On ne présente plus Léna Situations, cette pétillante influenceuse devenue papesse de la génération Z, qui s’est fait connaître par ses « vlogs d’août », des vidéos publiées sur YouTube retraçant ses étés entourée de ses amis. C’était la fille sympa, la « girl next door ». Surtout la bonne copine, la grande sœur, la confidente, l’amie avec un grand « A ». Depuis, la jeune femme de 28 ans a fait du chemin, jusqu’à tutoyer le gotha de la mode et de l’influence. Auteure d’un best-seller (Toujours plus, Robert Laffont) en 2020, distinguée parmi les « 30 Under 30 » du magazine Forbes, elle est la première influenceuse française invitée au très huppé Met Gala. Et la dernière en date à avoir rempli l’Accor Arena (20 000 billets vendus en 45 minutes), le 31 août dernier, pour refermer la page de dix ans de « vlogs d’août » lors d’un show enflammé.
Sur le papier, l’intitulé de la soirée, « Celui où ils disent au revoir », clin d’œil à la mythique sitcom américaine Friends, était on ne peut mieux choisi. Sur scène, les proches de Lena Mahfouf, son vrai nom, défilent tour à tour. Tantôt blagueurs, parfois émotifs, surtout chronométrés. Car deux heures, c’est long mais court pour qui compte autant d’amis que la starlette. Parmi lesquels les chanteurs Bilal Hassani, Adèle Castillon ou encore les influenceurs Sundy Jules et Sulivan Gwed. Sans oublier ses amis d’enfance, Solène et Marcus.
Sur le papier toujours, les adieux de Lena Mahfouf aux côtés des siens avaient donc de quoi donner un coup de pouce à la tournée promotionnelle de la députée insoumise Clémence Guetté, qui publie Pour une politique de l’amitié (La Découverte), véritable ode aux liens du cœur. C’était sans compter l’absence d’une proche de l’influenceuse, qui révèle bien davantage les limites de « l’amitié » sauce insoumise.
Le grand effacement
Son nom ne vous dit peut-être rien, mais Gisèle Journo, à la tête de l’agence d’influence Gisèle Paris, est une amie de Lena Mahfouf. Le hic : depuis son apparition dans plusieurs vidéos postées cet été par cette dernière, des internautes ont exhumé des contenus TikTok repartagés par Gisèle Journo en 2024 et 2025 sur ses réseaux : des vidéos de soldats de Tsahal, un concert du chanteur israélien Omer Adam, ou encore une publication montrant un drapeau israélien. Mais le véritable tournant est intervenu le 13 août, alors que l’eurodéputée LFI Rima Hassan accuse Journo sur X d’avoir « à plusieurs reprises relayé et soutenu du contenu de l’armée israélienne en plein génocide ». Avant d’appeler au boycott : « Je ne vais pas m’amuser à lister tous les influenceurs et influenceuses qui ont collaboré avec Gisèle Journo […] Le boycott s’impose ». Parmi les personnes ayant « aimé » la publication, se trouve… Léna Situations qui, dans le même temps, se désabonne du compte de son amie et de celui de son agence, avant de supprimer plusieurs publications les montrant ensemble.
Lena Mahfouf est loin d’être la seule à s’être distancée – c’est un euphémisme – de Gisèle Journo. L’influenceur Sundy Jules, lui, a carrément flouté le visage de cette dernière dans une vidéo publiée le 14 août. « Fuck Gisele fuck all Sionist qui me suivent », s’est aussi fendu le créateur de contenus Sparkdise avant de supprimer le post. Et Gisèle Journo de recevoir, à son tour, des milliers de messages haineux et antisémites tels « mourez bande de sionistes », « vous serez chassés, traqués, tabassés » ou encore « à la douche vulgaire insecte », d’après ses avocats. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris pour cyberharcèlement et menace de mort, et trois plaintes ont été déposées, selon les informations du Monde. Pendant ce temps, et après une chronique de l’émission Quotidien (TMC) relatant l’épisode, et selon laquelle « si Lena Situations doit sacrifier ses amis pour ne pas perdre trop de followers, elle le fera, et elle le fera sans vergogne », nombre de lieutenants du parti de Jean-Luc Mélenchon ont apporté leur soutien à l’influenceuse. A commencer par Manuel Bompard, coordinateur national du mouvement, la députée Gabrielle Cathala ou encore Antoine Léaument. Puisqu’on vous dit que l’amitié est un sujet central pour le parti de Jean-Luc Mélenchon…
Pour preuve : dans son ouvrage, Clémence Guetté, qui dirige aux côtés du lider maximo l’institut La Boétie, laboratoire d’idées de LFI, décrit carrément ce type de liens comme un rempart à opposer à l’individualisme promu par « les gens au pouvoir » et les « libéraux ». Au point de proposer un arsenal de nouveaux droits tels un « partenariat social » inspiré du PACS (et d’une proposition de loi de Jean-Luc Mélenchon déposée en 2022), un congé pour le deuil d’un ami, ou encore une « mutation professionnelle amicale ». Auprès du TIME France, Clémence Guetté insiste même sur la notion de « sororité ». Et d’enchaîner quelques jours plus tard au micro de France Inter sur ses amitiés transpartisanes – bien réelles, dit-elle…
L’orthodoxie ou la mort
Le cas Gisèle Journo est loin d’être le premier symptôme des limites insoumises en matière d’amitié. En 2018, Djordje Kuzmanovic, ami de longue date de Jean-Luc Mélenchon, avait été écarté de la liste des européennes pour des propos jugés « personnels » sur l’immigration, avant de quitter le mouvement. Six ans plus tard, ce fut au tour d’Alexis Corbière, ami de trente ans du patron, de se voir balayé d’un revers de manche lors des élections législatives de juin 2024.
En revanche, quand Adrien Quatennens avait reconnu avoir giflé son épouse, Jean-Luc Mélenchon avait publié un tweet saluant le « courage » du député et ami, lui disant « sa confiance et son affection ». De même que le chef de file avait également déclaré sur Facebook en 2017 : « amitié, affection et respect pour le sang-froid de Danièle Obono » – laquelle était au cœur d’une polémique pour avoir défendu cinq ans plus tôt la liberté d’un artiste, Saïdou, à chanter « Nique la France ». On ne saurait trop conseiller à nos lecteurs le livre-enquête La Meute (Flammarion, 2025), qui documente rigoureusement cette mécanique. S’appuyant sur plus de deux cents témoignages, les auteurs, Charlotte Bélaïch (Libération) et Olivier Pérou (Le Monde, ex-L’Express), y décrivent un mouvement dominé par l’impératif de loyauté totale envers le chef.
Ironie de l’histoire : alors que Léna Situations s’est illustrée jusqu’ici par son silence face à la polémique, en janvier dernier, lors d’un colloque organisé à l’Assemblée nationale intitulé « l’amitié pour faire peuple », Clémence Guetté citait Saint-Just, « ami de Robespierre » qui, comme le rapporte Le Figaro, décrivait l’amitié comme un « lien obligatoire dont la fin par la brouille ou la lassitude [devrait] se justifier publiquement ». L’un des mots d’ordre des révolutionnaires de 1793, chère au parti de Jean-Luc Mélenchon, disait « Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». Chez La France insoumise, on serait tenté d’entendre : « la loyauté ou la mort ».
Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/polemique-lena-situations-des-subtilites-de-lamitie-version-lfi-ZGTRUM4OVVDMDJLD7TDMLUP3VI/
Author : Alix L’Hospital
Publish date : 2026-09-03 16:00:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.