L’Express

Comment la colère française a gagné l’Italie : Giorgia Meloni face au « baptême du feu » de ses banlieues

Historiquement épargnée par les embrasements urbains, l’Italie voit, depuis deux jours, ses centres-villes mis à sac par une jeunesse marquée par l’angoisse de l’avenir. Une contagion des tensions sociales venue de France qui contraint le gouvernement Meloni à revoir en urgence sa stratégie de sécurité.

Là-bas aussi, le week-end du 17 octobre a été placé sous le signe du chaos et de la violence. Les manifestations contre la vie chère ont viré dans les grandes villes du pays à l’émeute. Rome, Milan, Bologne, Turin, Bergame ou encore Brescia… La liste des centres-villes pris pour cible par des bandes de casseurs affrontant des forces de l’ordre – souvent en sous-effectifs – n’a cessé de s’allonger. Milan a symbolisé cette brusque flambée de violences avec les magasins de son centre historique livrés au pillage ce dimanche pour un second jour consécutif.

Giorgia Meloni a immédiatement convoqué une réunion de crise avec les ministres de l’Intérieur et de la Défense, ainsi que les chefs des services de renseignement. Ces scènes de guérillas urbaines obligent le gouvernement à profondément revoir sa gestion de l’ordre public. Près de 80 % des personnes interpellées sont mineures. Il s’agit majoritairement de jeunes résidant dans les banlieues des grandes villes, dont une très forte proportion est issue de la deuxième génération d’immigration. « Les repères de l’Italie, pays traditionnellement plus calme que la France, sont bouleversés, estime le politologue Giovanni Orsina, directeur de la School of Government de la Luiss, à Rome. Alors que la France vit une conflictualité ancrée avec ses banlieues depuis plusieurs décennies, notre pays vit là un véritable « baptême du feu ».

« Comme les Français »

Car l’Italie n’a pas connu de mouvement similaire aux « gilets jaunes », ni de phénomènes de casseurs violents. Les similitudes avec l’Hexagone sont néanmoins nombreuses. Ici aussi s’exprime une jeunesse marquée par l’angoisse de l’avenir, la dégradation du système éducatif, la crise du logement. Ce malaise réel nourrit des revendications sociales et débouche parfois sur une rage nihiliste.

La peur d’un effet contagion a fini par se concrétiser pour le gouvernement de Giorgia Meloni. Incités par leurs représentants à s’inspirer des blocus et mobilisations en France et à faire « comme de l’autre côté des Alpes », les lycéens italiens ont engagé un mouvement de contestation d’ampleur à travers le pays. En plus d’exprimer un ras-le-bol face à la vétusté des écoles et aux réformes de l’enseignement, les manifestations dénoncent un coût de la vie devenu insoutenable. Ce climat de tension a culminé lors du « No Meloni Day », organisé à la veille des rassemblements du 17 octobre. « La contestation en France sert de moteur aux étudiants italiens, affirme Mattia Diletti, politologue à l’université La Sapienza de Rome. A cela s’ajoute une volonté de confrontation directe avec le gouvernement à l’approche des élections législatives l’an prochain. Il y a une volonté d’accroître la conflictualité avec le soutien des organisations syndicales et de l’opposition à Giorgia Meloni. Quant aux violences urbaines, l’effet d’émulation amplifié par les réseaux sociaux est évident. »

Tour de vis sécuritaire

Pour essayer d’enrayer cette escalade, le gouvernement prône un tour de vis sécuritaire. Il envisage ainsi une détention provisoire élargie aux mineurs dès 14 ans, des poursuites automatiques pour les auteurs de violences contre les agents publics, des peines allant jusqu’à cinq ans de prison, des amendes de 15 000 euros pour les dégradations en groupe ainsi qu’une caution financière exigée pour les organisateurs de manifestations à risque. « L’impact de ces événements sur la campagne électorale qui vient de s’ouvrir est déjà bien réel, rappelle Giovanni Orsina. Si environ 30 % des Italiens sympathisent avec les revendications sociales, près de 70 % rejettent catégoriquement ces images de vitrines brisées et de voitures de carabiniers dégradées. Cela va évidemment profiter à la droite qui dénonce l’ambiguïté de la gauche et conforte son électorat. Pour Giorgia Meloni, c’est l’occasion d’incarner la fermeté, étouffer les surenchères de personnalités qui la défient comme le général Roberto Vannacci et mener une campagne sous le signe de la loi et de l’ordre. »

Cette polarisation sécuritaire offre au gouvernement un répit opportun en détournant les projecteurs d’un autre danger, socio-économique cette fois. Dans le Sud, la hausse des carburants – le gazole frôle 2,30 euros le litre (+40 % en un an) – paralyse la Sicile, la Calabre et les Pouilles avec la multiplication de barrages routiers d’agriculteurs et de transporteurs en colère. Une tension qui risque d’être croissante jusqu’à la grève générale proclamée par les syndicats le 20 novembre prochain.



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/comment-la-colere-francaise-a-gagne-litalie-giorgia-meloni-face-au-bapteme-du-feu-de-ses-banlieues-RPK6JQCI4RDINJI6MM2FEHCUCY/

Author : Par Olivier Tosseri (à Rome)

Publish date : 2026-10-19 16:43:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express