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Présidentielle 2027 : Marine Tondelier, chronique d’une ambition contrariée

La sénatrice écologiste Mélanie Vogel a pourtant prévenu sa camarade. En octobre 2025, Marine Tondelier l’informe de l’imminence de sa candidature à la présidentielle. Enfin… à l’hypothétique primaire de la gauche (à l’époque), en passant par une désignation interne au sein du parti des Verts. « Tu vas déclarer une candidature à rien, on se sait même pas si la primaire va se faire », lui répond alors cette interlocutrice, issue de son propre courant.

L’histoire était-elle écrite d’avance ? Dix mois plus tard, la primaire est mort-née. Malgré la canicule, malgré son été à sillonner la France en van électrique, la secrétaire nationale des écologistes n’est pas franchement parvenue à percer dans l’opinion, par-delà sa rhétorique unitaire. Les sondages sont d’ailleurs cruels à son sujet : elle oscille depuis quelques mois entre 1 % et 4 % des intentions de vote, selon les instituts. Dernièrement, elle ouvre donc la porte à un éventuel retrait : « Mon bulletin de vote ne sera jamais celui qui fera gagner le Rassemblement national », a-t-elle dit à La Tribune Dimanche. Marine Tondelier et l’aspiration présidentielle, chronique d’une ambition contrariée.

Rassembler le troupeau

« Oui, je sais, Jean-Luc… Pour la présidentielle, tu ne t’imposes pas, mais tu ne t’exclus pas non plus. » Dans ce restaurant parisien début octobre 2024, Marine Tondelier et Jean-Luc Mélenchon partagent un dernier déjeuner, échangent quelques vérités. L’écologiste a bien compris que le patriarche insoumis n’était pas tout à fait en retrait et pas du tout à la retraite, que sa quatrième candidature à la présidentielle n’était qu’une question de mois. Combien de fois l’a-t-elle entendu choisir son concurrent, qualifier Raphaël Glucksmann d’ »adversaire idéal » ? Tondelier veut se défaire d’un mano à mano qu’elle juge mortifère, elle qui a fait de l’unité à gauche un mantra politique, un slogan personnel, une rampe de lancement dans la course à l’Élysée. Guillaume Lacroix, président du Parti radical de gauche (PRG), se souvient pourtant de leur première et seule rencontre au siège des écolos, la conseillère régionale des Hauts-de-France à peine désignée à la tête de son parti. « Elle n’envisageait pas de candidature écolo à l’époque. C’est ce qu’elle m’a dit, mais elle n’était pas obligée de le penser », ironise-t-il.

Est-ce sa popularité soudaine, née au lendemain de la dissolution, ou la nécessité d’empêcher son parti d’exploser ? Sûrement un peu des deux. La secrétaire nationale, qui dispose au siège d’une panoplie de vestes vertes et d’un portrait d’elle, dans son bureau, grimée en Wonder Woman, a gardé en mémoire le conseil de son ancienne mentor, Cécile Duflot : « Elle disait qu’il fallait être un chien de troupeau, courir autour pour unifier. » Las, Marine Tondelier a compris que l’assertion ne concernait plus seulement la gauche, mais sa propre formation politique, tiraillée entre les deux pôles dominants à bâbord.

Elle a observé quelques écologistes rejoindre les candidats insoumis lors des dernières municipales, sous la bannière des « Verts populaires ». Elle voit aujourd’hui la présidente du groupe parlementaire, Cyrielle Chatelain, et quelques députés invités aux universités d’été insoumises, et à deux doigts de céder aux sirènes de Mélenchon. La patronne écolo s’est alors renseignée du côté des réalos, le courant anti-insoumis de son parti. « Tu penses que des gens chez vous préparent un truc du style ‘Verts populaires’ version Glucksmann ? » Depuis, l’aile droite des écolos fourmille d’initiatives. Yannick Jadot annonce, dans Libération, la création d’un espace « pour refonder la gauche autour de la social-écologie », quand le député Jérémie Iordanoff, à La Tribune Dimanche, appelle à bâtir « une structure commune entre Place Publique, le Parti socialiste et les écologistes ». « Et toi Cécile, tu veux être candidate ? » : il y a quelques mois, elle aussi sondé Cécile Duflot. Car l’ancienne ministre aussi est sortie de sa retraite. Elle veut participer, à sa manière, à la présidentielle, puisqu’elle vient d’annoncer la création d’un « lieu de rassemblement » baptisé « Points communs ». Dans le fond, officiellement ou en leur for intérieur, chacun juge – pro-insoumis ou pro-Glucksmann – la candidature de Tondelier un brin superflu.

La barrière psychologique Mélenchon ?

Les conseils de François Hollande sont-ils si mauvais à prendre ? « Marine Tondelier devrait se donner pour mission d’influer sur le projet d’un autre candidat. Comme Cécile Duflot qui, en 2012, avait été utile pour la conquête en laissant Eva Joly perdre, et jouant à fond la victoire des socialistes », juge-t-il en privé, en se remémorant quelques bons souvenirs – son triomphe. « Elle est consciente qu’elle n’a aucun intérêt de se cramer si jeune pour faire un mauvais score », affirme l’un de ses interlocuteurs.

Mais dire que Tondelier s’est lassée des socialistes relève de l’euphémisme. Ce sont eux qui, par voie démocratique, ont planté le dernier clou sur le cercueil de la primaire, planche de salut d’une candidature écologiste. Est-ce à cause de la pression des siens ? Elle qui, jusqu’alors avait ignoré la proposition insoumise d’ »une nouvelle alliance populaire » derrière Jean-Luc Mélenchon, basée sur un accord « sur le programme » et sur les candidatures aux élections sénatoriales, législatives et régionales, s’est fendue d’un courrier à destination des forces politiques. « Nous sommes prêts à rediscuter avec tout le monde à gauche, sans exclusive », dit-elle à La Tribune Dimanche. Un petit « bouger » – même si ses proches nient l’idée d’un pas vers LFI. Balayé, pour l’heure, d’un revers de main par le coordinateur insoumis Manuel Bompard : « C’est un nouveau cycle de réunions, de palabres, sans objet, sans contenu, sans candidature, sans programme. »

Marine Tondelier pourrait-elle finir par soutenir la candidature insoumise ? La question divise jusqu’à son entourage. « Psychologiquement, ça serait très dur pour elle », admet l’un de ses interlocuteurs. Entre la secrétaire nationale écolo et la direction de LFI, les relations sont exécrables : elle est régulièrement interpellée sur les réseaux sociaux par les snipers numériques du mouvement. Dans la droite lignée de ses échanges avec Jean-Luc Mélenchon. Quand Tondelier avait fustigé, l’année dernière, ses méthodes de « bourrin » durant la législative partielle de l’Isère, le patriarche l’avait mitraillée par texto, avec l’élégance qui le caractérise. « Et toi pour qui te prends-tu ? Pour une libellule gracile ? Je vais tâcher de te mériter, princesse ». Mais que valent les inimitiés, les désaccords moraux, politiques et stratégiques, face à l’intérêt supérieur… du parti ? Réponse dans quelques mois.



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Author : Mattias Corrasco

Publish date : 2026-08-20 16:00:00

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