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Présidentielle 2027 : les leçons de la web-série de Jean-Luc Mélenchon

Nicolas Sarkozy en rêvait, Jean-Luc Mélenchon l’a fait. En 2007, le premier désarçonnait les médias en étant le premier candidat à leur fournir les images de ses meetings. Le bandeau « images fournies par le candidat » faisait alors bondir les chaînes de télé. Le second fait mieux : il est son propre média. Avec sa nouvelle web-série, intitulée « Le chemin de la victoire », Mélenchon construit sa légende, façonne son propre récit et contrôle son image. Le rêve de tout candidat à l’élection présidentielle.

Dans le premier épisode, qui dure près d’une heure et demie, on l’y voit affable et souriant, apaisé et rassembleur, à mille lieues de l’homme qui fait rire des salles en ironisant sur la prononciation de noms juifs. L’insoumis choisit ce qu’il veut montrer et fait un pari : il vaut mieux produire du contenu plutôt qu’y réagir. « Ils [les médias] fabriquent des fictions pour nous salir. Nous ne pouvons donc compter que sur nous-mêmes pour raconter ce qu’on ne vous racontera pas ailleurs », résume Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, qui a sa propre émission, « en campagne ».

Jean-Luc Mélenchon est un pionnier du genre. En 2011, avec ses équipes, il était le premier à lancer une web-série d’une trentaine d’épisodes de six minutes, diffusés chaque semaine. Cela s’appelait alors… « En marche » ! Macroniste avant l’heure, Mélenchon ? Le tribun ne se qualifiera pas au second tour mais l’équipe de communication du président américain Barack Obama – excusez du peu – contactera celle de Mélenchon pour s’inspirer du format. « On avait repris les codes de la fiction, raconte à L’Express l’ex-directeur de la communication de la campagne de 2012, Arnauld Champremier-Trigano. La web-série avait vocation à convertir les curieux. Celle de 2026 s’adresse plutôt à la base de LFI, déjà convaincue. C’est un film d’entreprise, autopromotionnel. » Corporate, Mélenchon ? Bien sûr, tout a changé depuis 2011. La communication de l’ex-sénateur socialiste s’est professionnalisée. Le son est de meilleure qualité, les cadrages sont mieux réussis, ses équipes ayant les moyens financiers de réaliser un tel documentaire, presque calqué sur les codes d’une série Netflix.

« Vous n’avez pas idée de ce qu’on va leur faire »

Du premier épisode de la nouvelle web-série, « Nous c’est carré », on peut tirer quelques leçons sur cette campagne. Mélenchon, nourri de la pensée trotskiste, glisse cette confidence, qui mérite qu’on s’y arrête : « Nous ne sommes pas un parti d’avant-garde. Nous sommes un parti d’osmose. » LFI ne serait pas « l’avant-garde éclairée guidant le peuple », pour reprendre la formule de Lénine, mais un mouvement en phase avec son temps. Cela se vérifierait au meeting de Saint-Denis, ville modèle de la « Nouvelle France », à la Fête de la Musique et au Festival d’Avignon, où Mélenchon mêle culture et politique. « Nous, on est devenus moins bêtes le jour où on a commencé à comprendre qu’il fallait à la fois des explications rationnelles et des affects », explique Jean-Luc Mélenchon à un jeune rappeur. N’attendez pas de lui qu’il soit le candidat de la raison : le créneau est déjà pris. Lui qui s’inspire notamment des travaux de la philosophe Chantal Mouffe, théoricienne du populisme de gauche, il sera le candidat qui s’adressera à nos émotions.

Ne dites pas à Mélenchon, qui a eu 75 ans cet été, qu’il est trop vieux pour concourir au scrutin présidentiel. « Georges Clemenceau a bien pris le pouvoir à l’âge de 76 ans, et la médecine a progressé depuis », disait-il déjà à ses troupes en 2017. Rien n’a changé dix ans après, jure-t-il. Alors que d’aucuns le jugent « fatigué », le documentaire le montre prêt à mettre toute son énergie dans cette campagne. « Leur malheur, c’est que je suis trop vieux pour changer d’avis », glisse-t-il, sur le ton de la blague, à un homme au festival d’Avignon. Et qu’importe si le candidat est trop vieux, puisque son équipe est jeune. Le film montre bien que les jeunes élus qui l’entourent maîtrisent tous les codes de la communication numérique et l’on perçoit, à travers les images de leurs studios ultramodernes, l’avance que détient en la matière LFI sur ses concurrents. C’est l’avantage du format : il galvanise la base électorale et sert d’avertissement aux autres candidats.

Ce long documentaire permet également à Jean-Luc Mélenchon d’entretenir l’image d’un homme « seul contre tous », luttant, avec ses moyens, contre « l’officialité médiatique ». Et il en joue. « Ils ont peur, les médias ? », feint d’interroger un artisan à Avignon. « J’ai l’impression », répond Mélenchon. Ils ont quelques raisons. Qu’on en juge : en avril, il livrait cette glaçante confidence à l’économiste Frédéric Lordon dans l’émission Hors-Série : « Vous n’avez pas idée de ce qu’on va leur faire. Ça dépasse leur entendement. » Imagine-t-on Marine Le Pen faire une telle déclaration ?

Jean-Luc Mélenchon ne cherche qu’à prêcher des convaincus. Ainsi organise-t-il désormais des conférences de presse réservées aux « nouveaux médias », triant les journalistes invités, mais ne se prive pas de lancer sa campagne au 20 heures de TF1. On peut choisir ce que l’on veut montrer mais l’on ne peut pas (encore) supprimer les médias. Même lorsque l’on crée sa propre fiction, on est vite rattrapé par la réalité.



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Author : Sébastien Schneegans

Publish date : 2026-08-21 10:28:00

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