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Crise des migrants à Ceuta : ce rapport qui embarrasse Pedro Sanchez

Coup de tonnerre. Depuis ce mercredi 2 septembre, plusieurs médias espagnols se font le relais d’un rapport de la police sur le déroulement des faits les 30 et 31 juillet derniers à Ceuta. Durant ces deux journées, l’enclave espagnole a vu arriver un total de 72 000 personnes venues de chez son voisin marocain. Un afflux massif au cours duquel 91 personnes ont trouvé la mort selon les chiffres officiels, les associations faisant état d’au moins 140 victimes.

Missionné par la justice espagnole, le Centre national de l’immigration et des frontières aurait conclu, selon les médias ayant eu accès aux documents initialement destinés à la Cour nationale, à un « déploiement policier [NDLR : marocain] sensiblement plus réduit que d’ordinaire aux abords de la frontière » au moment des faits. Alors même que se tenait une fête à quelques kilomètres au Sud, à Rincon del Medik. Plus qu’une erreur malencontreuse du Maroc, le rapport de 55 pages dénonce, sans toutefois avancer de preuve concernant des ordres donnés par les autorités marocaines, une « totale permissivité » des policiers marocains, qui n’auraient pas sérieusement tenté « de réduire, disperser ou éloigner la masse de personnes du périmètre frontalier ».

Pour arriver à comprendre les événements, les enquêteurs du Centre national de l’immigration et des frontières ont interrogé des migrants arrivés sur le territoire ces jours-là, et qui attestent « de façon pratiquement unanime que les forces de police non seulement restaient passives face aux tentatives d’entrée, mais leur ont indiqué, en plus, de passer par la mer ».

Qui dit vrai ?

Face à cette nouvelle qui s’est propagée comme une traînée de poudre dans la presse espagnole, le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, aurait contacté, de son propre chef, la police afin d’évaluer « la véracité de ce qui a été publié ». Affirmant ne pas avoir été mis au courant au préalable, le responsable politique presse la police de lui communiquer, « dans les plus brefs délais », le rapport complet, « absolument essentiel », pour que lui et les autres membres du gouvernement puissent « adopter les décisions opportunes ». Dans sa lettre, il a aussi rappelé que, face à une situation d’intérêt pour la sécurité nationale, les membres du Conseil de sécurité nationale et autres organismes compétents devaient être informés immédiatement. Et ce, même si les démarches judiciaires n’en sont qu’à « un stade embryonnaire ».

Toutefois, selon les médias El Español et Codigo 10, le ministre avait reçu, dès le 29 juillet, un premier rapport de la police nationale alertant sur un « risque extrême d’entrée massive » à Ceuta. Ce document affirmerait que des agents marocains prenaient part à l’organisation de l’afflux de migrants en Espagne. Toujours selon ces deux médias, des photographies et même certains noms auraient été communiqués aux autorités.

Dissonance espagnole

L’affaire est d’autant plus embarrassante que les éléments communiqués par Madrid jusqu’ici tendent plutôt à laver de tout soupçon le Maroc. Interrogé au micro de Cadena SER le 31 août, le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, avait affirmé qu' »aucun service de renseignement avec lequel le gouvernement espagnol collabore habituellement ne fait apparaître le moindre doute […] quant à la participation des autorités marocaines ». À l’inverse, le Premier ministre avait évoqué l’implication de « la Russie, d’Israël, et d’une internationale d’ultradroite » dans une campagne de désinformation. Selon lui, un arrêt de la Cour suprême du 8 juillet aurait été déformé et largement diffusé sur les réseaux sociaux par des organisations criminelles de trafic d’êtres humains, de façon à faire croire qu’un migrant entrant à Ceuta à la nage ne pourrait pas être renvoyé au Maroc. Ce qui est faux, mais qui aurait déclenché un attrait pour le pays de la part des migrants.

Face à ces informations contraires, ainsi qu’à une gestion de la crise insatisfaisante pour la population espagnole et les oppositions, le Parti Populaire et le parti d’extrême droite Vox, ont appelé à des rassemblements, à l’occasion de la Journée de Ceuta, organisée chaque 2 septembre. Ce mercredi, des milliers de personnes ont répondu présentes devant les mairies espagnoles. Habituellement organisées en soutien à cette ville autonome, les manifestations ont pris la forme d’un plaidoyer exigeant du gouvernement des solutions contre la crise. Devant le Parlement ce jeudi 3 septembre, Pedro Sanchez a maintenu ses positions : « Je peux vous assurer qu’aucune institution – ni le service diplomatique, ni la Commission européenne, ni aucun organisme international – n’a fourni au gouvernement espagnol la moindre preuve tangible que le Maroc ait planifié ou perpétré cet incident. Absolument aucune », a-t-il affirmé.



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Publish date : 2026-09-03 08:30:00

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