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Face à la menace russe, la neutralité suisse devient insoutenable

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, la Suisse joue l’équilibriste entre d’un côté le soutien aux sanctions occidentales contre Moscou, de l’autre sa traditionnelle neutralité. Cette position de funambule, qui fait apparaître la confédération comme le passager clandestin de la sécurité européenne, devient intenable dans un continent qui se réarme à grands frais.

Comme souvent dans cette démocratie modèle, les électeurs doivent se prononcer lors d’une votation (référendum), dimanche 27 septembre. L’initiative soutenue par le premier parti du pays, l’UDC (droite populiste), a pour objet de conforter le statut de neutralité en l’inscrivant dans la constitution. En clair, il s’agit d’interdire toute coopération avec l’Otan et toute mise en œuvre, même pusillanime, des sanctions européennes. Signe qui ne trompe pas, la Russie lui a apporté son soutien officiel.

La neutralité suisse repose sur la théorie du « réduit national », apte à se défendre seul contre tout agresseur. Quel que soit le courage des citoyens helvétiques, dont beaucoup ont un fusil d’assaut à la maison, la thèse est naïve. Elle ignore les bouleversements stratégiques récents. Et elle repose en partie sur un mythe historique. Si les nazis n’ont pas envahi le pays en 1940, ce n’est pas par crainte du hérisson alpin mais parce que leurs priorités militaires étaient ailleurs et qu’un voisin neutre leur était utile pour espionner et pour accéder à une place financière.

Depuis la disparition de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide, la Suisse est le pays qui a le plus profité des illusoires « dividendes de la paix », auxquels les Occidentaux ont voulu croire. Elle ne consacre que 0,7 % de son produit intérieur brut à son armée, devenue fantomatique : son chef, le général Benedikt Roos, a reconnu cette année qu’en termes de défense antiaérienne, les militaires n’avaient « à peu près rien » dans leurs arsenaux. La vulnérabilité de la confédération est aussi celle de l’Europe. Par exemple, c’est en Argovie que se trouve le hub électrique de Laufenburg, qui joue un rôle clé dans les échanges électriques continentaux.

En Europe, les pays neutres se font rares. En première ligne contre la Russie, la Suède et la Finlande ont rejoint l’Otan après l’invasion de l’Ukraine. L’Autriche, l’Irlande et Malte en revanche, membres de l’Union européenne, persistent à se dire neutres. Tout comme la Suisse, ces pays tirent parti de leur avantage géographique. Mais la confédération pousse la logique le plus loin. Elle n’applique les sanctions de l’UE que de manière partielle. Elle a gelé 7,5 milliards d’euros d’actifs russes alors qu’elle en hébergerait 150 milliards. Et elle a refusé de fournir à l’Ukraine les munitions pour les canons antiaériens que l’Allemagne a cédés à Kiev. Ses hésitations font naître le soupçon que sa neutralité procède de l’hypocrisie plus que d’un souci d’équilibre. Résultat, elle mécontente les deux camps.

L’attractivité économique du pays ne repose pas sur sa neutralité mais sur son modèle libéral. Or, le référendum visant à renforcer celle-ci nuit à celui-là. C’est aussi le cas d’autres initiatives malvenues encouragées par le parti populiste UDC, comme celle proposant de plafonner la population à 10 millions d’habitants (rejetée lors d’une votation en juin) ou celle qui se profile pour contester les récents accords que le gouvernement a conclus avec l’UE pour l’accès au marché intérieur européen.

La Suisse s’est construite sur le principe de la solidarité entre voisins. Au musée de Schwyz, on peut admirer le document original en latin du pacte de protection réciproque contre l’empire des Habsbourg, conclu entre les trois vallées de Schwyz, Uri et Nidwald en 1291. L’accord qui jeta les bases de la confédération est célébré chaque année lors de la fête nationale, le 1er août. Cette même solidarité contre les menaces extérieures, la Suisse devrait la cultiver avec ses voisins plutôt que de croire que l’isolement garantit le salut. Et ce, même si elle reste neutre.



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Author : Luc de Barochez

Publish date : 2026-09-25 04:00:00

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