L’Express

La France, nouvel épouvantail du camp Maga : « Voilà ce que les démocrates prévoient pour les Etats-Unis »

Il est rare que l’actualité française franchisse l’Atlantique pour atteindre les côtes américaines. Il faut pour cela un événement exceptionnel comme l’incendie de Notre-Dame, voilà sept ans, ou des pillages, des émeutes incontrôlées ou encore l’incendie de la mairie de Limoges qui, ces jours-ci, tourne en boucle sur les réseaux sociaux. « Que se passe-t-il en France ? Je ne peux pas y croire, c’est completely crazy, expliquez-nous ce qui arrive à votre pays », s’alarmait déjà, auprès d’un envoyé spécial de L’Express, un jeune fan de football américain dans les tribunes d’un stade de l’Alabama – au fin fond du « Deep South »– en découvrant début octobre les images des premières manifestations étudiantes dans l’Hexagone. C’était avant les saccages du week-end dernier. « Depuis dimanche matin, tous mes amis américains me téléphonent, afollés, pour savoir ce qui se passe à Paris », raconte Celia Gruss, comédienne franco-américaine et ex-Parisienne aujourd’hui installée à Miami (Floride).

Sidéré, le grand public a pris connaissance, comme le reste du monde, des images de Paris mis à sac. Donald Trump, depuis lors, surfe sur l’actualité pour présenter la France (et l’Europe) comme le contre-exemple de ce qu’il faut faire en matière de gouvernance et de politique d’immigration. Empreintes de tristesse et d’inquiétude, les réactions jusqu’au sommet de l’Etat – y compris chez Donald Trump – traduisent aussi un attachement émotionnel fort à un pays qui, depuis le général La Fayette lors de la guerre d’Indépendance jusqu’à Emily in Paris » sur Netflix, fait partie de l’histoire et la mythologie américaine. Ce qui explique la mobilisation des nombreuses grandes fortunes américaines pour la réhabilitation de Notre-Dame.

Les Français ? Un peuple ingouvernable

Qu’ils soient démocrates ou républicains, les Américains perçoivent vivement la dissonance entre le luxe à la française (LVMH, Hermès, Château Margaux) et les émeutes des derniers jours. Certes, ils savent depuis au moins l’époque du général de Gaulle et de Mai 68 que les Français sont un peuple ingouvernable avec la caractéristique d’être les champions du monde des grèves. Mais cette fois-ci, une partie inquantifiable d’entre eux se sent personnellement concernée dans la mesure où les manifestations hexagonales entrent en résonance avec ce qu’ils ont vu dans les universités américaines après le pogrom du 7 octobre 2023 par le Hamas : des drapeaux palestiniens brandis par les étudiants de l’université Columbia, de New York University et d’autres.

Dans la dernière ligne droite de la campagne des midterms où son camp semble en mauvaise posture, Donald Trump a immédiatement perçu le profit à tirer de l’épouvantail français afin de remobiliser la base Maga et faire oublier l’inflation qui frappe les électeurs et la guerre en Iran, très impopulaire. Jamais il n’a autant parlé de la France que cette semaine au Kansas (où il est venu à la rescousse d’un candidat en difficulté). Lors d’un meeting, lundi, il a mentionné le pays d’Emmanuel Macron pas moins de neuf fois. Un record.

Ils haïssent la chrétienté et la civilisation occidentale

Donald Trump

« Ce qui fut naguère une grande nation a été conquis, saccagé et brûlé par des migrants, des djihadistes et des communistes qui haïssent la chrétienté et la civilisation occidentale », a-t-il martelé. Et de poursuivre : « En Europe, les politiciens globalistes ont traîtreusement importé des millions et des millions de migrants venus du tiers-monde qui sont totalement incompatibles avec les valeurs occidentales. Ils méprisent tout ce qui est français et détruisent ce pays. Ils n’aiment pas les gens, l’art, la culture, les bâtiments français ni rien de ce qui les entoure. Nous ne les laisserons pas faire la même chose chez nous » a-t-il conclu, en soulignant : « Ce que nous avons vu en France est ce que les démocrates veulent faire aux Etats-Unis… »

Puis, le président américain de se féliciter d’avoir fermé la frontière [avec le Mexique], qui était largement ouverte aux migrants clandestins sous la présidente de Joe Biden. « J’avais pourtant prévenu Macron il y a plusieurs années », a par ailleurs narré le président américain à la tribune : fermez vos frontières ou c’en sera fini de votre pays. » De son côté, le vice-président J.D. Vance a posté sur X : « J’espère que les Américains prêtent attention à ce qui se passe en France. Car c’est l’avenir que le Congrès dominé par le Parti démocrate – s’il emporte les midterms – prépare pour notre pays. » Steve Bannon, dont le compte War Room est très suivi sur les réseaux sociaux, enfonce le même clou, n’hésitant pas à poster une image de la Tour Eiffel, fabriquée par une intelligence artificielle, surmonté d’un immense drapeau palestinien.

En réponse, Emmanuel Macron dénonce ce mercredi « des commentaires inacceptables autant que stupides de la part de beaucoup, y compris de dirigeants étrangers ». Interrogé pour savoir s’il visait Donald Trump, le président français répond « entre autres », en fustigeant les « dirigeants (…) dans la région ou de l’autre côté de l’Atlantique, qui (…) font campagne sur notre dos ».

Le discours Maga vise évidemment la jeune garde du Parti démocrate, symbolisée par plusieurs personnalités d’origine musulmane, y compris le maire de New York Zohran Mamdani, dont la posture propalestienne séduit le jeune électorat de la génération Z. Si au Minnesota, la représentante du Congrès d’origine musulmane devrait facilement être réélue dans la cinquième circonscription (où les Somali-Américains sont nombreux), la bataille sera plus rude pour l’étoile montante Abdul al-Sayed. Actuellement en avance de 2 points dans les sondages, ce candidat un brin trop sûr de lui – voire arrogant – lors de ses prises de paroles, affronte un adversaire républicain pour le poste de sénateur du Michigan (dans la région des Grands Lacs, comme le Minnesota).

L’Europe et la France sont connues pour leur manque de dynamisme économique

Eliot A. Cohen, analyste

Au-delà de Donald Trump et du camp Maga, l’image de la France et de l’Europe n’est pas, non plus, très flatteuse parmi les autres secteurs de la société américaine. « De manière générale, l’Europe est perçue comme un continent en difficulté la fois par les républicains et les démocrates », estime, à Washington, l’analyste républicain Eliot A Cohen, bien connu pour sa critique sévère du président Trump. Ce francophile qui se rend régulièrement en France poursuit : « Même les gens de centre gauche constatent que le Vieux Continent fait face à un problème de populisme aussi important que chez nous — et, à certains égards, pire. L’Europe est aussi perçue comme un endroit où les dirigeants n’ont pas vraiment réussi à traiter de manière satisfaisante la question de l’immigration. Enfin, l’Europe est maintenant connue pour son manque de dynamisme économique par rapport aux Etats-Unis. »

A l’autre extrémité du pays, à Los Angeles, Armando Varela, rédacteur en chef d’un journal latino de tendance démocrate juge pour sa part qu’aux yeux du reste du monde, le problème des étudiants français paraît dérisoire : « La moitié des jeunes de la planète n’a pas accès à une éducation du tout. » Quant à Emmanuel Macron et aux autres leaders européens, ils lui semblent très affaiblis, « surtout depuis la rencontre d’août 2025 lorsqu’une dizaine de dirigeants européens se sont retrouvés dans le bureau Ovale à la convocation de Donald Trump. » « Vu de Californie, la France et l’Europe ne comptent plus vraiment, ajoute-t-il. Ici, les gens, ne considèrent que les grands pays ; la Chine, d’abord, la Russie ensuite. La France ? En dehors des récentes émeutes de rue, nous n’en parlons jamais ».



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Author : Axel Gyldén

Publish date : 2026-10-21 10:08:00

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