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Menace russe : l’Union européenne se prépare à une éventuelle attaque hybride meurtrière

L’hypothèse n’est plus seulement celle d’une cyberattaque paralysant des infrastructures ou d’une nouvelle opération de sabotage. Les capitales européennes commencent désormais à réfléchir à un scénario bien plus grave : celui d’une attaque hybride pouvant faire plusieurs morts sur le Vieux Continent. Selon une enquête de Politico publiée ce mercredi 7 octobre, les Vingt-Sept préparent discrètement la manière dont ils devraient réagir à un tel événement, jugé de plus en plus plausible par cinq diplomates et responsables européens interrogés par le média.

Ces dernières semaines, les ambassadeurs des vingt-sept Etats membres ont abordé ces scénarios dans un « format restreint », rapporte Politico : pas de téléphone ni d’assistant autour de la table, alors que les discussions portent sur des informations particulièrement sensibles. Deux diplomates cités par le média assurent qu’une réunion organisée mercredi dernier s’est précisément intéressée à l’éventualité d’attaques susceptibles de provoquer un nombre important de victimes.

Des ambassadeurs réunis à huis clos pour préparer le pire

Les discussions ont ainsi porté sur la réponse concrète à apporter dans les premières heures d’une crise : envoyer des équipes d’intervention d’urgence, débloquer des financements européens pour soutenir le pays touché ou encore coordonner la communication des responsables des institutions européennes, selon un responsable de l’UE interrogé par le média. « Compte tenu de l’ampleur et de l’échelle de l’action russe, il y aura inévitablement des victimes, tôt ou tard. C’est par pure chance qu’il n’y en a pas encore eu », affirme l’un de ces responsables auprès de Politico.

Depuis plusieurs années déjà, l’Union européenne tente d’organiser une réponse commune face aux cyberattaques, aux opérations d’ingérence ou aux sabotages. Un sentiment d’urgence qui s’est intensifié depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, en même temps que les actions menées sur le sol européen et attribuées à Moscou. La Russie, quant à elle, nie régulièrement être à l’origine de ces opérations. Les inquiétudes ont encore grandi après la découverte, dans la nuit du 4 au 5 août, d’un drone équipé d’explosifs dans une zone sécurisée de l’aéroport de Leipzig-Halle, en Allemagne, à proximité d’un appareil de la compagnie ukrainienne Antonov Airlines. Selon les diplomates et responsables interrogés par Politico, cet incident a directement contribué à accélérer les discussions européennes.

D’autres épisodes ont alimenté ce climat. Fin septembre, un incendie a visé une station terrestre Starlink en Pologne, infrastructure permettant notamment d’assurer des communications vers l’Ukraine. « Cet acte de sabotage a été délibérément conçu pour mettre la station hors service […] perturbant l’accès à internet de diverses institutions, y compris l’armée ukrainienne », a déclaré le vice-Premier ministre et ministre polonais du Numérique, Krzysztof Gawkowski, à la télévision publique TVP Info, estimant que de nombreux éléments faisaient penser à « un élément de la prochaine phase de guerre hybride ». La tension a davantage gagné la mer Noire dans la nuit de lundi à mardi : deux navires marchands ont été frappés par des drones dans la zone économique exclusive bulgare. L’un d’eux a sombré et son équipage reste porté disparu. L’origine des drones n’a, à ce stade, pas été établie par les autorités bulgares, même si le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé la Russie d’être responsable de l’attaque.

En France aussi, la menace est désormais publiquement prise en compte. Sur BFMTV et RMC, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a récemment assuré que « la majorité des services de renseignement de tous les pays européens, et bien évidemment nos services français, ont pointé, ont caractérisé cette menace de guerre hybride russe », citant notamment l’épisode de Leipzig et les survols de plusieurs aéroports européens par des drones. La France n’a pour l’instant constaté ni survol de ce type sur son territoire ni « sabotage majeur », a-t-il précisé, mais a déjà été visée par des cyberattaques.

Entre l’UE et l’Otan, une ligne de partage encore à définir

Cette multiplication d’incidents pousse Bruxelles à accélérer un chantier évoqué par Ursula von der Leyen lors de son discours sur l’état de l’Union, le 16 septembre. La présidente de la Commission européenne avait notamment proposé la création d’un « protocole de sécurité d’urgence », inspiré de l’article 4 du traité de l’Otan. Celui-ci permettrait, à la demande d’un Etat membre, de réunir les Vingt-Sept afin de coordonner leur réaction à une attaque restant sous le seuil d’une agression militaire directe.

Mais les préparatifs révélés par Politico mettent aussi au jour les divisions entre capitales. Certains Etats s’interrogent sur l’utilité de développer de nouveaux dispositifs européens alors que l’Otan dispose déjà de ses propres mécanismes de consultation et de défense. Une autre difficulté tient à la confidentialité même de ces échanges. Plusieurs diplomates interrogés par le média s’inquiètent de l’absence de systèmes de communication suffisamment sécurisés au sein de l’UE et du risque de voir fuiter des informations sensibles discutées entre ambassadeurs. Des révélations de plusieurs médias en mars, concernant la transmission à Moscou du contenu de discussions européennes de haut niveau par un ancien ministre hongrois des Affaires étrangères, ont encore renforcé ces craintes, conduisant certaines capitales à réserver les informations les plus sensibles aux enceintes de l’Otan.



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Author : Aurore Maubian

Publish date : 2026-10-07 14:01:00

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