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Moyen-Orient : le plan secret du régime iranien pour élargir le conflit

La trêve irano-américaine, signée ce 17 juin, n’aura pas beaucoup souffert de l’oisiveté. Téhéran devait rouvrir le détroit d’Ormuz puis négocier sur son programme nucléaire ; Washington promettait notamment des exemptions de sanctions sur le pétrole et l’accès à plusieurs milliards de dollars gelés. En coulisses, pourtant, les tenants de la ligne dure du régime iranien avaient profité de l’accalmie pour préparer la suite. Trois semaines plus tard, l’Iran tirait sur des navires escortés par les États-Unis. Surprise à Washington ; beaucoup moins, semble-t-il, à Téhéran : selon des responsables iraniens et arabes cités par le Wall Street Journal, les tenants de la ligne dure du régime n’auraient jamais considéré l’accord comme le début de la fin. Leur lecture était inversée : elle pouvait servir aux États-Unis et à Israël à soulager l’économie mondiale, gagner du temps, puis préparer une attaque plus importante. Ils auraient donc utilisé les deux mois suivants pour se préparer à une confrontation plus large. En diplomatie, chacun lit les petites lignes : les deux capitales, ici, ne semblaient pas lire le même document.

L’appareil militaire se durcit

Le changement se joue d’abord à l’intérieur de l’appareil militaire. Les Gardiens de la révolution ont obtenu davantage de contrôle sur l’armée régulière, tandis que plusieurs vétérans de la guerre Iran-Irak ont retrouvé des postes clés. Mohsen Rezaei, qui dirigeait les Gardiens dans les années 1980, a été nommé secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Jossein Taeb, associé à la répression des manifestations de 2009, a été rappelé à la tête du Basij, avec pour mission d’en faire un réseau de renseignement de proximité.

La production de missiles et de drones a parallèlement été accélérée, le contre-espionnage renforcé et la chaîne de commandement resserrée. Le nouveau chef des Gardiens, Ahmad Vahidi, a reçu pour mission de mener de « puissantes opérations offensives contre l’ennemi ». Dès le lendemain, son conseiller Mohammad Reza Naghdi expliquait que les opérations devaient pouvoir être portées sur le territoire adverse. Les Gardiens ont aussi travaillé avec leurs alliés régionaux. Des conseillers ont été envoyés en Irak, au Yémen et au Liban. Des communications interceptées par des services de renseignement arabes montreraient des discussions avec les houthistes et des milices irakiennes sur une intensification des attaques. Au Yémen, les Gardiens auraient supervisé le déploiement de missiles et de lanceurs de drones face à la mer Rouge, tout en transmettant des renseignements et des listes de cibles, dont des ports et des installations énergétiques saoudiennes.

La guerre gagne du terrain

Fin juillet, les houthistes ont frappé des forces yéménites soutenues par Riyad et ont annoncé la fermeture du détroit de Bab-el-Mandeb aux intérêts saoudiens. L’Arabie saoudite a parallèlement accusé des milices pro-iraniennes en Irak d’avoir lancé des drones contre ses installations pétrolières. Téhéran aurait aussi adressé à plusieurs États du Golfe des listes de sites énergétiques susceptibles d’être détruits si les États-Unis frappaient des infrastructures équivalentes en Iran. Le ton s’est encore durci ce lundi 17 août. Un haut responsable iranien a déclaré à Reuters que Téhéran se donnait quelques semaines avant d’accroître les tensions dans le détroit d’Ormuz et au-delà si Washington n’appliquait pas pleinement l’accord de juin. Faute d’avancée diplomatique, l’Iran menace désormais d’une attaque militaire « opportune et précise » contre le blocus naval américain et affirme passer d’une posture défensive à une posture offensive.

Pour la suite, les options étudiées sont encore plus provocantes : frappes préventives, sabotage de câbles Internet dans le Golfe, déstabilisation au Bahreïn ou au Koweït, voire incursions terrestres au Koweït. En mai, les autorités koweïtiennes ont annoncé avoir intercepté six membres des Gardiens arrivés sur une île à bord d’un bateau de pêche loué. Cette préparation n’efface pas les fragilités iraniennes : les frappes américaines et israéliennes ont considérablement endommagé les capacités militaires et l’économie du pays, tandis que le président Masoud Pezeshkian et d’autres responsables plus pragmatiques poussent en faveur d’un accord susceptible d’alléger les sanctions. Mais selon les responsables israéliens, les infrastructures sont réparées plus vite que prévu, et l’Iran conserve assez de moyens pour menacer des bases américaines, des navires et plusieurs installations énergétiques du Golfe. Washington attend que les sanctions et le blocus naval ramènent Téhéran vers une position plus conciliante. Les tenants de la ligne dure du régime iranien, eux, semblent partir d’une autre hypothèse : la guerre n’est pas terminée.



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Publish date : 2026-08-17 15:24:00

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