubliée dans une bande dessinée, dont il cache les planches à sa femme.
Dans son nouveau roman, Une histoire d’amours, l’écrivain Serge Joncour ne fait pas dans la dentelle, tricotant avec un fil épais la passion adultérine de Franck et Kelly et celle, qui au XIXe siècle, enfiévra Joséphine, la rebelle fille du méchant baron, et le joli Rodolphe, officier de santé né pauvre paysan. Ce dernier, mauvais cavalier, étant courageusement résolu à éradiquer la malaria, comme à contrer les croyances néfastes d’un clergé inculte. Alternant entre les époques, les amours interdits des deux couples morganatiques se consument de chapitre en chapitre, sans grâce, ni surprise. Si l’érudition de l’auteur, décrivant avec talent la pharmacopée balbutiante de la médecine de campagne en 1824, s’avère plaisante, on s’ennuie avec ces amants malheureux, dont on devine sans peine le sort. E. L.
Une histoire d’amours, par Serge Joncour. Albin Michel, 380 p., 21,90 €.
Ligne de feu, d’Arturo Pérez-Reverte
Chair à canon
Deux ans après la traduction de son roman L’Italien, Arturo Pérez-Reverte troque le roman d’amour historique pour une variante qu’il connaît par les tripes : le récit de guerre. Dans Ligne de feu, il décrit un épisode déterminant de la guerre civile espagnole : la bataille de l’Ebre. Dans cette vallée en Catalogne, 200 000 hommes vont s’affronter, opposant républicains et nationalistes. Si les événements ont bien existé, les personnages suivis pendant ces dix jours de conflit titanesque sont fictifs.
Son savoir-faire de correspondant de guerre – Pérez-Reverte a couvert 18 conflits en 21 ans, dont sept guerres civiles – permet une immersion totale. Le lecteur sent la peur, la sueur, le sang et l’urine. Avis aux amateurs de récit de guerre : aucun détail de la bataille ne sera mis de côté. Cette obsession du détail confine parfois au trop-plein – difficile de faire l’économie de longueurs sur dix jours et près de 700 pages – mais Pérez-Reverte sauve le roman par ses personnages, qui donnent un visage à la boucherie.
Son travail sur leur rapport à la guerre est d’ailleurs la meilleure partie du roman. C’est dans les figures les plus « revertiennes », celles qui rappellent ses romans d’aventures, que Ligne de feu trouve son souffle. Patricia « Pato » Monzon, chargée des transmissions dans une unité uniquement composée de femmes. Ginès Gorguel, menuisier surpris par le soulèvement à Séville, est enrôlé de force aux côtés des nationalistes tout en rêvant de déserter ; ou encore Vivian Szerman, journaliste idéaliste de Vanity Fair, qui déchantera vite. « Personne n’est vainqueur après avoir été sur le front », a expliqué Pérez-Reverte à la sortie de son livre en Espagne. Ligne de feu l’illustre à chaque page : des vaincus des deux côtés. Alexandra Saviana
Ligne de feu, par Arturo Pérez-Riverte. Traduit de l’espagnol par Gabriel Iaculli. Gallimard, 656 p., 25 €.
Source link : https://www.lexpress.fr/culture/livre/rentree-litteraire-les-dix-livres-evenements-a-lire-et-ceux-a-fuir-THG4ATRJN5AFFI2XLSAKA5OZMA/
Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld, Emilie Lanez, Thomas Mahler, Alexandra Saviana
Publish date : 2026-08-16 10:00:00
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