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Start-up africaines : la chasse aux « licornes » est ouverte, par Stephen Smith

Dans le domaine des start-up et de la high-tech, l’Afrique suit la même trajectoire que les autres parties du monde depuis que le capital-risque, né aux Etats-Unis dans les années 1950, propulse ces entreprises d’un type nouveau dans l’empyrée du capitalisme financier. C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une mauvaise nouvelle parce que l’espoir d’un « saut technologique », qui permettrait à l’Afrique d’enjamber des étapes parcourues ailleurs, se fracasse sur la nécessité de mettre en place tout un écosystème propice qu’aucun « copier-coller » ne permet d’importer. Une bonne nouvelle parce que le continent le plus pauvre ne fait pas exception. Il avance sur les brisées du reste du monde pour, à son tour, ouvrir la chasse aux « licornes », ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars. Et il le fait de la même manière que cela s’est fait ailleurs, à savoir à force d’échecs suivis de tentatives répétées pour, parfois, réussir et, le plus souvent, simplement échouer à un meilleur niveau.

Pour le moment, sans surprise, la chasse aux « licornes » en Afrique est aussi maigre qu’est inachevé, sur place, l’écosystème en question, qui nécessite des inventeurs de produits ou services correspondant à des besoins locaux, des technologies comme l’intelligence artificielle pour réaliser des effets d’échelle et des investisseurs aux poches profondes et prêts à prendre des risques, le tout à l’abri d’États prédateurs. Sur quelque 1 500 « licornes » dans le monde, l’Afrique, où vit près d’un cinquième de la population mondiale, n’en compte qu’une dizaine (telles que Jumia, OPay, Moove ou Wave, ou encore Safaricom, la seule « décacorne » valorisée à plus de 10 milliards de dollars).

En 2025, plutôt une bonne année, les fonds levés par des start-up en Afrique ont tourné autour de 4 milliards de dollars, soit environ la moitié de ce que la France a attiré à elle seule, avec vingt-trois fois moins d’habitants. Cependant, sur la planète start-up, cette inégalité n’est pas exceptionnelle et, donc, pas non plus désespérante pour l’Afrique : toujours en 2025, les 8 millions d’habitants dans la Baie de San Francisco ont levé vingt-deux fois plus de fonds que les 69 millions de Français.

Le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Egypte et le Nigeria

L’extrême disparité est la règle, et pas seulement à l’échelle mondiale. Au sein même de l’Afrique, quatre pays — dans l’ordre du palmarès : le Kenya, l’Afrique du Sud, l’Égypte et le Nigeria — se sont partagé l’année dernière les trois-quarts des investissements. En même temps, dix start-up, sur plus de 500 en lice, ont accaparé près de la moitié de ces fonds. Là encore, les bonnes et mauvaises nouvelles se mélangent. Désormais, près d’une start-up sur deux dépasse la phase d’amorçage (seed stage) pour entrer dans la phase de croissance, contre seulement une sur quatre auparavant. Mais le nombre de ces gagnantes est passé de 105 en 2022 à 42 l’an dernier, et le temps d’éclosion des chrysalides-entreprises s’est rallongé de dix-huit à vingt-neuf mois. Autrement dit : s’agissant des start-up et de la high-tech, la carte de l’Afrique, de même que la mappemonde, ressemble à un portulan d’archipels d’une richesse inouïe au milieu d’un océan de misère, toutes proportions gardées.

Les pionnières américaines des années 1970 et 1980 ont été suivies — dans des conditions différentes, du fait de leur propre existence — par des start-up européennes dans les années 1990 et 2000, puis, notamment, par des start-up indiennes. Entrées tardivement dans la course, il y a seulement une grosse décennie, les start-up africaines mettront encore longtemps à remonter le terrain. Depuis 2020, elles ont capté tout juste 0,8% du capital-risque investi dans des start-up à l’échelle mondiale. Cependant, la meilleure façon de mesurer les progrès accomplis est sans doute la métrique relative du succès, aujourd’hui. Statistiquement, un génial entrepreneur américain doit travailler huit à dix ans (cinq à huit ans, s’il se lance dans l’intelligence artificielle) pour 15% de chances de sortir de ce tunnel, en fusion-acquisition ou introduction en Bourse, à hauteur de 50 à 130 millions de dollars. Son alter ego africain doit trimer dix ans avec 6% de chances de céder sa start-up pour 30 à 50 millions de dollars. La partie est inégale mais, au moins, c’est le même jeu.

Stephen Smith est professeur émérite d’études africaines à l’université Duke (Etats-Unis), essayiste et ancien journaliste.



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Author : Stephen Smith

Publish date : 2026-10-15 06:00:00

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