C’est l’histoire d’un sondage occulte, commandé à l’arrivée des beaux jours. Si secret que seul Olivier Faure a pu y jeter un œil, quand beaucoup de ses proches assurent en ignorer l’existence. Selon cette étude d’opinion, la primaire « ouverte », celle pour laquelle il plaidait car elle le favorisait (au montant de 2 euros), aurait attiré près de deux millions de Français. Mais ce sondage – prière de croire qu’il existe – est resté dans un tiroir. Halte au feu, pas question à l’époque, jure le patron, d’influencer le choix des militants avec les deniers du PS. Le 9 juillet dernier, les militants socialistes ont finalement voté en faveur d’une primaire fermée à plus de 55 % des suffrages, une configuration favorable à Raphaël Glucksmann. Des conditions entérinées cette semaine par les parlements internes du PS et de Place publique. Olivier Faure a donc perdu sa première bataille, même s’il est entré en guerre avec son « grand petit frère », comme jadis il appelait l’eurodéputé.
Ainsi fleurissent, depuis, les coups bas. A Limoges, quelques jours avant le premier tour des élections municipales, Faure est fou de rage. Glucksmann lui aurait « promis » de ne dire mot des insoumis sauf qu’à la vue des micros, il appelle à « rompre définitivement avec LF »”. « Il a fusillé notre candidat », dit un intime du patron du PS.
Le compagnonnage entre les deux hommes a en effet vécu, sacrifié sur l’autel d’ambitions contraires, produits de cette obsédante interrogation à gauche. « Il ne peut pas être le candidat de la gauche car il ne prend pas assez de voix à Mélenchon », confiait le premier secrétaire à un visiteur. Il n’en a jamais fait mystère auprès du principal intéressé, dont il n’est pas loin de comparer la trajectoire à celle d’Anne Hidalgo : « Je ne crois pas à ta candidature, mais tu fais partie des solutions possibles. » Au moins ont-ils écouté l’avertissement de Nora Mebarek, coprésidente socialiste à Bruxelles, excédée dans son bureau, en mai 2025, par ces malveillances mutuelles disséminées dans la presse. « Parlez-vous. L’un contre l’autre, il n’y a d’avenir pour aucun de vous deux. »
Heureusement que le Parti socialiste sait réguler les concurrences. Sauf que la vieille maison n’est pas vraiment celle du Seigneur. Sur la ligne de départ, Raphaël Glucksmann croisera le fer avec quelques socialistes pur jus. Les débats seront télévisés et la cible est toute trouvée. Olivier Faure aussi devrait en être, il l’annoncera d’ici au 15 septembre. « Il estime que la ligne stratégique qu’il incarne, sur la question de l’union à gauche, doit être défendue dans la primaire”, dit l’un de ses soutiens.
Les amis de Raphaël Glucksmann savent le coprésident de Place publique largement favori. Ceux d’Olivier Faure se font, eux, peu d’espoir, jusqu’à pour certains émettre des réserves quant à l’opportunité d’une telle candidature. Qu’adviendrait-il de lui s’il était battu en sa propre demeure ? Il soutiendrait le candidat élu, bien sûr, il confie même aux siens qu’il pèsera de tout son poids pour empêcher la campagne du champion d’être « déconnatoire ». « Si c’est pour qu’on gagne et que le trésorier du PS vienne nous faire suer tous les trois jours… », souffle un proche de l’ancien essayiste. S’il ne s’agissait que de cela. Et s’il ne s’agissait que de ces deux-là.
Dernièrement, les proches d’Olivier Faure ont sondé ceux de François Hollande. Au lieu d’octobre, pourquoi ne pas déplacer la primaire au mois de novembre, pour permettre au dernier président socialiste, si proche idéologiquement de l’ancien essayiste, de s’y incorporer ? Une manœuvre parfumée d’arrière-pensées, puisque le Corrézien – qui dévoilera ses ambitions en décembre – disposerait d’un peu moins de temps pour miser sur la chute du champion, et ainsi se présenter en recours.
Ce dernier a tout naturellement décliné. Il ne croit pas en cette primaire (même s’il a voté le 9 juillet dernier en faveur de l’option fermée) ni en la dynamique qu’acquerrait le vainqueur. Même si ce dernier s’appelait Raphaël Glucksmann. « Il ne peut pas adouber quelqu’un qui n’a pas fait ses preuves, le contexte est trop dramatique », dit l’un de ses amis. « A quel moment le président reçoit-il le bouton nucléaire ? », l’a un jour interrogé le présidentiable de Place publique. A gauche, François Hollande dispose encore de la sacoche pour quelques mois.
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Author : Mattias Corrasco
Publish date : 2026-08-28 17:18:00
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