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Guerre en Ukraine : Kaliningrad, le pistolet russe sur la tempe de l’Europe

Bastion russe cerné de tous côtés par l’Otan, Kaliningrad, sur la mer Baltique, est un point chaud où la tension entre la Russie et l’Europe menace à tout instant de déboucher sur une confrontation. Vladimir Poutine, une fois de plus, a versé de l’huile sur le feu, dans son discours du 1er octobre devant le Forum de Valdaï à Moscou. Il a menacé d’utiliser « toutes les armes » à sa disposition (comprendre : aussi l’arsenal nucléaire) si l’enclave devait être l’objet d’un blocus occidental. La menace atomique a été appuyée par un argumentaire remis à l’Otan, dans lequel le Kremlin n’exclut pas des « frappes préventives, dès la première phase du conflit, contre des centres de décision » des pays de l’Alliance atlantique.

Cette rhétorique aussi effrayante qu’irresponsable ne doit pas être prise au pied de la lettre. L’objectif est d’abord politique. Le président russe dépeint les gouvernements occidentaux sous les traits de fauteurs de guerre pour pousser les électeurs, en particulier en Allemagne et en France, dans les bras des partis populistes compréhensifs avec son régime. La manœuvre est grossière mais elle fonctionne : si les Occidentaux sont restés prudents dans leur aide militaire à l’Ukraine depuis l’invasion russe de 2022, c’est en grande partie par peur de donner au Kremlin un prétexte pour recourir à l’arme suprême.

Ultrasensible, l’enclave de Kaliningrad doit son existence au dictateur soviétique Joseph Staline qui annexa, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, un territoire allemand, la partie nord de la Prusse orientale. L’implosion de l’URSS en 1991 conduisit les Pays baltes à déclarer leur indépendance, coupant Kaliningrad de la Russie. Puis, les adhésions de la Pologne et des pays Baltes à l’Otan et à l’UE achevèrent d’isoler le territoire. Des tentatives de le transformer en « Hongkong de la Baltique », une zone franche russe ouverte sur l’Europe, firent long feu. En 2005, par une chaude soirée d’été, Poutine y accueillit ses homologues français et allemands, Jacques Chirac et Gerhard Schröder, pour le 750e anniversaire de la fondation de la ville par les chevaliers teutoniques. Après tout, Kaliningrad, l’ancienne Königsberg, est deux fois plus proche de Berlin que de Moscou.

Cette détente était illusoire. L’enclave est en réalité une forteresse surarmée au cœur de l’Otan. Le port militaire de Baltiisk – exempt de glaces toute l’année, contrairement à celui de Kronstadt près de Saint-Pétersbourg – abrite la flotte russe de la Baltique ; des stations radars surveillent les mouvements aériens alentours ; des missiles Iskander d’une portée d’environ 700 kilomètres, capables d’emporter des ogives nucléaires, menacent l’Europe centrale, y compris Berlin, Varsovie et Prague.

En cas de conflit, l’armée russe et son allié biélorusse n’auraient qu’à occuper une petite portion de territoire à cheval entre la Lituanie et la Pologne (le « corridor de Suwalki », large de 60 kilomètres seulement) pour couper tout accès terrestre entre les pays Baltes et le reste de l’Otan. Les tensions n’ont fait que croître depuis l’invasion de l’Ukraine qui a conduit deux pays riverains de la Baltique, la Suède et la Finlande, à adhérer à l’Otan et cette dernière à renforcer considérablement son dispositif militaire sur son flanc oriental, dans la crainte que l’armée russe attaque d’autres pays européens.

En se disant prêt à recourir au feu nucléaire, Poutine signale surtout son intention de poursuivre la guerre contre l’Ukraine malgré le soutien que lui apportent les Etats européens. Pour les décourager, il veut à tout prix installer l’idée qu’au bout du compte, c’est lui qui sera le vainqueur du conflit qu’il a déclenché, quelles que soient les pertes subies par son armée et les dévastations infligées à son économie. En ce sens, Poutine illustre parfaitement ce qu’écrivait le plus célèbre citoyen de Königsberg, le philosophe des Lumières Emmanuel Kant, au XVIIIe siècle : « Pour l’être humain, la paix n’est pas naturelle, c’est la guerre qui l’est ».



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Author : Luc de Barochez

Publish date : 2026-10-06 05:00:00

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